Les mathématiques de l’invisibilité

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Les théoriciens qui, les premiers, ont élaboré les mathématiques décrivant le comportement du « manteau d'invisibilité » récemment annoncé (voir notre news) viennent de publier une nouvelle analyse mathématique qui pourrait étendre les pouvoirs du manteau actuel, lui permettant même de rendre invisibles des objets actifs émettant un rayonnement comme un téléphone cellulaire ou une lampe-torche.

La nouvelle théorie mathématique d’Allan Greenleaf, professeur de mathématiques à l'université de Rochester, prévoit certains phénomènes étranges à l'intérieur du manteau. Et c’est justement ce qui se passe à l'intérieur qui est crucial pour l’efficacité du procédé.

En octobre, David R. Smith, professeur en génie informatique et électrique à l’université Duke, avait utilisé un dispositif circulaire courbant les micro-ondes autour d'un disque de cuivre, rendant celui-ci invisible pour ces longueurs d’onde. En 2003, cependant, Greenleaf et ses collègues avait déjà développé des mathématiques de l'invisibilité, appliquées au domaine médical (la détection de tumeurs).

L’été dernier, Greenleaf et ses collègues ont pris connaissance de l’article sur les travaux des chercheurs de Duke et de l’Imperial College paru dans la revue Science, qui utilisaient des équations presque identiques pour leur dispositif d’invisibilité. Greenleaf s’est aperçu que ses propres résultats pouvaient également être utilisés pour « cacher » un objet, et lui et son équipe ont décidé d'analyser et d’améliorer le dispositif de dissimulation proposé, en utilisant les techniques qu'ils avaient développées dans leurs premiers travaux. Pour eux, la question cruciale était : que se passe-t-il à l’intérieur de la région masquée ?

Smith, physicien, savait décrire pourquoi le dispositif de dissimulation fonctionnait. Greenleaf, mathématicien, savait que pour avoir une chance de l'étendre et de l’améliorer, il était important de comprendre entièrement les mathématiques sous-jacentes au phénomène. La publication en octobre, par Smith, de la description du dispositif réel a rendu encore plus cruciale la nécessité d’une analyse soigneuse de ses structures fondamentales.

Greenleaf et ses collaborateurs ont utilisé des mathématiques sophistiquées pour comprendre ce qu’il devait se passer à l’intérieur de la région masquée. Tout semblait très bien se dérouler tant qu’était appliquée l'équation de Helmholtz, équation largement répandue pour résoudre des problèmes concernant la propagation de la lumière. Mais lors de l’utilisation des équations de Maxwell, qui tiennent compte de la polarisation des ondes électromagnétiques, les difficultés ont émergé.

Les équations de Maxwell indiquaient qu'un disque de cuivre simple comme celui que Smith avait utilisé pouvait être masqué sans problème, mais pour un objet émettant des ondes électromagnétiques tel un téléphone cellulaire, une montre digitale, ou même un dispositif électrique simple comme une lampe torche, le comportement du dispositif de dissimulation devenait des plus étranges. Les mathématiques prévoyaient que les champs électromagnétiques devaient atteindre des valeurs infinies à la surface de la région masquée, ce qui, probablement, remettrait en cause l'invisibilité.

L’analyse a également révélé une autre surprise : une personne essayant de regarder en dehors du manteau serait en fait confrontée à un miroir dans toutes les directions. En imaginant Harry Potter possédant une cape d'invisibilité fonctionnant de cette façon, et Harry allumant sa lampe torche pour s’éclairer, la lumière de celle-ci lui reviendrait droit dessus, quelle que soit la direction vers laquelle il la dirigerait.

L'équipe de Greenleaf s’est aperçu qu'un phénomène complexe surgissait lorsqu’on utilisait les équations de Maxwell, qui conduisait à un « blow up » (un comportement infini inattendu) des champs électromagnétiques. Mais les chercheurs ont découvert qu'en insérant des garnitures conductrices, dont les propriétés dépendent de la géométrie particulière du manteau, ce problème pouvait être résolu. Alternativement, recouvrir à la fois les surfaces intérieure et extérieure de la région masquée de matériaux soigneusement appropriés pouvait également permettre de résoudre ce problème.

"Nous devons également garder à l'esprit que, étant donné la technologie actuelle, lorsque nous parlons d’invisibilité, nous ne le faisons que pour une gamme étroite de longueurs d'onde", précise Greenleaf. "Par exemple, un objet pourrait être rendu invisible pour la longueur d'onde correspondant à la couleur rouge ; il serait visible pour pratiquement toutes les autres couleurs".

L'équipe de Smith à Duke travaille également à l’amélioration de son dispositif d’invisibilité. Le 6 décembre 2006, Smith et Greenleaf se sont réunis pour la première fois et ont discuté de ces nouvelles avancées mathématiques. "A. Greenleaf a étudié le problème beaucoup plus généralement, et en a déduit les conditions pour lesquelles l'invisibilité est réalisable ou non", déclare Smith. "Nous sommes très intéressés par ce que lui et son équipe apportent !"

Greenleaf et ses co-auteurs travaillent désormais à confirmer les correspondances entre leurs travaux et les expériences. Ils examinent les conséquences physiques du fait que certaines des équations n'ont pas de solution. Comme toute réalisation physique n’est qu’une approximation de l'idéal mathématique que son équipe analyse, Greenleaf indique qu'il serait également très intéressant de comprendre jusqu’à quel point de petites erreurs dans la construction effective dégradent l'effet de dissimulation.

VI
Victor

Si j'ai bien compris pour être invisible il faut se rélechir dans un miroir spérique mais l'extérieur par rapport à l'objet invisible comment faire qu'il n'interagisse pas... Par exemple si j'éclaire l'objet de l'extérieur, les premiers objets invisibles sont les trous noirs

DI
dimitri

bon ba jpense pas que c'est pour tout de suite qu'on rendra invisible un homme parce que quand il sera rendu invisible, il sera plus où il en est si j'ai bien compris :fada:

DE
delbarre

Bonjour,
Je me rappelle avoir lu dans un n° de "la recherche" que des physiciens étaient parvenus a rendre un materiau opaque,transparent a la lumière !

Grâce a deux lasers l'on parvenait a unifier le taux vibratoire des atomes ;qui ainsi laissaient passer toutes les longueurs d'ondes du spectre lumineux .

Une expérience avec des lamelles comportant des micro-trous(faite par une autre équipe)révélait elle qu'un champ électrique parvenait a faire passer des photons ,dont la longueur d'onde n'aurait normalement pas due passer au travers des interstices(ce qui diffère déja des expériences sur l'invisibilité ).
Qu'en pensez vous michel ? Vous avez dû entendre parler de ces expériences sans doute ?

KA
Katchahoy

Vu sur ce site

Mais, comme cette lumière était bizarre. Le professeur Eleftheriades a visualisé une nouvelle façon de créer des matériaux artificiels, appelés métamatériaux, qui accomplissent ce qui semblait jusque là impossible : dévier les ondes électromagnétiques – comme les micro-ondes, les ondes radio et la lumière visible – dans la « mauvaise » direction.

Les métamatériaux de M. Eleftheriades sont des matériaux composites artificiels faits de minuscules fils phototlithographiés qui forment les carrés d’un modèle matelassé sur ce qui ressemble à une carte de circuit imprimé d’environ 10 centimètres sur 5 centimètres. Toutefois, les propriétés collectives de ce modèle de métamatériau défient la science conventionnelle.

Braquez une lampe de poche vers une fenêtre ordinaire, à n’importe quel angle autre que perpendiculaire, et le faisceau de lumière à l’intérieur du verre (appelé faisceau incident) subit une réfraction, ou dévie, dans une direction s’éloignant de la source. Connu sous le nom de loi de Snell, ce phénomène est normalement décrit dans les manuels scolaires du secondaire et constitue une loi de la physique considérée comme inviolée depuis sa formulation en 1621.

Mais dirigez un faisceau de lumière, ou dans le cas qui nous intéresse une onde radio, à travers l’un des métamatériaux plats du professeur Eleftheriades, et le faisceau déviera dans la direction opposée, soit vers la source. Et voilà! Bienvenus dans le monde des métamatériaux main gauche ou à indice de réfraction négatif.

« On ne peut pas dire qu’il s’agit d’une bonne ni d’une mauvaise déviation de la lumière, commente le professeur Eleftheriades. C’est simplement la bonne pour les matériaux main gauche. Ce phénomène a été prévu dans les années 1960 par le physicien soviétique Victor Veselago qui s’est fondé sur les équations de Maxwell formulées dans les années 1870. Cependant, ce n’est que récemment que l’on a réussi à fabriquer des matériaux qui se comportent ainsi. »

L’importance pratique de cette diffraction digne d’Alice au pays des merveilles est énorme. Combinés à des matériaux diélectriques conventionnels, les métamatériaux font en sorte que les ondes électromagnétiques focalisent sur un point au lieu de dévier vers l’extérieur. Une lentille doit normalement être courbée pour focaliser la lumière, mais ces métamatériaux plats focalisent les ondes électromagnétiques avec une précision inégalée.

En décembre 2002, le professeur Eleftheriades a fait la première démonstration expérimentale des lentilles faites de métamatériaux main gauche. (La réfraction négative avait déjà été observée auparavant par un groupe de l’University of California à San Diego, qui avait utilisé un type différent de métamatériau.)

En juin 2003, le professeur Eleftheriades a fait progresser de façon remarquable ces travaux et a signalé la première preuve expérimentale de la possibilité d’utiliser ces métamatériaux main gauche plats pour fabriquer des lentilles qui « voient » des détails auparavant invisibles.

Toutes les lentilles actuelles – qu’elles soient des lentilles optiques, pour les téléscopes, ou des antennes utilisées pour capter les ondes radio et radar – sont limitées par un facteur clé : elles ne peuvent pas « voir », ou résoudre, des détails plus petits que la longueur des ondes électromagnétiques. Par exemple, les atomes sont plus petits que les longueurs d’ondes de la lumière visible et ne peuvent donc pas être vus à l’aide de microscopes optiques.

Cependant, tout comme les matériaux main gauche font que la lumière subit une diffraction inversée, ils brouillent aussi notre compréhension des lentilles en permettant une super-résolution. Ces lentilles main gauche plates sont capables de résoudre des détails plus petits que les longueurs d’ondes en focalisant les faibles ondelettes, ou ondes évanescentes, qui transportent les détails d’un objet plus petit que les longueurs d’ondes.

« Grâce aux lentilles main gauche, on capte en fait les ondes évanescentes, et celles-ci grossissent – leur amplitude augmente à l’intérieur des lentilles, ce qui améliore la résolution », explique le professeur Eleftheriades, qui est né à Chypre et qui a été recruté en 1997 pour occuper un poste à l’University of Toronto.

Les matériaux main gauche offrent toute une gamme de nouvelles possibilités pratiques. Leur capacité à focaliser des ondes sur des détails plus petits que les longueurs d’ondes signifie qu’ils peuvent servir à miniaturiser les antennes, ce qui permettra de fabriquer des appareils sans fil beaucoup plus petits ayant des largeurs de bande ultra-grandes. Le professeur Eleftheriades travaille actuellement avec une grande multinationale de télécommunications, justement dans ce but.

Dans le cadre des recherches qu’il effectue à titre de boursier Steacie du CRSNG et de sa collaboration avec le ministère de la Défense nationale, il travaille aussi à rendre les métamatériaux capables d’accroître la résolution des radars et d’éviter qu’ils soient détectés grâce à la technologie furtive. Si l’on étend aux fréquences optiques la portée des métamatériaux capables de super-résolution, ces derniers pourraient permettre l’existence de nouvelles techniques de photolithographie dont les faisceaux plus aiguisés pourraient graver davantage de renseignements sur les CD ou permettre la fabrication de nanoappareils.

Pour le professeur Eleftheriades, l’un des domaines d’application les plus inspirants est la médecine. Il est déterminé à faire en sorte que ses métamatériaux main gauche trouvent une application dans les appareils d’imagerie médicale, comme les appareils d'imagerie par résonance magnétique (IRM). Leur utilisation permettrait d’accroître la résolution des appareils d'IRM et leur conférerait la capacité de « voir » des détails plus petits, y compris peut-être, des tumeurs cancéreuses minuscules.

VI
Victor

Y a t il création d'un espace non connecté à l'univers, si les informations ne s'échangent plus ? Là je parle du cas où le phénomène se passe pour toutes les longueurs d'ondes...

KA
Katchahoy

Là c'est de la SF :bon:

Déjà on ne pourra pas faire de méta-matériau capable de dévier toutes les ondes. Combiner plusieurs plages d'invisibilité est un véritable défi, il faudrait associer plusieurs structures de méta-matériaux.

Quant à créer une nouvelle dimension... :sol: