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Borie
Grande nef gordoise à Gordes (Vaucluse)
Grande nef gordoise à Gordes (Vaucluse)

Une borie est une cabane en pierre sèche de Provence, qui servait au vigneron, au pâtre ou au berger à se protéger des intempéries.

Étymologie

Le terme est la francisation et féminisation du terme provençal bòri (masculin) (cf l'occitan bòria, féminin) employé au XIXe siècle dans le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une...) péjoratif de " masure ", de " cahute " (comme l'indique Frédéric Mistral dans son Tresor dòu Felibrige) et ce après avoir désigné une ferme, une métairie ou un domaine rural aux XVIIe et XVIIIe siècles (ainsi que l'attestent la toponymie et les documents d'archives), le mot borie (Une borie est une cabane en pierre sèche de Provence, qui servait au vigneron, au pâtre ou au berger à se protéger des intempéries.), pris dans l'acception nouvelle de cabane en pierre sèche, a été popularisé par des érudits provençaux de la 2e moitié du XIXe et du début du XXe pour habiller archéologiquement un objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une...) d'étude purement ethnologique et par trop contemporain.

Les vestiges d'un habitat rural saisonnier ou temporaire en pierre sèche que leurs propriétaires villageois avaient appelés jusque là " cabanes ", se sont vu attribuer une appellation qui, en Provence, ne s'était appliquée qu'à l'habitation permanente et qui ne subsistait plus qu'à l'état de rares toponymes. Le terme a été repris par Pierre Desaulle dans les années 1960 avec son livre Les Bories de Vaucluse, par Pierre Viala, créateur du " Village des Bories ", dans les années 1970, et enfin par le Parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade ou à l’agrément....) du Luberon dans les années 1990 avec le livre Bories.

La vogue du mot a même gagné le Périgord dans les années 1970, non sans y entrer en conflit avec l'acception d' " exploitation rurale ", de " ferme isolée ", à laquelle il était cantonné jusque là dans cette région, et en concurrençant le terme vernaculaire chabano ou chebano.

Plus récemment, les milieux occitanistes provençaux, en la personne de Jean-Yves Royer, se sont élevés contre l'emploi des termes provençaux lo bòri et la bòria dans le sens inventé de " cabane en pierre sèche " (Le Provençal du 14 septembre 2006).

Aire de répartition

Les bories se rencontrent communément dans le quart sud-est (Le sud-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et est. Le sud-est est opposé au nord-ouest.) de la France, notamment en Vaucluse, dans les Alpes-de-Haute-Provence, dans les Bouches-du-Rhône. Certains érudits du XIXe siècle les ont fait remonter — sans preuve véritable et en dépit de la faible longévité (La longévité d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est biologiquement programmé, dans des conditions idéales et en l'absence de maladie...) hors sol de toute maçonnerie (La maçonnerie est l'art de bâtir une construction par assemblage d'objets élémentaires liés de manière non réversible. C'est l'art du maçon par...) sans mortier — qui au néolithique, qui aux Ligures, qui aux Vaudois.

Celles que nous pouvons observer aujourd'hui datent pour la plupart de la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La seconde d'arc est...) moitié du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, et ne sont pas en tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) cas antérieures au XVIIe siècle. Construites généralement aux marges des terroirs, lors des grands défrichements de la fin de l'Ancien régime et d'après la Révolution — qui seuls ont pu livrer les gigantesques masses de pierre nécessaires à leur édification —, elles ont servi d'habitations saisonnières, de granges-fenils, de bergeries, d'abris temporaires aux villageois ou aux forains (au sens d'habitants d'un village (Un village est, à la campagne ou à la montagne, un ensemble d'habitations, de bâtiments à usages divers, de fermes... de proportion modérée (quelque dizaines de...) ayant des parcelles sur une autre commune que la leur).

Un quartier éloigné de Gordes (Vaucluse), dénommé les Savournins Bas sur le cadastre (Le terme cadastre (terme provençal venant du grec κατ?στιχον), ou un mot apparenté étymologiquement, se retrouve...) napoléonien et encore appelé familièrement " Les Cabanes " par les habitants du cru dans les années 1970, est devenu un musée de plein air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il est...) de ce type de constructions sous l'appellation " le Village des Bories ".

Nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de communes de Vaucluse comportent des cabanes en pierre sèche : Bonnieux (plus de 200), Buoux, Ménerbes, Murs, Saignon, Saumane, Venasque (240), Viens, Villes-sur-Auzon, etc. Dans les Bouches-du-Rhône, on en trouve à Cornillon-Confoux, Eguilles, Grans, Jouques, Miramas, Rognes, Salon-de-Provence, etc.

Architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.)

En forme de ruche ou de nef (La nef est la partie d'une église allant du portail à la croisée du transept et qui est comprise entre les deux murs latéraux. La nef comprend le vaisseau central et les éventuels collatéraux (il ne faut pas...) pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.), les bories ou cabanes en pierre sèche font appel pour leur construction à des techniques bien particulières.

Techniques de construction

On connaît bien l'arche (Une arche est un élément naturel ou construit qui adopte une forme géométrique proche de l'arc. L'élément délimite un espace sous lequel il est possible de faire passer au moins de l'air ou de l'eau et au plus des trains ou des avions.) ou la voûte (Une voûte (ou voute) est un élément architectural de couvrement intérieur d'un édifice présentant un intrados. La voûte travaille comme un arc...) en plein cintre en pierres de taille : chaque pierre y est coincée entre ses deux voisines et ne peut donc pas tomber. Mais cette technique nécessite des cintres en bois, des pierres de carrière aptes à la taille et des tailleurs de pierres. Du fait de son coût, elle est exclue pour des constructions aussi humbles que les cabanes en pierre sèche.

L'encorbellement (L’encorbellement est une construction en saillie du plan vertical d’un mur, soutenue en porte-à-faux par un assemblage de corbeaux ou de consoles. Un étage, une galerie un balcon,...)

C'est ici qu'intervient la technique de l'encorbellement : des pierres plates, soit brutes, soit parfois retaillées, sont posées à plat l'une sur l'autre et légèrement inclinées vers l'extérieur de la construction, chaque pierre s'avançant un peu vers l'intérieur par rapport à la précédente. Cette technique, qui fait l'économie d'un cintre en bois, était à la portée des paysans auto-constructeurs — s'ils disposaient des dizaines de tonnes de pierres nécessaires à ce type d'ouvrage (les textes anciens montrent toutefois l'existence de maçons spécialisés dans l'art de la pierre sèche).

La technique de l'encorbellement permet deux grandes solutions : celle des assises circulaires ; celle des assises rectilignes.

Assises circulaires

Cabane à voûte d'encorbellement sur plan circulaire à Bonnieux (Vaucluse)
Cabane à voûte d'encorbellement sur plan circulaire à Bonnieux (Vaucluse)

Dans une assise circulaire, chaque pierre, étant inclinée vers l'extérieur, est contrebutée par ses deux voisines et ne peut donc pas basculer vers l'intérieur de la construction.

Construction sur plan circulaire

Cette solution se rencontre dans des abris de cultivateur ou des couvertures de puits, mais le plan circulaire limite la taille de la construction.

Intrados d'une voûte d'encorbellement sur plan circulaire
Intrados d'une voûte d'encorbellement sur plan circulaire
Voûtement d'une nef à la gordoise (plan rectangulaire) à Ménerbes (Vaucluse)
Voûtement d'une nef à la gordoise (plan rectangulaire) à Ménerbes (Vaucluse)

Assises rectilignes

Grande nef en pierre sèche
Grande nef en pierre sèche

Les grands édifices en pierre sèche à usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) de grange-fenil ou de bergerie qu'on rencontre dans la région de Gordes sont en forme de nef et présentent un volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) intérieur plus utilisable pour l'engrangement ou le séjour des bêtes.

Construction sur plan rectiligne

Les murs sont montés de façon à ce que leur centre de gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) reste dans les limites de leur surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière...) d'appui au sol, pour éviter le basculement (Le basculement, dans le domaine de l'astronautique, est l'inclinaison progressive d'un véhicule spatial autour d'un axe quelconque. Le basculement peut être utilisé pour...). Ils utilisent de longues dalles disposées en boutisses (pour solidariser les parements) et légèrement inclinées vers l'extérieur.

Demi-nef à Gordes

Ancienne remise à charrette construite sur le principe des encorbellements symétriquement opposés
Ancienne remise à charrette construite sur le principe des encorbellements symétriquement opposés
Haut de l'encorbellement de droite
Haut de l'encorbellement de droite
Haut de l'encorbellement de gauche
Haut de l'encorbellement de gauche

Sur la route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.) allant de Gordes à Sénanque, on voit un édifice en forme de demi-nef qui montre cette technique : la tête du mur (Un mur est une structure solide qui sépare ou délimite deux espaces.) de droite est un témoignage éloquent du procédé dit de la " clé " verticale (La verticale est une droite parallèle à la direction de la pesanteur, donnée notamment par le fil à plomb.), à savoir deux boutisses d'un même parement enserrant la queue d'une boutisse du parement opposé ( En mathématique, l'opposé d’un nombre est le nombre tel que, lorsqu’il est à ajouté à n donne zéro. En botanique, les organes d'une plante sont dits opposés lorsqu'ils sont insérés au même...).

On remarque aussi le plafond (Par extension, un plafond représente le maximum de quelque chose :) de grandes dalles posées à cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué au...) sur le haut des deux parois opposées, ainsi que l'inclinaison (En mécanique céleste, l'inclinaison est un élément orbital d'un corps en orbite autour d'un autre. Il décrit l'angle entre le plan de l'orbite et le plan de référence...) de ces dalles sommitales d'un seul côté de façon à ce que l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) de pluie (La pluie désigne généralement une précipitation d'eau à l'état liquide tombant de nuages vers le sol. Il s'agit d'un...) ne pénètre pas à l'intérieur.

Borie à Saumane

Deux vues de la première borie
Deux vues de la première borie
Nef privée de sa partie avant
Nef privée de sa partie avant
L'intérieur de la première borie
L'intérieur de la première borie
Nef en voie d'effondrement
Nef en voie d'effondrement

Sur les hauteurs de Saumane, en bordure de commune, sur la droite au bord de la route départementale 54 en direction de La Roque-sur-Pernes, on peut observer deux cabanes ou bories en forme de nef accolées l'une derrière l'autre.

La première est intacte et mesure 16 mètres de longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa...) pour 6,60 mètres de largeur (La largeur d’un objet représente sa dimension perpendiculaire à sa longueur, soit la mesure la plus étroite de sa face. En géométrie plane, la largeur est la plus petite des deux...) et 4,25 mètres de hauteur. Elle est divisée en trois pièces et peut être visitée de l'intérieur.


La deuxième a vu sa partie antérieure démontée pour en récupérer les pierres, ce qui permet d'en voir la coupe transversale et de constater l'épaisseur considérable des parois en encorbellement. Cette cabane est en voie d'effondrement comme l'indique le dévers des pierres en train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de plusieurs voitures (pour transporter des personnes) et/ou de plusieurs wagons (pour...) de basculer vers l'intérieur.

Les entrées

Entrée d'une nef : noter le système de décharge au-dessus du linteau
Entrée d'une nef : noter le système de décharge au-dessus du linteau ( Un linteau est un élément d'architecture. Patronyme Paul-André Linteau (1946-) est un historien canadien. André Linteau (1910-1966), premier docteur en sylviculture au Québec. Toponyme Réserve...)
Arc clavé en moellons de l'entrée d'une cabane à Bonnieux (Vaucluse)
Arc clavé en moellons de l'entrée d'une cabane à Bonnieux (Vaucluse)

Les entrées sont en général étroites et basses.

Majoritairement couvertes par une dalle en guise de linteau avec parfois un système de décharge (sur la photo ci-contre à gauche).

Plus rarement, on peut rencontrer un arc clavé en moellons (sur la photo ci-contre à droite).

Source: Wikipédia publiée sous licence CC-BY-SA 3.0.

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