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Sociologie des sciences
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La sociologie des sciences (La sociologie des sciences vise à comprendre les logiques d'ordre sociologique à l'oeuvre dans la production des connaissances scientifiques. Elle porte ainsi une attention particulière aux institutions scientifiques, au...) vise à comprendre les logiques d'ordre sociologique à l'oeuvre dans la production des connaissances scientifiques. Elle porte ainsi une attention particulière aux institutions scientifiques, au travail concret des chercheurs, à la structuration des communautés scientifiques, aux normes et règles guidant l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.), etc.

Il est important de noter que la sociologie des sciences n'est pas l'étude des relations entre science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble de connaissances,...) et société, quand bien même ces relations peuvent être un objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné...) d'étude des sociologues des sciences.

Robert K. Merton

Le père de la sociologie des sciences est Robert K. Merton qui, le premier, considère la science comme une " structure sociale normée ". Dans un article de 1942 devenu un classique de la sociologie des sciences (“The Normative Structure of Science”, republié en 1973), Merton identifie un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui...) de normes qui ensemble constituent ce qu'il appelle l'Ethos de la science et sont censées guider les pratiques des individus et assurer à la communauté son autonomie :

  • L'universalisme, qui est une injonction méthodologique visant les considérations qui peuvent être retenues lors de la formulation (La formulation est une activité industrielle consistant à fabriquer des produits homogènes, stables et possédant des propriétés...) d'un jugement. L'acceptation ou le rejet d'une proposition scientifique ne doit pas dépendre des attributs sociaux ou personnels de l'énonciateur. Le respect de cette norme (Une norme, du latin norma (« équerre, règle ») désigne un état habituellement répandu ou moyen considéré le plus souvent comme une...), comme pour les suivantes, n'est pas tributaire d'une quelconque bonne volonté des scientifiques. Elle est inscrite au cœur du système de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) de la production de connaissance. Ainsi, dans un comité de lecture, les noms des personnes choisies pour évaluer un texte soumis à publication sont tenus secrets.
  • Le communisme, encore appelé "communalisme" pour éviter les confusions, dérive de la reconnaissance par Merton du caractère de "bien public" des connaissances scientifiques. L'examen des propositions émises par les scientifiques étant un processus collectif, il ne doit pas être fait obstacle à leur libre circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles sur une route.) au sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale supérieure du...) de la communauté. En conséquence, l'appropriation privée doit être réduite au minimum.
  • Le désintéressement, comme le souligne Merton, n'est certainement pas la traduction de qualités morales propres aux chercheurs (altruisme, honnêteté, libido sciendi...), mais la marque d'un système de contrôle récompensant les résultats scientifiquement valides. Le scientifique, même (et surtout ?) le plus mercantile, n'a aucun intérêt à faire circuler un résultat douteux. Ce qui selon Merton explique "la quasi-absence de fraudes dans les annales de la science" (Merton 1973 (lien), p. 276). Cette troisième norme sera bien sûr au cœur des plus vives critiques adressées à Merton.
  • Le scepticisme organisé : les résultats sont soumis à un examen critique avant d’être acceptés et peuvent toujours être remis en cause. Cette norme n'est pas une forme de défiance instinctive du chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et...) vis-à-vis des dogmes ou des actes de foi, mais bien plutôt l'institutionnalisation de la remise en question systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour objet de dénombrer et de classer les taxons dans un certain...) des résultats des chercheurs, au travers de dispositifs tels que les revues à comité de lecture, qui conditionnent la publication d'un article à sa relecture critique par les pairs de l'auteur. C'est aussi une règle méthodologique qui consiste à ne pas respecter les clivages entre le sacré et le profane, entre ce qui requiert un respect aveugle et ce qui peut être objectivement analysé.

Cet ensemble de normes n'est pas livré par Merton sur la base de ses intuitions des réalités du monde (Le mot monde peut désigner :) scientifique. C'est le résultat de l'examen, d'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) sociologique, de la révolution scientifique et technique que connut l'Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000...) à la fin du XVIIe siècle. Il montre en particulier que certaines valeurs véhiculées par le puritanisme pourraient avoir contribué à l'accélération (L'accélération désigne couramment une augmentation de la vitesse ; en physique, plus précisément en cinématique, l'accélération est une...) du développement de la science dans ce pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas...).

Ces quatre normes, qui sont intériorisées par les scientifiques pendant leur apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs...) et entretenues par leur insertion institutionnelle dans le système, font de la science un système social distinct et relativement autonome, qu'elles stabilisent et régulent en la protègeant d'abus internes et en lui permettant de résister aux influences et intrusions des acteurs politiques et économiques. Elles rendent possible l'exercice d'une libre rationalité.

C’est dans une société démocratique que ces normes ont le plus de chance d’être respectées, favorisant le développement de la science. La sociologie mertonienne des sciences domine les années 1950 et 1960. Elle refuse de s’intéresser au contenu de la science qu’elle considère comme étant du ressort de l’épistémologie.

Les programmes relativistes

A partir des années 1970, le renouvellement de la sociologie des sciences passe par la critique de la sociologie " institutionnelle " qui refuse de considérer les contenus scientifiques en se fondant sur une philosophie positiviste des sciences. Il s’agit d’ouvrir la " boîte noire " de la science.

Le courant SSK (Sociology of Scientific Knowledge) rassemble deux équipes de sociologues qui, partant de l’hypothèse commune que les contenus scientifiques sont entièrement déterminés par la société et la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup de précision et de détail, La Culture peut être...), mènent des programmes d’étude assez proches. Ces deux programmes relativistes sont :

  • Le programme fort (Strong Program). Conçu dans les années 1970 à l’université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) d'Édimbourg par David Bloor et Barry Barnes, le programme fort rejette une sociologie de l’erreur, qui invoque traditionnellement deux types d'explication différents selon qu'une théorie scientifique rencontre le succès ou au contraire l'échec : d'un côté, la vérité et la rationalité, de l'autre, des facteurs sociaux, psychologiques et idéologiques. Des causes sociales, plutôt que naturelles, doivent permettre d'expliquer les succès comme les échecs, les croyances vraies comme les croyances fausses (principe de symétrie). Les études de cas inspirées du programme fort portent majoritairement sur l’histoire des sciences (La science, en tant que corpus de connaissances mais également comme manière d'aborder et de comprendre le monde, s'est constituée de façon progressive depuis quelques millénaires. C'est en effet aux époques...).
  • Le programme empirique du relativisme (Empirical Program of Relativism ou EPOR). Né dans le prolongement du programme fort et conçu à l’université de Bath par Harry Collins, l’EPOR cherche à montrer la flexibilité interprétative des résultats expérimentaux. Il a pour objet d’étude privilégié les controverses scientifiques qui résultent de cette flexibilité. Puisqu’il n’existe pas d’expérience cruciale permettant de clore une controverse, ce sont des mécanismes sociaux qui vont imposer une interprétation unique. La négociation (La négociation est la recherche d'un accord, centrée sur des intérêts matériels ou des enjeux quantifiables entre deux ou plusieurs interlocuteurs (on ne négocie pas avec soi-même, on...) a lieu au sein d’un petit groupe de spécialistes (appelé core set) dont les autres scientifiques acceptent les conclusions. C’est donc une approche de type microsociologique. Les sociologues participant à l’EPOR enquêtent de préférence sur des cas contemporains, parfois à la frontière (Une frontière est une ligne imaginaire séparant deux territoires, en particulier deux États souverains. Le rôle que joue une frontière peut fortement varier suivant les régions et les époques....) des sciences.

Les critiques des programmes relativistes dénoncent le parti pris réductionniste du principe de symétrie qui consiste à exclure les facteurs naturels dans le succès ou l’échec d’une théorie scientifique. S’ils reconnaissent qu’il existe une certaine flexibilité interprétative des données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) d’une expérience, les interprétations possibles restent limitées et ne peuvent être manipulées au gré des intérêts de tel ou tel chercheur.

Foucault et Latour

En France, la sociologie des sciences n'ignore pas ce cadre posé dans la tradition anglo-saxonne. Elle se développe cependant à partir de préoccupations moins dogmatiquement énoncées en privilégiant l'analyse de questions concrètes : l'émergence de la psychologie comme un moyen de comprendre la folie (La folie désigne, en langage populaire, l'état d'une personne dont le discours et/ou les actions, le comportement ne semblent avoir aucun sens pour l'observateur. Elle peut être passagère ou perdurer, être...), via le passage par l'idée de maladie mentale (La dénomination maladie mentale est le terme générique qui regroupe toute une série de troubles d'origines diverses (toxiques, organiques, génétiques, psychogènes, traumatiques, etc., etc.). Il a...) (Michel Foucault, Histoire de la Folie à l'âge classique), la construction d'une pratique médicale nouvelle dans l'hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir...) au XIXe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une...) (Michel Foucault, Naissance de la clinique), la pratique d'inscription dans l'écriture des données construites dans un laboratoire (Bruno Latour, La vie (La vie est le nom donné :) de laboratoire).

La réflexion sociologique sur les sciences et les techniques s'efforce de refuser les représentations idéologiques que donnent les chercheurs scientifiques de leur propre activité, elle soumet l'activité des chercheurs et des laboratoires aux mêmes questions et aux mêmes étonnements qu'elle utilise pour comprendre les bandes de jeunes citadins, des sociétés très différentes comme celles qui subsistent (difficilement) en Amazonie (L'Amazonie est une région d'Amérique du Sud. C'est une vaste plaine traversée par l'Amazone et par ses affluents, et couverte sur une grande part de sa surface par la forêt amazonienne. Sa superficie est de...) ou bien les professionnels de la musique.

Bibliographie

  • Merton R. K., " The Normative Structure of Science " (1942) in Storer N.W. (ed.), The Sociology of Science, Chicago (Chicago est une mégapole des États-Unis, située dans la partie nord du Middle West, à 1 280 kilomètres à l'ouest de New York et à plus de 3 200...), 1973, University of Chicago Press, p. 267-278
  • Sheila Jasanoff, Gerald E. Markle, James C. Petersen et Trevor Pinch, Eds. Handbook of Science and Technology Studies. Londres-New Delhi, Sage, 1985. (Une refonte de cet ouvrage de base est en cours --2005)
Source: Wikipédia publiée sous licence CC-BY-SA 3.0.

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