Face à la destruction continue des écosystèmes de l'Amazonie, nous pouvons tirer des leçons de ses anciens occupants, qui géraient leurs terres agricoles de façon durable. Conduite par une équipe internationale d'archéologues et de paléoécologues comprenant deux chercheurs du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Université Montpellier I, II et III/Montpellier Supagro/Ecole pratique hautes études/CIRAD/IRD/INRA) et du laboratoire d'Archéologie des Amériques (CNRS/Université
Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien,...) I), une étude montre pour la première fois que les peuples précolombiens habitant les savanes naturelles autour de la forêt amazonienne pratiquaient l'agriculture sans avoir recours aux feux. Des travaux qui viennent d'être publiés dans les
Proceedings of the National Academy of Sciences.
Un complexe de champs surélevés précolombiens dans une savane côtière de la Guyane française.
Aujourd'hui, ces savanes brûlent presque tous les ans durant la saison (La saison est une période de l'année qui observe une relative constance du climat et de la température. D'une durée d'environ trois mois (voir le tableau Solstice et Équinoxe ci-dessous), la saison joue un rôle déterminant sur l'état de la...) sèche© Stéphen Rostain
En analysant, sur une période couvrant plus de 2 000 ans, les archives de pollens, de charbon et d'autres restes végétaux, cette équipe internationale a pour la première fois écrit en détail l'histoire de l'utilisation des terres dans les savanes amazoniennes de la Guyane française. Ces travaux nous donnent une perspective unique sur ces terres avant et après l'arrivée en Amérique des premiers Européens en 1492. Ils montrent que les anciens habitants de ces savanes amazoniennes pratiquaient l'agriculture sur champs surélevés, qui impliquait la construction de petites buttes agricoles avec des ustensiles en bois. Cette technique permettait d'améliorer le drainage, l'aération du sol et la rétention d'
eau (L’eau (que l'on peut aussi appeler oxyde de dihydrogène, hydroxyde d'hydrogène ou acide hydroxyque) est un composé chimique simple, mais avec des...). Une
combinaison (Une combinaison peut être :) idéale pour un milieu connaissant, à différents moments de l'
année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.), la sécheresse et l'
inondation (Le terme inondation fait traditionnellement référence au débordement d'un cours d'eau qui submerge les terrains voisins. Il doit évidemment être étendu aux débordements...). Les champs surélevés bénéficiaient aussi de l'augmentation de la fertilité par la
matière (La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l'état solide, l'état liquide, l'état gazeux. Elle occupe de l'espace et la quantité de...) organique (La chimie organique est une branche de la chimie concernant la description et l'étude d'une grande classe de molécules à base de carbone : les composés organiques.) partiellement décomposée, retirée en permanence du bassin inondé et déposée sur les buttes. Les agriculteurs limitaient les feux pour mieux conserver la matière organique, les nutriments et la structure du sol.
Contrairement à ce qui a été supposé pendant longtemps, les peuples indigènes n'utilisaient donc pas le feu comme moyen de maintenir les savanes ouvertes et de gérer leurs terres agricoles. Cette étude souligne au contraire que c'est avec l'arrivée des premiers Européens que la région a connu une augmentation brusque de l'incidence des feux. L'agriculture sur champs surélevés, très coûteuse en
temps (Le temps est un concept développé pour représenter la variation du monde : l'Univers n'est jamais figé, les éléments qui le composent bougent, se transforment et évoluent pour l'observateur qu'est l'homme. Si on considère...) de travail, a été perdue quand 95 % de la population indigène a été anéantie par des maladies venues du Vieux
Continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens propre, ce terme désigne une vaste étendue continue de terre à la surface du globe. Dans son acception...).
Ecosystèmes hébergeant une grande diversité de plantes et d'animaux, les savanes amazoniennes sont aujourd'hui souvent associées à des feux fréquents et des émissions élevées de
gaz (Au niveau microscopique, on décrit un gaz comme un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi indépendants (pour plus de détails, voir gaz...) carbonique. Ces résultats montrent que cela n'a pas toujours été le cas et qu'au moment où, en raison du réchauffement climatique, il est devenu encore plus important de trouver une façon durable de gérer ces savanes, les clés pour y parvenir se trouvent peut-être dans les pratiques anciennes qui viennent d'être mises au
jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début...).
Référence:
Fire-free land use in pre-1492 Amazonian savannas, Proceedings of the National Academy of Sciences, José Iriarte, Mitchell J. Power, Stéphen Rostain, Francis E. Mayle, Huw Jones, Jennifer Watling, Bronwen S. Whitney & Doyle B. McKey.