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Posté par Adrien le Mardi 10/04/2012 à 12:00
Le travail de nuit n'entraine pas de déficit de mélatonine

Sur deux périodes de 48 heures, la production de mélatonine ne diminue pas chez les téléphonistes travaillant de nuit comprarativement à ces mêmes personnes travaillant le jour.
Selon le Centre international de recherche sur le cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que...), le travail de nuit effectué sur des périodes de 20 ans et plus serait un facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le but de faciliter l'évaluation ou...) associé au cancer à cause des dérèglements des cycles circadiens que ce travail entraine. Les cancers du sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale supérieure du torse d'un animal, et en particulier celle des mammifères...), de la prostate (La prostate est une large glande de l'appareil génital masculin. Sa fonction principale est de sécréter et de stocker le liquide séminal, l'un des...) et du côlon ainsi que certains problèmes cardiovasculaires seraient particulièrement concernés. Un déficit de mélatonine chez ces travailleurs a été avancé comme hypothèse explicative de ces incidences plus élevées de cancer.

«Comme la mélatonine, qui est un puissant antioxydant, est sécrétée surtout de nuit et que sa production cesse au contact de la lumière, ce lien paraissait plausible», explique Marie Dumont, professeure au Département de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot psychiatrie provient du grec psyche (ψυχὴ), qui signifie âme ou...) de l'Université de Montréal et chercheuse au laboratoire de chronobiologie (La chronobiologie est une discipline scientifique étudiant l'organisation temporelle des êtres vivants, des mécanismes qui en assurent la régulation (contrôle,...) du Centre d'études avancées en médecine du sommeil (Le sommeil est un état naturel récurrent de perte de conscience (mais sans perte de la réception sensitive) du monde extérieur, accompagnée d'une diminution...) de l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal.

La mélatonine est connue pour être l'hormone (Une hormone est un messager chimique véhiculé par le système circulatoire qui agit à distance de son site de production par fixation sur des récepteurs spécifiques.) du sommeil; sa sécrétion, par la glande pinéale, débute environ une heure (L'heure est une unité de mesure  :) avant l'heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il est »), y compris en sciences (« heure...) habituelle du coucher et atteint un pic au milieu de la nuit. Elle facilite l'endormissement et le maintien du sommeil. Le moment de sa sécrétion est déterminé par notre horloge biologique centrale, qui est située dans l'hypothalamus et qui gère les horloges périphériques d'autres parties du corps.

Dérèglement de l'horloge

«Lorsque nous subissons un décalage horaire à la suite d'un voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et...), notre horloge s'ajuste en quelques jours sous l'effet du cycle du jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son...) et de la nuit, poursuit Mme Dumont. Mais, chez les travailleurs de nuit, ce rajustement ne parvient pas à se faire.»

Le déficit de mélatonine chez ces travailleurs et le lien avec le cancer n'ont par contre jamais été démontrés. Les études qui ont conclu à une production plus faible de cette hormone chez les travailleurs de nuit sont basées sur des analyses d'urine (L'urine est un liquide biologique composé des déchets de l'organisme. L'urine est secrétée par les reins par filtration du sang, puis par récupération des...) prélevée uniquement au cours de la nuit ou le matin. «Rien ne nous assure que l'organisme ne compense pas ce déficit par une production répartie sur 24 heures», souligne la chercheuse.

C'est précisément ce point (Graphie) qu'elle a voulu tirer au clair par une recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) qui vient d'être publiée dans la revue Chronobiology International. Ses travaux ont montré que, sur deux périodes de 48 heures, la production de mélatonine chez des téléphonistes de nuit ne diminue pas par rapport à la production mesurée chez ces mêmes personnes lorsqu'elles travaillent de jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant...).


Marie Dumont conclut que la recherche d'un équilibre doit primer, au lieu de tenter de le rétablir avec une exposition trop intense à la lumière après un travail de nuit.
Intensité lumineuse

Étant donné que l'intensité lumineuse de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les...) où s'effectue le travail de nuit peut être déterminante sur le taux de mélatonine, Marie Dumont a également tenu compte de ce facteur en demandant aux participants de porter en continu un photomètre ambulatoire (Le terme ambulatoire désigne un traitement qui nécessite une hospitalisation de courte durée, de l'ordre d'une dizaine d'heures.).

L'intensité mesurée dans l'environnement des téléphonistes était plutôt faible et variait de 35 à 225 lux, la moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun...) se situant entre 65 et 70 lux. Cette moyenne équivaut à ce qu'on trouve habituellement dans un salon le soir lorsque le téléviseur est allumé. Par comparaison, dans une pièce éclairée par le soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile de type naine jaune, et composée...), la lumière peut atteindre de 400 à 500 lux.

Selon la chercheuse, une intensité lumineuse de l'ordre de 70 lux correspond à celle de l'environnement de nombreux travailleurs de nuit dont les infirmières, les gardiens de sécurité, les animateurs de radio et autres. Un éclairage de cette intensité ne conduit donc pas à une diminution de mélatonine.

L'étude a par ailleurs fait ressortir un résultat inattendu: bien qu'il n'y ait pas eu de baisse de la production nocturne de mélatonine chez les téléphonistes exposés aux intensités lumineuses les plus vives (de 100 à 225 lux), cette production a néanmoins significativement diminué sur une période de 24 heures. «Il semble qu'une intensité lumineuse élevée enclenche le mécanisme de resynchronisation de l'horloge biologique centrale et que ce soit au cours de cette reprogrammation, alors que les horloges périphériques sont en conflit, que la production de mélatonine décroit», suggère la professeure en guise d'explication. À son avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait en fait un monoplace de chasse destiné au...), c'est le maintien d'une telle période d'irrégularité pendant plusieurs années qui serait dommageable à la santé.

Mais il y aurait moyen d'y remédier. La solution ne consiste pas à s'exposer à une intensité lumineuse très grande lorsqu'on travaille de nuit comme on l'a cru jusqu'à maintenant, mais plutôt à rechercher un compromis entre l'ajustement au jour et l'ajustement à la nuit afin d'assurer une stabilité à l'organisme. Des expériences réalisées en ce sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement du...) par l'équipe de Marie Dumont auprès d'infirmières de nuit ont en effet montré qu'on pouvait réguler les phases du sommeil et atteindre un certain équilibre de l'horlogerie interne (En France, ce nom désigne un médecin, un pharmacien ou un chirurgien-dentiste, à la fois en activité et en formation à l'hôpital ou en cabinet pendant...) par des dosages appropriés de l'intensité lumineuse sur une période de 24 heures.

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Source: Daniel Baril - Université de Montréal
 
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