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Posté par Michel le Mercredi 01/08/2012 à 00:00
L'ironie sous le spectre de l'IRM
En sciences cognitives, la « théorie de l'esprit » est la capacité à interpréter les intentions d'autrui. Cette faculté participe à la compréhension du langage en permettant notamment de franchir le pas entre ce qu'un discours « veut dire » et le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie...) des mots qui le composent. Ces dernières années, des chercheurs ont identifié le réseau neuronal dédié à la « théorie de l'esprit » mais personne n'avait encore démontré que la compréhension d'un énoncé activait spécifiquement cet ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) de neurones. C'est désormais chose faite: une équipe du Laboratoire sur le langage, le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions...) et la cognition (CNRS/Université Claude Bernard-Lyon 1) vient de révéler que l'activation (Activation peut faire référence à :) du réseau neuronal « théorie de l'esprit » augmente lorsqu'un individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux sont soutenus par la fondation Wikimedia).) est confronté à des phrases ironiques. Publiés dans la revue Neuroimage, ces travaux représentent une avancée importante dans l'étude de la « théorie de l'esprit » et de la linguistique. Ils permettent de mieux comprendre les mécanismes en jeu lorsque des individus communiquent.

Dans nos communications avec autrui, nous devons aller constamment au-delà de la signification des mots. Par exemple, à la question "avez-vous l'heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il est »), y compris en...) ?", on ne répond pas simplement "oui". La distance entre ce qui est dit et ce que cela veut dire est étudiée par une discipline de la linguistique qu'on appelle la pragmatique. Pour cette science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble de...), la « théorie de l'esprit » donne aux interlocuteurs la capacité à franchir ce pas. Pour parvenir à décrypter le sens et les intentions cachés derrière un discours, même le plus banal, la « théorie de l'esprit » se sert de divers éléments verbaux ou non verbaux: les mots employés, leur contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept...), l'intonation, les expressions corporelles...

Depuis une dizaine d'années, les chercheurs en neuroscience cognitive ont identifié un réseau neuronal dédié à la « théorie de l'esprit ». Celui-ci inclut des zones bien spécifiques du cerveau: les jonctions temporo-pariétales droite et gauche, le cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) préfrontal médial et le précunéus. Pour identifier ce réseau, les scientifiques ont fait appel principalement à des tâches qui étaient non verbales, basées sur l'observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude...) des actes d'autrui (1). Aujourd'hui, des chercheurs du Laboratoire sur le langage, le cerveau et la cognition (CNRS/Université Claude Bernard-Lyon 1) établissent, pour la première fois, le lien entre ce réseau neuronal et le traitement implicite des énoncés.

Pour y parvenir, les scientifiques se sont intéressés à l'ironie. Une phrase ironique signifie généralement le contraire de ce qu'elle dit. Ainsi, pour repérer l'ironie dans une phrase, il faut mettre en œuvre les mécanismes de la « théorie de l'esprit ». Dans leur expérience, les chercheurs ont d'abord préparé 20 petites histoires en deux versions: une ironique et une littérale. Chaque histoire (Les Histoires ou l'Enquête (en grec ancien Ἱστορίαι / Historíai) sont la seule œuvre connue de...) contenait une phrase clef (Au sens propre, la clef ou clé (les deux orthographes sont correctes) est un dispositif amovible permettant d'actionner un mécanisme.) qui, selon la version, donnait un sens ironique ou littéral. Par exemple, dans l'une des histoires, une chanteuse d'opéra s'écrie, après le spectacle: « Ce soir, on a fait une performance magistrale ». Selon que le spectacle a été très mauvais ou très bon, la phrase est ironique ou pas.

Les chercheurs ont alors réalisé une IRM (2) fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le terme a été étendu, et il...) (IRMf) sur 20 sujets lorsque ceux-ci lisaient 18 de ces histoires aléatoirement choisies soit dans leur version ironique, soit dans leur version littérale. Les sujets n'étaient pas au courant que le test portait sur l'ironie. La prédiction des scientifiques était qu'en présence de phrases ironiques, le réseau neuronal dédié à la « théorie de l'esprit » montrerait une activité plus importante. Et c'est exactement ce qu'ils ont observé: au moment de la lecture de la phrase clef, le réseau s'activait plus lorsque la phrase était ironique. Ceci montre que ce réseau participe directement aux processus de compréhension de l'ironie, et, plus généralement, à la compréhension du langage.

Les chercheurs veulent à présent approfondir leurs recherches sur le réseau dédié à la « théorie de l'esprit ». L'une des questions qu'ils se posent est de savoir si les sujets sont capables de percevoir l'ironie lorsque ce réseau est artificiellement inactivé.

Notes:

(1) Par exemple, Grèzes, Frith & Passingham (J. Neuroscience, 2004) ont montré une série de films courts, de 3,5 secondes chacun où des acteurs entraient dans une pièce et soulevaient des cartons. Dans certains cas, les acteurs avaient reçu la consigne de faire comme si le carton était plus (ou moins) lourd que ce qu'il était en réalité. De cette manière, les expérimentateurs ont créé des situations de leurre et ont ainsi demandé aux participants de déterminer s'ils avaient ou non été trompés par les acteurs des films. Les scènes comportant des actions simulées montrèrent, par rapport aux actions sincères, une activité accrue dans l'aire cérébrale rTPJ (jonction temporo-pariétale droite).

(2) Imagerie (L’imagerie consiste d'abord en la fabrication et le commerce des images physiques qui représentent des êtres ou des choses. La fabrication se faisait jadis soit à la...) par Résonance Magnétique


Référence:

“Neural evidence that utterance-processing entails mentalizing: The case of irony.” - Spotorno N, Koun E, Prado J, Van Der Henst JB, Noveck IA – Neuroimage, Juillet 2012


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Source: CNRS