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Posté par Isabelle le Mercredi 21/03/2012 à 12:00
Un parasite pourrait augmenter le risque de cancer du cerveau

Un certain nombre de cancers pourraient avoir pour origine des infections parasitaires, dont celui du cerveau.
Une récente recherche a établi que l'incidence du cancer du cerveau est 1,8 fois plus élevée dans les pays où le parasite protozoaire Toxoplasma gondii est commun. C'est le cas du Brésil, de l'Argentine, de l'ex-Yougoslavie, de la France et de la Grande-Bretagne (La Grande-Bretagne (en anglais Great Britain) est une île bordant la côte nord-ouest de l'Europe continentale. Elle représente la majorité du territoire du Royaume-Uni. En son acception politique, ce toponyme désigne...) entre autres.

«Cela ne signifie pas qu'une personne porteuse (Une porteuse est un signal sinusoïdal de fréquence et amplitude constantes. Elle est modulée par le signal utile (audio, vidéo, données) en vue, soit de sa diffusion au moyen...) de ce parasite court 1,8 fois plus de risque de souffrir d'un cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle...) du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps,...)», précise Jacques Brodeur, professeur au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal et coauteur de cette étude parue dans la revue Biology Letters.

Le tiers de la population mondiale (La population mondiale désigne le nombre d'êtres humains vivant sur Terre à un instant donné. Elle est estimée à 6,793 milliards au 1er janvier 2010, alors qu'elle...) serait infectée par T. gondii, qui provoque chez son hôte la toxoplasmose (La toxoplasmose est une infection parasitaire dont l'agent est le protozoaire Toxoplasma gondii. Le parasite infecte le plus souvent des animaux à sang chaud, y compris l’être humain, mais...), une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) bénigne souvent asymptomatique. Elle peut toutefois se révéler dangereuse chez les individus qui ont un système immunitaire faible et chez les foetus. On peut être contaminé par le parasite en ingérant des matières fécales de félin - qui se retrouvent dans le sol et donc sur les légumes - ou en mangeant de la viande insuffisamment cuite.

Chez l'être humain, T. gondii se réfugie dans les tissus du cerveau et il y restera jusqu'à la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général,...) de son hôte. «La plupart du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), il demeure en dormance, mais à l'occasion il provoque l'inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du corps à une agression : infection, brûlure, allergie…) des cellules et empêche la programmation (La programmation dans le domaine informatique est l'ensemble des activités qui permettent l'écriture des programmes informatiques. C'est une étape importante de la...) naturelle de la mort cellulaire. Cela favorise indirectement l'évolution de cellules cancéreuses», explique M. Brodeur.

Une étude qui fait des vagues

Menée conjointement avec le parasitologue Frédéric Thomas, de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est...) français de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) sur les maladies infectieuses, et Kevin D. Lafferty, du U.S. Geological Survey, la recherche s'appuie sur la géographie médicale. Cette approche consiste à utiliser des statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que...) pour établir des corrélations entre l'incidence de maladies et le fait de vivre dans certains lieux.

Les chercheurs ont croisé des données sur T. gondii recueillies par M. Lafferty et d'autres provenant du Centre international de recherche sur le cancer. Ils se sont penchés en tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) sur 37 pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine....).

Cette méthode a suscité quelques critiques de part et d'autre de l'Atlantique. Certains ont souligné que la fiabilité des données pouvait varier selon les pays et qu'il est difficile de mesurer l'effet de T. gondii sur l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) des cancers du cerveau, qui sont très variés.


Jacques Brodeur
Cela a incité les chercheurs à reproduire leur étude à l'échelle d'un seul pays, la France, en se concentrant sur deux types de cancers du cerveau. «Nos résultats sont similaires et renforcent nos premières conclusions», confirme Jacques Brodeur.

La recherche, qui vient tout juste d'être publiée dans Infection, Genetics and Evolution, va plus loin: l'association entre le parasite et le cancer du cerveau est plus marquée chez les hommes de 55 ans et plus et, dans une moindre mesure, chez les femmes de 65 ans et plus.

Frédéric Thomas et Jacques Brodeur ont aussi découvert, en appliquant la même approche, que l'herpès simplex de type 2 - responsable de 60 à 80 % de l'herpès génital récurrent - serait un facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le but...) pour le cancer de la prostate (Le cancer de la prostate est un cancer fréquent touchant la prostate et donc exclusivement l'homme.) et, de façon plus marginale, pour les mélanomes.

L'origine infectieuse des cancers

Ces résultats constituent d'autres preuves alimentant l'idée que plusieurs cancers auraient pour origine des infections parasitaires. «Depuis une quinzaine d'années, les biologistes évolutionnistes s'intéressent de près au cancer et apportent un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) différent, complémentaire de celui de la médecine traditionnelle: certains cancers trouvent leur source dans la génétique, mais on sous-estime grandement le rôle des parasites, que ce soit des virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou intracellulaire. Sous la forme...), des bactéries, des métazoaires ou des protozoaires», observe Jacques Brodeur.

Il en existe plusieurs exemples, poursuit-il. C'est le virus du papillome humain qui est la cause d'une grande partie des cancers du col de l'utérus et les hépatites B et C peuvent évoluer en cancer du foie (Le foie est un organe abdominal impair et asymétrique, logé chez l'homme dans l'hypocondre droit, la loge sous-phrénique droite, la...).

Le professeur croit que les médecins et les biologistes auraient avantage à travailler main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un organe destiné à saisir et manipuler des objets....) dans la main pour trouver un remède au cancer. Deux groupes de recherche ont été constitués dans ce sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement...) aux États-Unis et un troisième vient de naitre en France grâce à l'initiative de Frédéric Thomas. «Avec le soutien du Centre national de la recherche scientifique (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...), son équipe a fondé un centre de recherche sur la biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de...) évolutive du cancer. J'espère poursuivre cette collaboration à l'UdeM», lance-t-il.

Ainsi, ils exploreront le lien entre T. gondii et la schizophrénie, de même que d'autres maladies mentales. «T. gondii est un habile manipulateur de comportement. Quelques études récentes font entrevoir des troubles du comportement chez les individus infectés, comme la schizophrénie et les hallucinations.»

Ce projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de...) se fera en collaboration avec l'équipe de Sonia Lupien, professeure de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot...) à l'UdeM. «Nous sommes collaborateurs du futur Centre Signature de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, qui nous permettra de recourir à une banque de patients chez qui nous testerons la présence d'anticorps de T. gondii», mentionne-t-il avec enthousiasme.

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Source: Marie Lambert-Chan - Université de Montréal