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Intuitivement, la longueur d’une courbe ou d'un arc (portion) de courbe est la longueur de ficelle qu'il faudrait dérouler pour la parcourir complètement. Cette longueur peut être obtenue si on connaît le temps de parcours et la vitesse (La vitesse est une grandeur physique qui permet d'évaluer l'évolution d'une quantité en fonction du temps.).
Pour donner une définition (Une définition est un discours qui dit ce qu'est une chose ou ce que signifie un nom. D'où la division entre les définitions réelles et les définitions nominales.) générale de la longueur (La longueur d’un objet représente la distance entre deux de ses extrémités, les plus éloignées possibles. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est...) d'un arc, il faut commencer par formaliser la notion de distance, en général dans le cadre d'un espace euclidien (Un espace euclidien, dans la conception actuelle, est un espace vectoriel ou affine réel de dimension finie muni d'un produit scalaire. Dans un tel espace, on peut traiter des questions de longueur ou d'orthogonalité. En physique,...). On sait alors mesurer la longueur de courbes simples : les lignes polygonales.
Les Anciens sans disposer d'un procédé de calcul explicite, se contentaient d'approcher les longueurs de courbe (En géométrie, le mot courbe, ou ligne courbe désigne certains sous-ensembles du plan, de l'espace usuels. Par exemple, les droites, les segments, les lignes...), en considérant des lignes polygonales joignant des points de la courbe. C'est la méthode d'exhaustion, qui avait été initiée par Eudoxe de Cnide et Archimède pour les calculs d'aires.
Ces calculs approchés de longueur peuvent servir de fondement à une définition générale permettant de dépasser la vision intuitive de la longueur. La longueur de l'arc sera la borne supérieure, si elle existe, des longueurs de telles lignes polygonales.
Lorsque la courbe est paramétrée de façon suffisamment régulière, on obtient une formule explicite pour la longueur, issue du calcul différentiel (Un différentiel est un système mécanique qui a pour fonction de distribuer une vitesse de rotation de façon adaptative aux besoins d'un ensemble mécanique.). On peut alors utiliser la notion d'abscisse curviligne qui est une sorte de longueur algébrique, tenant compte de l'orientation (Au sens littéral, l'orientation désigne ou matérialise la direction de l'Orient (lever du soleil à l'équinoxe) et des points cardinaux (nord de la boussole) ;), et qui permet de reparamétrer la courbe de façon à s'affranchir des considérations sur la vitesse de parcours.
Voici une première façon d'introduire la longueur, à partir de la notion un peu floue de "longueur d'un vecteur (En mathématiques, le vecteur est un objet véhiculant plus d'information que les nombres usuels, ou scalaires, et sur lequel on peut effectuer des opérations simples.) déplacement ( En géométrie, un déplacement est une similitude qui conserve les distances et les angles orientés. En psychanalyse, le déplacement est mécanisme de défense déplaçant la...) infinitésimal". Comme historiquement le calcul infinitésimal (Le calcul infinitésimal (ou calcul différentiel et intégral) est une branche des mathématiques, développée à partir de l'algèbre et de la géométrie, qui implique deux idées majeures complémentaires:) a précédé la définition précise des notions de limite et de borne supérieure, cette première définition de la longueur relève d'une tradition différente de la suivante et peut sembler plus parlante.
On se place pour ce calcul dans le plan euclidien, rapporté à un repère orthonormal. On envisage un arc paramétré de classe
donné par une fonction
pour t variant dans un segment [a,b]. On va obtenir une formule pour la longueur en manipulant librement les notations différentielles, ce qui pourrait être rendu parfaitement rigoureux.
On peut parler du vecteur déplacement infinitésimal

Notons sa norme ds : c'est la longueur infinitésimale parcourue pendant l'intervalle de temps (Le temps est un concept développé pour représenter la variation du monde : l'Univers n'est jamais figé, les éléments qui le composent bougent, se transforment et évoluent...) dt. Alors la longueur de l'arc est obtenue en sommant ces longueurs élémentaires

On pourra résumer cette formule en exprimant la valeur de la longueur infinitésimale sous la forme
D'autres formules peuvent s'établir de la même façon (pour des courbes de l'espace euclidien à 2, 3 dimensions), avec, suivant le système de coordonnées choisi
coordonnées cartésiennes dans l'espace euclidien à n dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur, ou bien son diamètre si c'est une pièce de révolution.)Pour donner à ces formules un sens rigoureux, il faudrait introduire les notions générales de forme quadratique (En mathématiques, une forme quadratique est un polynôme homogène de degré deux avec un nombre quelconque de variables. Par exemple, la distance comprise entre deux points...) et de tenseur métrique. Pour obtenir les formules usuelles, il suffit cependant de manipuler l'interprétation en termes d'éléments de longueur infinitésimaux.
Le s qui pointe son nez dans ces formules est cependant une quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une collection ou un groupe de choses.) intéressante pour elle-même : l'abscisse curviligne, version algébrisée de la longueur.
Le paragraphe précédent masquant un certain nombre (Un nombre est un concept caractérisant une unité, une collection d'unités ou une fraction d'unité.) de difficultés et n'étant valable que pour des arcs dérivables (pour lesquels on peut parler de vecteur vitesse), on procède à une définition plus générale et plus géométrique.
Définitions
Une courbe est rectifiable si les lignes polygonales inscrites sur celle-ci sont de longueur uniformément bornée.
Si
décrit la courbe (t dans [a,b]), alors une ligne polygonale P inscrite est donnée (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) par ses sommets Mi = f(ti), pour n'importe quel choix t0 = a < t1 < t2 < ... < tn = b (la courbe peut-être fermée ou non). La longueur de cette ligne est
| L(P) = | ∑ | MiMi + 1 |
| i |
La courbe est dite rectifiable si la longueur L(P) est majorée par une constante C indépendante du choix des ti.
La longueur de la courbe est alors par définition le supL(P) pris sur toutes les lignes polygonales possibles.
Remarques :
n'est pas rectifiable.
Considérons une courbe du plan ?2, et supposons que la courbe soit le graphe d'une fonction continûment dérivable du segment [a, b] dans ?.
Soit σ=(a0, …, an) une subdivision de [a, b]. Nous pouvons lui associer la ligne polygonale de sommets : (ak, f(ak)) (k = 0,…,n). Sa longueur est la somme :

D’après le théorème (Un théorème est une proposition qui peut être mathématiquement démontrée, c'est-à-dire une assertion qui peut être établie comme vraie au travers d'un raisonnement logique construit à partir...) des accroissements finis, pour tout i de {1, 2, ..., n}, il existe ξi dans l’intervalle ai-1, ai[ tel que
La longueur de la ligne polygonale s’écrit :

Nous reconnaissons une somme de Riemann de la fonction
. L’intégrale (Une intégrale est le résultat de l'opération mathématique, effectuée sur une fonction, appelé intégration. Une intégrale est donc composée d'un intégrande (la fonction à intégrer) et d'un opérateur que l'on...)
représente la longueur de la courbe.

Considérons une courbe paramétrée de ?3 définie par :

où x, y, z sont des fonctions continûment différentiables sur un segment [a, b]. Notons | | . | | la norme euclidienne de ?3. Considérons σ=(t0, …, tn) une subdivision de [a, b]. La somme

représente la longueur de la ligne polygonale dont les sommets sont les points M(ti).
D’après le théorème des accroissements finis, pour tout i dans {1, …, n}, il existe αi, βi et γi dans ]ti-1, ti[ tels que :
La somme est égale à :

En utilisant l’uniforme continuité (La notion de continuité sert à décrire les phénomènes qui ne sautent pas brutalement, mais évoluent progressivement. Elle est définie de manière rigoureuse en mathématiques.) sur [a, b]3, de l’application
, nous démontrons que la différence entre la somme précédente et la somme suivante :

tend vers 0 lorsque le pas des subdivisions tend vers 0. Cette dernière somme est une somme de Riemann de la fonction:
.L’intégrale
représente la longueur de la courbe.
Si l'arc était lipschitzien, il serait encore rectifiable.
La formule de calcul de la longueur faisant intervenir une intégrale de racine carrée (En mathématiques, la racine carrée d’un nombre x est un nombre dont le carré (la multiplication du nombre par lui-même) vaut x. Tout nombre réel positif possède une racine carré positive unique,...), il est fréquent que la longueur ne puisse se calculer à l'aide de fonctions usuelles (Les fonctions usuelles sont à la fois les plus simples et les plus importantes des fonctions utilisées en mathématiques. La plupart sont généralement plus ou moins connues dans le secondaire, et sont toutes définies sur R ou un...).
Ainsi un problème en apparence aussi simple que de calculer la circonférence de l'ellipse en fonction des demi-axes conduit à des intégrales qu'on ne peut pas expliciter plus avant : on parle d'ailleurs d'intégrales elliptiques (de seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La seconde d'arc est une...) espèce en l'occurrence).
Courbes pour lesquelles le calcul est possible à l'aide des fonctions usuelles
Posons la question en termes flous : deux courbes " proches " ont-elles des longueurs voisines ?
Voici un exemple négatif. On prend le graphe de la fonction constante égale à 0 sur [0,1]. Celui-ci est de longueur 1. On fabrique facilement une suite de fonctions continues sur [0,1], rectifiables, qui converge uniformément vers f et dont la longueur ne converge pas vers 1.
Par exemple : f1 est une fonction triangle (En géométrie euclidienne, un triangle est une figure plane, formée par trois points en général supposés non alignés, et par les trois segments qui les relient. La dénomination de...) avec des pentes 1 sur [0,1/2] et -1 sur [1/2,1]. Puis f2 est une fonction formée de deux triangles, avec des pentes 1 sur [0,1/4], -1 sur [1/4,1/2], 1 sur [1/2,3/4], -1 sur [3/4,1], et ainsi de suite (4,8,16 triangles, ...). Chacune des fonctions fn a un graphe de longueur
, et par ailleurs il y a bien convergence uniforme (La convergence uniforme d'une suite de fonctions est une forme de convergence plus exigeante que la convergence simple. Cette dernière demande en effet...) vers f.
Pour obtenir des résultats de continuité pour l'application " longueur ", il ne faut donc pas travailler avec la norme de la convergence (Le terme de convergence est utilisé dans de nombreux domaines :) uniforme. Il faudrait plutôt une norme du type de celles des espaces de Sobolev.
Pendant une très longue période de l'histoire des mathématiques (L’histoire des mathématiques s'étend sur plusieurs millénaires et dans de nombreuses régions du globe allant de la Chine à l'Amérique centrale. Dans la mesure...), la notion de longueur d'arc a paru parfaitement inaccessible au calcul. La possibilité de définir une telle longueur a même souvent été mise en doute, comme ce fut le cas pour les limites.
Les premiers calculs concernant les longueurs d'arc furent donc des calculs approchés, suivant la méthode d'exhaustion. Divers géomètres, avec une virtuosité de plus en plus grande, s'ingénièrent à inscrire sur les courbes remarquables des lignes polygonales, avec un découpage de plus en plus fin. Ils obtenaient ainsi une valeur approchée de plus en plus précise pour la longueur. La même méthode servait à effectuer des calculs approchés pour les aires.
Au XVIIe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33...), la méthode d'exhaustion permit la rectification, par des procédés géométriques, de plusieurs courbes transcendantes : la spirale ((voir page de discussion)) logarithmique par Torricelli en 1645 (attribué par certains à John Wallis dans les années 1650), la cycloïde par Christopher Wren (Christopher Wren (20 octobre 1632, East Knoyle - 25 février 1723, Hampton Court) est un savant et architecte britannique du XVIIe siècle, célèbre pour son rôle dans la...) en 1658, et la caténoïde par Gottfried Leibniz en 1691.
En 1659 eut lieu la rectification de la première courbe algébrique (Une courbe algébrique est une courbe, le plus souvent plane, dont l’équation cartésienne peut se mettre sous forme polynômiale. Une courbe non algébrique est dite...) non triviale, la parabole semi-cubique (ou parabole de Neile, du nom de son découvreur).
Avant même le plein avènement du calcul infinitésimal, les premières fondations (Les fondations d'un ouvrage assurent la transmission et la répartition des charges (poids propre et surcharges climatiques et d'utilisation) de cet ouvrage sur le sol. Le mode de fondation sera établi...) pour obtenir la formule intégrale donnant la longueur d'arc furent jetées indépendamment par Hendrik van Heuraet et Pierre de Fermat (Pierre de Fermat, né le 20 août 1601, à Beaumont-de-Lomagne, près de Montauban, et décédé le 12 janvier 1665 à Castres, était un juriste et mathématicien français, surnommé « le prince des amateurs ».).
En 1659 van Heuraet publia une construction par laquelle la longueur d'arc pouvait s'interpréter comme l'aire sous une courbe - donc effectivement une intégrale - et appliqua cela au cas de la parabole. En 1660, Fermat publia une théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur l’observation...) plus générale, englobant ce résultat, dans De linearum curvarum cum lineis rectis comparatione dissertatio geometrica.
Il est bien connu qu'en géométrie euclidienne (La géométrie euclidienne commence avec les Éléments d'Euclide, qui est à la fois une somme des connaissances géométriques de l'époque et une tentative de formalisation mathématique de ces connaissances. Les...), la ligne droite est le plus court chemin entre deux points.
En effet la longueur de l'arc est supérieure à celle de la ligne droite joignant origine et extrémité de l'arc (qui est une ligne polygonale particulière). Toutes les autres lignes polygonales sont d'ailleurs de plus grande longueur par l'inégalité triangulaire.
On appelle A et B les extrémités de l'arc et on compare la longueur de l'arc avec celle de l'arc obtenu par projection (La projection cartographique est un ensemble de techniques permettant de représenter la surface de la Terre dans son ensemble ou en partie sur la surface plane d'une...) orthogonale sur (A,B). Comme la projection orthogonale diminue les normes, notre arc est plus long qu'un arc tracé sur une droite et reliant A à B, lui même plus long que l'arc [A,B].
Dans de nombreux problèmes de minimisation, on peut essayer d'utiliser l'énergie de l'arc

qui a l'avantage de ne pas faire intervenir de racine carrée.
En outre énergie et longueur ne sont pas sans lien : lorsque l'arc admet une paramétrage normal (à vitesse uniforme 1), longueur et énergie sont égales. La courbe d'énergie minimale entre deux points est encore la droite, parcourue à vitesse uniforme.
Cette énergie représente une "énergie élastique (L'énergie élastique est l'énergie représentant la déformation élastique d'un objet solide ou d'un fluide (pression d'un gaz ou d'un liquide).) de déformation". On la fait intervenir par exemple dans l'inégalité isopérimétrique ou la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) de géodésiques.
Les deux derniers problèmes demandent de faire appel aux techniques du calcul des variations.
Supposons que M est une variété riemannienne et que γ: [a, b] → M est une courbe continuement dérivable sur M, alors on peut définir la longueur et l'énergie de cette courbe par :

où
est la norme de γ'(t) induite par le produit scalaire (En géométrie vectorielle, le produit scalaire est une opération algébrique s'ajoutant aux lois définissant la structure d'espace vectoriel. À deux vecteurs elle...) pris sur l'espace tangent en γ(t).
La recherche de plus courts chemins, qu'il faut envisager sous deux aspects : local et global, relève alors du calcul de géodésiques.
La longueur de la représentation graphique d'une fonction pourrait s'apparenter au périmètre (Le périmètre (du grec ancien : perimetros, mesure du tour) désigne la longueur totale du contour d'une surface. Le périmètre désigne aussi la ligne de forme quelconque qui ferme...) d'un objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette...) géometrique tel qu'un cercle, un triangle. Ici on pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) le concept plus loin en généralisant à toutes les fonctions.
La longueur de la représentation graphique de
sur
(
et
) est :

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