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Architecture gothique

L'architecture gothique (ou francigenum opus) fut un style architectural de la seconde partie du Moyen Âge en Europe occidentale.

La Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, un des chefs-d'œuvre de l'architecture gothique
La Cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, un des chefs-d'œuvre de l'architecture gothique (L'architecture gothique (ou francigenum opus) fut un style architectural de la seconde partie du Moyen Âge en Europe occidentale.)

Avant-propos

Vue intérieur du clocher de Larchant
Vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) intérieur du clocher (Un clocher est un élément architectural d'une église, généralement en forme de tour plus ou moins élevée, qui héberge une ou...) de Larchant

Des monuments religieux, profanes, et des habitations des classes supérieures furent construits selon cette architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.). Toutefois, ce sont les cathédrales qui aujourd'hui l'incarnent le plus visiblement.

L'architecture gothique est née en Île-de-France pendant la deuxième moitié du XIIe siècle ; elle se diffuse rapidement au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) de la Loire et s'impose en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme...) jusqu'au milieu du XVIe siècle, lorsque se développe l'architecture classique, sous l'influence de la Renaissance italienne (Italienne est le nom communément utilisé pour le cordage servant a manœuvrer un enrouleur. Il s'enroule sur un tambour quand on déroule la voile, et on tire dessus pour enrouler la voile.).

Le mot " gothique " fut utilisé pour nommer cette architecture a posteriori, dans une acception péjorative. L'art gothique était l'art des Goths, autrement dit des " barbares " qui auraient oublié les techniques et les canons romains. Un certain nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'historiens de l'art réfutent aujourd'hui ce jugement et montrent que l'architecture gothique n'est pas en rupture avec l'architecture romane (L'architecture romane s'est développée en Europe au cours du Moyen Âge (v. 950 ~ XIIe siècle). On peut la caractériser par la réintroduction de la technique romaine antique de la voûte...).

Son identité très forte est autant philosophique qu'architecturale. Elle représente probablement de ces deux points de vue, l'un des plus grands achèvements artistiques du Moyen Âge.

Histoire

Avant le gothique

Depuis la fin du Xe siècle, les églises sont construites dans le style roman commun à une grande partie de l'Europe occidentale : les nefs sont couvertes d'une voûte en berceau ; les murs sont épais et soutenus par des contreforts massifs situés à l'extérieur. Le nombre et l'ampleur des fenêtres sont limités et l'intérieur des édifices est décoré par des fresques aux couleurs vives. Bien que les éléments techniques qui caractérisent l'art gothique existent depuis de nombreuses années (ogive, voûte, vitraux), c'est généralement l'édification de la basilique de Saint Denis sous Louis VI le gros, qui est considérée comme son acte de naissance.

Contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le...)

Les premiers édifices gothiques apparurent vers les années 1130-1150 en Île-de-France. C'est pourquoi ce style est appelé par ses contemporains en latin opus francigenum ou "art d'origine française", "art français". C'est dans le domaine royal des rois capétiens que le style trouve son expression la plus fréquente et la plus classique. À cette époque, la croissance démographique commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) une augmentation de la taille des édifices religieux. La religion, le culte des reliques sont une composante essentielle de la vie (La vie est le nom donné :) des fidèles. La diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une information), voire de...) des innovations techniques rend le travail plus productif. Enfin, les villes et le commerce se développent, ce qui entraîne l'émergence d'une riche bourgeoisie.

Le premier bâtiment gothique

Vitraux du chœur de la basilique Saint-Denis, au nord de Paris
Vitraux du chœur de la basilique Saint-Denis, au nord de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la Marne et de la Seine en...)

L'église (L'église peut être :) abbatiale de Morienval présente déjà quelques traits du gothique. Elle est antérieure à l'abbatiale de Saint-Denis, mais cette dernière est la première construction à se démarquer franchement du style roman.

L'abbaye (Une abbaye (du latin abbatia) est un monastère ou un couvent catholique placé sous la direction d'un abbé (ou d'une abbesse; dérivé de l'araméen abba qui signifie « père »),...) bénédictine de Saint-Denis est un établissement prestigieux et riche, grâce à l'action de Suger, abbé de 1122 à 1151. Ce dernier souhaite rénover la vieille église carolingienne afin de mettre en valeur les reliques de saint Denis dans un nouveau chœur : pour cela, il souhaite une élévation importante et des baies qui laissent pénétrer la lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La...).

Suger décide d'achever la construction de la principale église de son évêché en s'inspirant du nouveau style entraperçu dans la cathédrale (Une cathédrale est, à l'origine, une église chrétienne où se trouve le siège de l'évêque (la cathèdre) ayant en charge un...) Saint-Étienne de Sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du...). En 1140, il fait édifier un nouveau massif (Le mot massif peut être employé comme :) occidental, en s'inspirant des modèles normands de l'âge roman comme l'abbatiale Saint-Etienne de Caen. En 1144, la consécration du chœur de la basilique marque l'avènement d'une nouvelle architecture. Reprenant le principe du déambulatoire (Le déambulatoire est une galerie qui sépare le chœur d'une église des chapelles absidiales. Cet élément architectural est apparu dès l'époque caroligienne dans les églises...) à chapelle (Une chapelle est un lieu de culte chrétien qui peut, selon le cas, constituer un édifice distinct ou être intégré dans un autre bâtiment.) rayonnante en le doublant, il innove en prenant le parti de juxtaposer les chapelles autrefois isolées en les séparant par un simple contrefort (Un contrefort est un renfort (bloc) de maçonnerie massif élevé sur la face extérieure d'un bâtiment voûté et qui sert à contenir les effets d'une charge ou de la poussée des arcs et des voûtes.). Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles (On désigne par le terme jumelles un dispositif optique binoculaire grossissant destiné à l'observation d'objets à distance, constitué de deux lunettes symétriques montées en parallèle.) munies de vitraux filtrant la lumière. Le voûtement adopte la technique de la croisée (Croisée peut désigner :) d'ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers.

L'émulation gothique

La diffusion du style gothique a été rendue possible par la concurrence entre les évêchés du nord de la France : chaque évêque voulait une cathédrale plus belle et plus grande que celle du voisin. Cette émulation a favorisé la course (Course : Ce mot a plusieurs sens, ayant tous un rapport avec le mouvement.) à la hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) des nefs. Les nouvelles idées sont rapidement exploitées à Noyon, à Laon, à Senlis, puis Paris. Elle se répand ensuite progressivement en Europe occidentale, avec des variantes locales propres à chaque contrée (Angleterre, Espagne, Italie, pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui...) germaniques, Scandinavie, ...) et évolue dans le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), du gothique dit " primitif " (XIIe siècle) au gothique " flamboyant " (XVe siècle / XVIe siècle). Mais à la fin de la Renaissance, cette nomination changea.

Cathédrale Dates Hauteur sous nef (La nef est la partie d'une église allant du portail à la croisée du transept et qui est comprise entre les deux murs latéraux. La nef comprend le vaisseau central et les éventuels collatéraux (il ne faut pas...) (en mètres) Longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de l’objet...) totale (en mètres)
Noyon environ de 1140
22
102
Laon 1155
25
110
Paris 1163
35
130
Strasbourg 1190 à 1439
31
115
Bourges 1192
38
118
Chartres 1194
37
130
Amiens 1220
42,50
145
Beauvais 1225
48
70 (chœur et transept (Le transept est une nef transversale qui coupe à angle droit la nef principale d’une église et lui donne la forme symbolique d’une croix.), pas de nef)
Metz 1220 à 1520
41,77
136

La Renaissance méprise les formes gothiques

Adam, vers 1260. Statue provenant de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'artiste s'est manifestement attaché à un certain réalisme inspiré des formes de l'Antiquité classique
Adam, vers 1260. Statue provenant de la cathédrale Notre-Dame de Paris. L'artiste (Est communément appelée artiste toute personne exerçant l'un des métiers ou activités suivantes :) s'est manifestement attaché à un certain réalisme inspiré des formes de l'Antiquité classique

Le mot " gothique " fut utilisé en premier par les Italiens pour désigner l'art de la fin de Renaissance qui imitait l'art français du Moyen Âge. C'est Giorgio Vasari qui, en 1550, est le premier à employer cette appellation. Ce terme avait une connotation péjorative, car les Humanistes de la Renaissance souhaitaient un retour au classicisme, c'est-à-dire aux formes dépouillées et pures de l'Antiquité. Ils exprimaient donc leur mépris pour ces constructions qui ne respectaient pas les canons de la période de l'Antiquité, période qui, pour eux, était un modèle de perfection. Les artistes de la Renaissance choisirent donc le mot gothique pour signifier que cet art était digne des " barbares ". Or les Goths étaient une ancienne peuplade germanique du Nord, des barbares, dont les armées avaient notamment envahi l'Italie et pillé Rome en 410.

Le dédain pour cet art fut tel qu'il fut projeté de détruire la cathédrale Notre-Dame de Paris pour la remplacer par une nouvelle. Ce projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution, et...) ne put cependant se concrétiser lorsqu'éclata la Révolution. La vente ou l'abandon des biens de l'Église, que celle-ci entraîna, provoqua cependant la disparition de nombreux chefs-d'œuvre de l'architecture gothique.

L'historiographie récente tend à diminuer la rupture entre les styles roman et gothique. De plus, les spécialistes tendent à montrer que l'héritage antique n'a pas été complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité...) oublié du style gothique. Les sculpteurs et les architectes s'inspirent souvent des méthodes romaines.

Le romantisme réhabilite le gothique

Façade néogothique de la cathédrale Saint-Patrick, New York, (1885-1888), James Renwick Jr.
Façade néogothique de la cathédrale Saint-Patrick, New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des États-Unis, elle compte a elle seule...), (1885-1888), James Renwick Jr (James Renwick Jr (1818-1895) était un architecte américain. Il construisit plusieurs bâtiments en style néogothique.).

Lorsqu'au XIXe siècle naquit le mouvement romantique, l'intérêt pour l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui...) du Moyen Âge, y compris l'architecture gothique se développa, et ce mot perdit cette connotation négative. Le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris (1831) relance l'intérêt pour les cathédrales d'Île-de-France.

À la fin du XIXe siècle, s'inspirant des travaux de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) de Viollet le duc, de nombreux édifices, notamment religieux, imitent le style médiéval : à Paris un exemple fameux est l'église Sainte-Clotilde. Les innovations techniques permettant aux constructions de s'affranchir de certaines contraintes qui dictaient leur forme, une nouvelle architecture réinterprète son patrimoine historique, et après le néo-classique, le néogothique fait son apparition, particulièrement en Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006), qui...) suivie par les États-Unis d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan...) dans les années 1840. Ce style connaît un grand succès dans les universités (Harvard), les musées (Smithsonian Institution) et bien sûr les églises. À New York, c'est à James Renwick Jr que l'on doit la cathédrale Saint-Patrick (1858-1888), synthèse élégante des cathédrales de Reims et de Cologne. L'utilisation de matériaux (Un matériau est une matière d'origine naturelle ou artificielle que l'homme façonne pour en faire des objets.) plus légers que la pierre permet de se passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) d'arc-boutants et contreforts extérieurs. Le succès du néogothique se prolongea jusqu'au début du XXe siècle dans de nombreux gratte-ciel (Un gratte-ciel (calque de l'anglais skyscraper) est un immeuble de très grande hauteur. Il n'existe pas de définition officielle ni de hauteur...), notamment à Chicago (Chicago est une mégapole des États-Unis, située dans la partie nord du Middle West, à 1 280 kilomètres à l'ouest de New York et à plus de 3 200 kilomètres au nord-est de Los Angeles. C'est la plus grande ville de l'État de l'Illinois et le...) et New York. En Europe, le monument le plus célèbre s'inspirant de l'héritage gothique tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en s'en démarquant très nettement est probablement la Sagrada Família à Barcelone (Barcelone (Barcelona en catalan et en castillan) est une commune de Catalogne - Espagne, située dans la province de Barcelone. Elle est la capitale historique, administrative et...) (Espagne).

Caractéristiques de l'architecture gothique

L'ogive, une solution aux problèmes de forces

L'architecture romane (qui précède le gothique) se caractérise par des arcs " en plein cintre " (un demi-cercle), et, surtout, par des voûtes. Ces voûtes romanes sont massives et très lourdes ; elles nécessitent des murs d'appui épais, le plus souvent renforcés par des contreforts accolés de place en place.

Le gothique amène une solution aux problèmes de forces que connaît le roman. En effet, l'arc brisé et surtout la croisée d'ogive permettent,contrairement à l'arc en plein cintre, de diriger le poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est égale à l'opposé de la...) de l'édifice vers le sol. Dès lors, les murs épais que l'on connaît sous l'architecture romane vont très vite être remplacés par d'énormes piliers. On parlera alors d'une architecture de structure. La magie du gothique réside donc dans cette gestion non-visible des forces où les éléments qui semblent supporter les poussées apparaissent trop légers pour remplir cette fonction. Cet équilibre n'est possible que si la conception des parties supérieures précède l'édification des parties basses. La cathédrale gothique est donc un monument éminemment structuré et planifié à défaut d'être calculé. Il est intéressant de noter que les concepts physiques sur lesquels repose l'architecture gothique ne seront théorisés qu'à partir du XVIe siècle.

L'élan vertical

Les voûtes et les flèches peuvent donc s’élever. La cathédrale gothique, construction la plus emblématique du style, est une image de la Jérusalem céleste. C'est autant une invitation à l'élévation spirituelle qu'une manifestation du pouvoir et de la grandeur de Dieu et de l'Église.

Les vitraux

Le style roman s’est développé principalement au sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) de la Loire, où la luminosité (La luminosité désigne la caractéristique de ce qui émet ou réfléchit la lumière.) permettait ces ouvertures limitées et ces jeux de contraste entre ombre (Une ombre est une zone sombre créée par l'interposition d'un objet opaque (ou seulement partiellement opaque) entre une source de lumière et la surface sur laquelle se réfléchit cette...) et lumière.

Au nord, ce parti pris structurel aurait rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie) d'une scène créée dans un logiciel de modélisation 3D comportant à la fois des...) les bâtiments trop sombres et lugubres, des ouvertures plus grandes devaient être envisagées pour laisser pénétrer la lumière. L'arc plein cintre ne permet pas de percer des ouvertures suffisamment grandes pour la lumière tant recherchée par l'art gothique, car le report latéral des forces est trop important et on ne peut envisager d’élever la voûte sans renforcer les murs pour supporter la poussée (En aérodynamique, la poussée est la force exercée par le déplacement de l'air brassé par un moteur, dans le sens inverse de l'avancement.) résultante.

En revanche l’arc brisé et la croisée d'ogives permettent de canaliser les forces et de les concentrer sur des piliers. Les murs n’ont donc plus à supporter le poids de la structure et peuvent alors être ouverts vers l'extérieur. La lumière devient si abondante qu'on peut jouer à la colorer par des vitraux. Ces derniers ne laissent rien voir de l’extérieur. Ils sont édifiants pour les fidèles et représentent bien souvent des scènes bibliques, la vie des saints ou parfois même la vie quotidienne au Moyen Âge. Ils étaient de véritables supports imagés pour le catéchisme des fidèles qui n'avaient alors qu'à lever les yeux.

Mais au delà de la représentation iconographique, c'est aussi pour toute la symbolique de la lumière que l'on avait recours aux vitraux durant le Moyen Âge, et plus particulièrement pendant la période dite gothique. Selon Vitellion, intellectuel du XIIIe siècle, on distingue deux sortes de lumières : la lumière divine (Dieu) et la lumière physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans...) (la manifestation de Dieu). Les vitraux étaient alors chargés de transformer la lumière physique en lumière divine, autrement dit de faire rentrer la présence divine dans la cathédrale.

Toujours dans la mentalité médiévale, on associait le sombre ou l'absence de lumière au Malin. Ainsi, quand un fidèle entrait (L'entrait (ou tirant) - terme de charpente - est un élément de la ferme. C'est une pièce de bois horizontale servant à réunir les...) dans la cathédrale, il se sentait protégé du mal par Dieu et cela grâce à la luminosité des vitraux. On retrouve une explication du lien entre Dieu et la lumière dans la Bible.

Le contexte historique dans lequel cette théologie de la Lumière s'est mise en place est décrite dans l'œuvre de l'historien Georges Duby.

Je suis la lumière du monde ; celui qui Me suit ne marche point (Graphie) dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie.

Évangile selon saint Jean, VIII, 12

En outre, la lumière provenant des vitraux a pour but de délimiter un microcosme céleste au cœur de l'église.

Élements caractéristiques de l'architecture gothique

  • Arc boutant (2): L'arc-boutant (L'arc-boutant est un élément typique de l'architecture gothique. C'est un étai formé d'un arc en maçonnerie qui contre-bute la poussée latérale des voûtes en croisée d'ogives et les achemine vers le pilier de culée. Ce dernier est le plus...) est un étai (Sur un voilier, l' étai (1) est un câble servant à maintenir le mât longitudinalement vers l'avant. Les haubans (3) et les galhaubans maintiennent le mât latéralement, légèrement vers l'arrière. Le pataras (5) et les...) formé d'un arc en maçonnerie (La maçonnerie est l'art de bâtir une construction par assemblage d'objets élémentaires liés de manière non réversible. C'est l'art du maçon par définition. Par extension on associe aussi sous le terme « maçonnerie »...) qui contre-bute la poussée latérale des voûtes en croisées d'ogives et les achemine vers le pilier (Un pilier est un organe architectural sur lequel se concentrent de façon ponctuelle les charges de la superstructure (par exemple les charges d'une charpente ou celles des...) de culée (Culée - Terme de construction -). Ce dernier est le plus souvent couronnée d'un pinacle (Le pinacle est la partie la plus élevée d'un édifice (synonyme de faîte). Par exemple, dans la Bible, le "pinacle du Temple" est le faîte du Temple de...). Il reprend la fonction des contreforts de l'architecture romane.
  • Arc brisé : Arc dont la courbe (En géométrie, le mot courbe, ou ligne courbe désigne certains sous-ensembles du plan, de l'espace usuels. Par exemple, les droites, les segments, les...) inférieure est formée à partir de deux demis-arcs symétriques qui s'appuient l'un sur l'autre.
  • Baie Gothique :
  • Culée (3): Contrefort élevé et massif qui redirige les poussées des arcs boutants vers le sol.
  • Pinacle (1):Le pinacle est un petit clocheton en plomb (Le plomb est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole Pb et de numéro atomique 82. Le mot et le symbole viennent du latin plumbum.) de forme pyramidale de base polygonale (ou simplement une flèche ou pointe), parfois ajouré et orné de fleurons servant de couronnement à un arc-boutant. Il sert également à alourdir les arcs boutants pour éviter que ceux-ci ne se déportent.
  • Triforium : Galerie voûtée ouverte sur l’intérieur, est aménagée latéralement au dessus des bas côtés de la nef d’une grande église. Le triforium fait partie des éléments constituant une des parties internes des arcs-boutant continus destinés à contrebalancer la poussée du berceau central.

Proportions d'un édifice gothique

Si l'arc en plein cintre, fondateur de l'architecture romane, donnait satisfaction pour la construction d'une nef simple munie d'une voûte dite en berceau, il convenait mal à la croisée du transept et de la nef. Il en résultait, aux diagonales de l'intersection, des arcs elliptiques aplatis beaucoup plus fragiles. L'effondrement de la coupole (Une coupole est une voûte hémisphérique, de profil semi-circulaire, elliptique ou polygonal, parfois exhaussée par un tambour. La toiture...) de l'église Hagia Sophia à Constantinople avait illustré ce problème.

La solution fut de réserver la robustesse des arcs en plein cintre aux diagonales de la croisée, ce que l'on appelle une croisée d'ogives. La projection (La projection cartographique est un ensemble de techniques permettant de représenter la surface de la Terre dans son ensemble ou en partie sur la surface plane...) orthogonale de cette croisée selon l'axe de chacune des nefs donne alors une demi-ellipse posée dans sa hauteur, très résistante en son sommet. Par chance, il existe une bonne approximation (Une approximation est une représentation grossière c'est-à-dire manquant de précision et d'exactitude, de quelque chose, mais encore assez significative pour être utile. Bien qu'une...) de cet arc pour cette époque où, sur le chantier, à défaut de bons moyens de calcul et de mesures précises il vaut mieux recourir à des tracés simples à exécuter : il s'agit d'un arc brisé composé de deux arcs de cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée rayon du cercle. Celui-ci...) centrés respectivement au premier et au troisième quart de la distance à franchir.

Cette approximation est souvent observable (Dans le formalisme de la mécanique quantique, une opération de mesure (c'est-à-dire obtenir la valeur ou un intervalle de valeurs d'un paramètre physique, ou plus...) à une légère déformation de la voûte de la croisée à l'endroit où elle se raccorde aux nefs.

Décoration

Quant à la décoration, si le style roman se veut résolument sobre, le style gothique se pare souvent d'une multitudes d'arcs, de colonnades, de statues, etc.

Construction d'un édifice gothique

Techniques utilisées

  • des cintres en bois sont réalisés pour faciliter la construction des arcs et surtout des ogives
  • la brouette : cette technique a remplacé les civières dans le transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications (la route, le canal ..)....) des pierres et briquaillons permettant ainsi un gain de main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un organe destiné à saisir et manipuler des objets....) d'œuvre (un seul ouvrier nécessaire au lieu de deux)
  • Le fil à plomb : il permet de donner une référence verticale (La verticale est une droite parallèle à la direction de la pesanteur, donnée notamment par le fil à plomb.) pour la pose des matériaux
  • La roue (La roue est un organe ou pièce mécanique de forme circulaire tournant autour d'un axe passant par son centre.) de carrier : ce dispositif permettait aux bâtisseurs de monter de lourdes charges.*

Chronologie des différentes expériences architecturales dans la construction des cathédrales gothiques françaises

Chronologiquement et par Ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux...) Expérimentation (L'expérimentation est une méthode scientifique qui consiste à tester par des expériences répétées la validité d'une hypothèse et à obtenir des données...)
Saint-Denis première cathédrale
Noyon croisées d’ogives
Laon rosace
Paris nef sans voûte.
Rouen voûtes sexpartites.
Bourges arc-boutants lestés de pinacles.
Chartres voûtes quadripartites (nef plus large).
Paris voûtes sur la nef, arc-boutants, gargouilles pour l’évacuation des réseaux d’eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) pluviales.
Reims sculptures décoratives.
Amiens plus vaste grâce à des chaînages métalliques dans les murs et au travers des baies.
Beauvais tirant en fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie quotidienne, sous forme...) même sur les arc-boutants, arcs doubles.
La guerre de cent ans met fin aux constructions des cathédrales en France. Mais les constructions se poursuivent en Allemagne et en Angleterre
La construction se poursuit à Beauvais transept et flèche (La flèche s’écroule par la suite).

Les différents courants

On compte en Europe et plus particulièrement dans le Royaume de France et dans le Saint Empire romain Germanique quatre courants différents qui se succèdent.

Le gothique primitif ou protogothique

Le premier art gothique, le gothique primitif naît à l'abbatiale royale de Saint-Denis et s’étend durant la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La...) partie du XIIe siècle dans le nord de la France. Le clergé séculier est alors tenté par un certain faste architectural. Saint-Denis, reconstruit sous l'impulsion de l'abbé Suger passe pour le prototype : mais ce parti, très audacieux, ne sera pas immédiatement compris et suivi (façade harmonique (Dans plusieurs domaines, une harmonique est un élément constitutif d'un phénomène périodique ou vibratoire (par exemple en électricité : les...), double déambulatoire, voûtes d'ogives). La cathédrale Saint-Étienne de Sens est un autre exemple initiateur de ce mouvement, par contre moins audacieux que Saint-Denis : alternance des supports (piles fortes et piles faibles, voûte sexpartite, murs qui restent relativement épais - les arcs-boutants n'apparaissent qu'à la période classique). Cependant nous pouvons y constater des innovations telles que l'absence de transept qui unifie l'espace et l'éclairage plus abondant. Les apports de Sens sont compris plus vite que ceux de Saint-Denis. La cathédrale de Sens va avoir davantage de répercussions et rapidement de nombreux édifices vont suivre son exemple, au nord de la Loire dans un premier temps.

Tableau (Tableau peut avoir plusieurs sens suivant le contexte employé :) des principaux édifices du gothique primitif en France

Ville Cathédrale Début des Travaux[1] Fin des Travaux (gros œuvre) Date de la consécration
Sens Saint-Étienne 1135 Entre 1490 et 1517
Noyon Notre-Dame de Noyon 1145 1235
Senlis Notre-Dame de Senlis 1153 inconnue le 16 Juin 1191
Laon Notre-Dame de Laon 1155 1235
Soissons Saint-Gervais-et-Saint-Protais 1176 1212 pour le principal de l'œuvre

Le gothique classique

Le Gothique Classique correspond à la phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de maturation et d'équilibre des formes (fin XIIe-1230 environ). On construit alors toutes les plus grandes cathédrales : Reims, Bourges, Amiens, etc. Le rythme et la décoration se simplifient. En réalité, on privilégie le colossal au détriment du raffinement ; l'élan vertical est de plus en plus prononcé. L'architecture s'uniformise : on abandonne l'idée de principe de piles alternantes très marqué à Sens. Pour cette période, on commence à connaître le nom des architectes, notamment grâce aux labyrinthes (Reims). Le travail se rationalise. La pierre se standardise. Le monument prototype est Chartres, projet ambitieux avec une élévation à trois niveaux qui a pu être possible grâce au perfectionnement dans le contrebutement. La mise au point des arcs-boutants permet de supprimer les tribunes qui jusqu'alors jouaient ce rôle. Les autres pays d'Europe commencent à s'intéresser à cette nouvelle forme architecturale (Canterbury, Salisbury, etc.). La cathédrale de Laon qui servit probablement de modèle à d'autres aura trois niveaux de tribunes.

  • Tableau des principaux édifices du gothique classique en France
Ville Cathédrale Début des Travaux[2] Fin des Travaux (gros œuvre) Date de la consécration
Reims Notre-Dame de Reims 1211 1275 inconnue
Bourges Saint-Étienne 1195 1230 le 13 mai 1324
Amiens Notre-Dame d'Amiens 1220 1264 à compléter
Chartres Notre-Dame de Chartres 1194 environ 1220 à compléter

Le gothique rayonnant

Encore une fois, ce style est né à Saint-Denis avec la réfection du chœur de l'abbatiale en 1231. Le rayonnant va se développer peu à peu jusqu'en 1350 environ. Les églises deviennent de plus en plus hautes, dépassant parfois les limites comme à Beauvais, construction trop ambitieuse : en 1272 une partie des voûtes du chœur de la cathédrale s'effondrèrent; les voûtes étaient trop hautes et les piliers trop espacés. Les principales caractéristiques de cette architecture sont la virtuosité des remplages, la verticalité toujours plus importante, des piliers fasciculés, et les surfaces vitrées qui deviennent de plus en plus grandes (Cathédrale Saint-Étienne de Metz avec 6496 m²) ; les églises deviennent de véritables squelettes de pierre, le reste étant de verre (Le verre, dans le langage courant, désigne un matériau ou un alliage dur, fragile (cassant) et transparent au rayonnement visible. Le plus souvent, le verre est constitué d’oxyde de silicium...), laissant pénétrer une lumière abondante. Le gothique rayonnant s'impose réellement à partir des années 1240. Les édifices alors en chantier prennent immédiatement en compte cette nouvelle "mode" et changent partiellement leur plan. C'est à cette époque que la rose devient vraiment un élément incontournable du décor, même si elle était déjà très utilisée avant (Notre-Dame de Paris, transept). La multiplication (La multiplication est l'une des quatre opérations de l'arithmétique élémentaire avec l'addition, la soustraction et la division .) des chapelles latérales permet aussi d'agrandir l'espace de la cathédrale. L'abbatiale Saint-Ouen de Rouen est un excellent exemple d'édifice rayonnant.

Le gothique flamboyant (Flamboyant est un nom vernaculaire ambigu désignant en français certains arbres de la famille des Caesalpiniaceae. Par extension le nom de flamboyant peut aussi référer...)

Le gothique flamboyant : palais de justice de Rouen, Seine-Maritime
Le gothique flamboyant : palais de justice (Un palais de justice contient un tribunal ou autre juridiction, son administration et divers services liés au droit. C'est l'équivalent francophone de la courthouse des pays anglo-saxons.) de Rouen, Seine-Maritime

Appelé aussi gothique tardif, il naît dans les années 1350 et se développe jusqu'à la fin du XVe siècle, et parfois même dans certaines régions, telle la Lorraine (La Lorraine est le premier d’une série de deux navires, le second étant La Savoie. C’est, à l’époque, le plus grand paquebot français.), durant la première partie du XVIe siècle telle la Basilique de Saint-Nicolas-de-Port. Durant cette période, les innovations sont rares. La structure des édifices reste la même, mais leur décor évolue vers un ornement exubérant, " flamboyant ", qui forme des sortes de flammes que l'on peut remarquer dans les remplages des baies ou sur les gâbles par exemple. L'élévation se simplifie quelque peu avec souvent une élévation à deux niveaux (Saint-Germain l'Auxerrois), ou bien avec une élévation à trois niveaux mais avec un triforium aveugle. La voûte d'ogive se fait plus complexe, devenant dans certains édifices, décorative ; c'est le cas à la cathédrale Saint-Guy de Prague. La clef (Au sens propre, la clef ou clé (les deux orthographes sont correctes) est un dispositif amovible permettant d'actionner un mécanisme.) pendante ou cul-de-lampe ( Culs-de-lampe relevés dans l'église Saint-Julien à Caen En architecture, un cul-de-lampe est une console d'encorbellement constituée d’une pierre saillante servant...), véritable prouesse technique, se fait plus fréquente (Saint-Ouen de Rouen, portail des Marmousets). Exemples d'édifices flamboyants : l'église Saint-Maclou et le Parlement de Rouen, la basilique Saint-Urbain de Troyes, l'église de Louviers, l'église de Brou, près de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain.

Les différentes formes locales

En France

Le gothique angevin

Il se distingue par des façades différentes de celles d'Île-de-France, qui comportent trois portails. Le chevet (En architecture religieuse, le chevet (du latin caput, « tête ») désigne généralement l'extrémité d'une église, parce que, dans les...) ne comporte pas non plus systématiquement d'arcs-boutants (comme la cathédrale Saint-Pierre (Le terme saint-pierre est un nom vernaculaire qui peut désigner en français trois espèces différentes de poissons appartenent à l'ordre des Zéiformes.) de Poitiers, dont le chevet est un simple mur (Un mur est une structure solide qui sépare ou délimite deux espaces.) vertical). Mais ce sont surtout les voûtes qui caractérisent le gothique angevin: la voûte angevine présente un profil très bombé, alors que la voûte francilienne est plus plate. Pourquoi? Dans le style gothique d'Île-de-France, la clef de voûte est à la même hauteur que les clefs de ses arcs de construction (arcs doubleaux et arcs formerets); le style gothique angevin présente une différence de hauteur très marquée entre la clef de voûte et les clefs des arcs formerets et doubleaux, ce qui provoque son creusement. Parmi les plus beaux exemples de voûtes angevines: cathédrale Saint-Maurice d'Angers, et ancien Hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités à domicile ou dans le cabinet d'un médecin.) Saint-Jean d'Angers (actuel Musée Jean-Lurçat).

Le gothique normand

tour-lanterne de l'église abbatiale de Fécamp, haute de 65 mètres
tour-lanterne (Une tour-lanterne est une tour s'élevant, dans certaines églises, au dessus de la croisée du transept et comportant des ouvertures par lesquelles la lumière peut pénétrer dans l'édifice.) de l'église abbatiale de Fécamp, haute de 65 mètres

La Normandie a été très tôt associée au mouvement gothique. Une des spécificités du gothique normand est la présence, au-dessus du transept, d'une " tour-lanterne " construite dans de nombreuses grandes églises et dans presque toutes les cathédrales de la province (cathédrale de Coutances, de Rouen, abbatiale de la Trinité à Fécamp), Collégiale (Une collégiale est une église qui a été confiée à un collège de clercs ou chapitre collégial, c'est-à-dire à une réunion de chanoines (de nombre variable selon...) Notre-Dame à Vernon; La cathédrale de Sées n'en comporte pas mais elle était prévue à l'origine. Cette architecture a grandement influencé l'art gothique en Angleterre.

En Angleterre

Contrairement au reste de l'Europe, le gothique anglais s'est développé en trois phases. On distingue le gothique primaire, le gothique curvilinéaire et le gothique perpendiculaire (En géométrie plane, on dit que deux droites sont perpendiculaires quand elles se coupent en formant un angle droit. Le terme de perpendiculaire vient du latin per-pendiculum (fil à plomb) et justifie la généralisation de la notion...).

Le gothique primaire

Le gothique primaire (ou Early english gothic) se développe du XIIe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être l'âge du...) jusqu'en 1250.

Le gothique curvilinéaire

Il commence vers 1250 et va durer un siècle environ. Le gothique curvilinéaire (ou decorated style) se distingue par des baies gothiques très travaillées. Elles comprennent des meneaux qui séparent les différentes parties de la fenêtre (En architecture et construction, une fenêtre est une baie, une ouverture dans un mur ou un pan incliné de toiture, avec ou sans vitres.). À l'intérieur du bâtiment, les colonnes sont plus fines et plus élégantes que celles du gothique primaire.

Le gothique perpendiculaire

Voûtes en éventail
Voûtes en éventail

Typiquement britannique, le gothique perpendiculaire voit le jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son...) vers 1340, lors de la transformation du chœur de la cathédrale de Gloucester et de la construction de son cloître (Un cloître (ou anciennement cloistre, ou clouastre) est une cour entourée de murs et de galeries établies à côté des églises cathédrales, collégiales et monastiques. Dès les...).

Ce style se caractérise par une redéfinition des volumes intérieurs et des masses extérieures. De grandes baies distribuent largement la lumière dans les salles et les nefs, suivant des lignes horizontales et verticales qui sont à l'origine du terme perpendiculaire. Apparaissent également les voûtes en éventail (fan vaultings) qui cassent le verticalisme des lignes architecturales, créant un effet dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé comme :) et très décoratif. Ces voûtes sont particulièrement remarquables dans les chapelles Henri VII de l'abbaye de Westminster, Saint-Georges de Windsor ou encore du King's College de Cambridge. À l'extérieur, les arcs-boutants sont supprimés.

Abandonné vers 1520, le gothique perpendiculaire connaîtra un certain regain dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Dans le Saint Empire romain germanique

Le " Sondergotik "

murailles de la forteresse de Malbork, en Pologne
murailles de la forteresse de Malbork, en Pologne
Église Sainte-Marie de Lübeck (briques)
Église Sainte-Marie de Lübeck (briques)

De nombreuses églises allemandes ont adopté le style gothique et plusieurs de ses réalisations dans les pays germaniques sont des œuvres d'art exceptionnelles (Cathédrale de Cologne, au plan adapté de celui d'Amiens, Cathédrale d'Ulm (plus haute flèche gothique en pierre du monde), Fribourg en Brisgau, Ratisbonne, Vienne (Autriche), Prague etc. dans un style peu différencié de la France. Au nord de l'Allemagne et de la Pologne, la pierre fait place à la brique, ce qui limite fortement la décoration sculpturale (c'est le " Backsteingotik " à Lübeck, Stralsund, Gda?sk, Malbork, Toru? ...) ; dans certains édifices les différentes nefs peuvent être de même hauteur, d'où le nom d' église-halle.

En Italie

Le gothique italien

L'Italie n'a pas complètement intégré l'art gothique venu du nord. Le seul monument religieux vraiment gothique de ce pays est la cathédrale de Milan (Milan (en italien Milano, du latin Mediolanum, en lombard Milàn) se situe dans le nord de l'Italie. Capitale de la région de Lombardie, au centre de la plaine du Pô, la ville compte 1 816 495 d'habitants, et forme la plus...) dont la construction a duré jusqu'au XXe siècle et qui est la seconde plus vaste d'Europe. Pour ce qui est d'autres édifices, tels les cathédrales de Sienne ou d'Orvieto, seuls des éléments décoratifs, qui ne sont pas la " substance " de l'art gothique, sont repris et largement adaptés comme également la basilique Basilique Saint-François à Assise qui mélange (Un mélange est une association de deux ou plusieurs substances solides, liquides ou gazeuses qui n'interagissent pas chimiquement. Le résultat de...) les éléments romans et ceux du gothique français.

En Espagne

Cathédrale de Palma de Majorque
Cathédrale de Palma de Majorque

À Séville, le monumental minaret de la mosquée désaffectée depuis la Reconquista s'est vu flanquer d'une cathédrale gothique tardive qui restera la plus vaste du monde (Le mot monde peut désigner :). Ses dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur, ou bien son...) impressionnantes ont été autorisées par un allègement dû à l'absence de charpente permise par une faible pluviosité. Les cathédrales du nord de la péninsule (à Burgos, León) sont des transpositions de l'art gothique français. La cathédrale de Palma de Majorque se caractérise par un volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) intérieur exceptionnel et des voûtes reposant sur des piliers excessivement élancés.

Au Moyen-Orient

Né à l'époque des Croisades, l'art gothique a laissé quelques témoignages inattendus dans les pays du Levant, comme à Chypre (Chypre (grec Κύπρος ; turc Kıbrıs) est une île située dans le Bassin Levantin qui constitue la partie la plus...) ou les cathédrales latines de Nicosie et Famagouste furent ensuite converties en mosquées.

Bibliographie

  • Rolf Toman, L'art gothique, Paris, Place Des Victoires Eds, 2006, ISBN 2844590918
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