En Italie, l'adoption des noms de famille date de la fin du Moyen-Âge, ou du début de la Renaissance, lorsque l'Eglise imposa aux paroisses de tenir des registres de la population. Les migrations sont un phénomène constant dans toute population et les descendants d'un ancêtre éloigné dans le
temps (Le temps est un concept développé pour représenter la variation du monde : l'Univers n'est jamais figé, les éléments qui le composent bougent, se...) vivent rarement au même endroit que lui. Plus le temps passe et plus les individus s'éloignent du lieu d'origine de leur famille. La révolution industrielle a entraîné une
accélération (Dans la vie courante, on distingue trois événements que le physicien regroupe sous le seul concept d'accélération :) de ce phénomène.
Une équipe de
recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre...) franco-italienne
(1) impliquant notamment l'unité "Eco-Anthropologie et ethnobiologie" (Muséum national d'Histoire naturelle/CNRS) s'est penchée sur la
diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une information), voire de...) des patronymes en Italie afin d'étudier les liens entre généalogie et identité culturelle qui se sont établis au cours des derniers cinq siècles. Il apparaît que certaines régions sont largement peuplées par une population proche de celle du de la fin du Moyen-Âge mais, aussi, que le télescopage entre identité culturelle et identité "généalogique" est très complexe, ce qui revient à remettre en question un discours unitaire sur les origines. Cette étude vient d'être publiée dans la revue américaine
Human Biology.
Pourcentage d'individus dont le nom de famille n'est PAS originaire de la province qu'ils habitent. (Boattini et al.)
© 2012 Wayne State University Press, Detroit (Détroit (en anglais: Detroit, API: [d??t????t]) est la principale ville de l'État du Michigan aux États-Unis, largement plus connue que sa capitale Lansing, et est le siège du comté de Wayne. Fondée en 1701 par des marchands...), Michigan 48201-1309.
Recenser le
nombre (Un nombre est un concept caractérisant une unité, une collection d'unités ou une fraction d'unité.) d'individus masculins portant un nom de famille typique de sa région, c'est-à-dire habitant toujours le lieu de vie de son aïeul à l'époque où les patronymes furent établis, demanderait une étude généalogique longue et fastidieuse, les archives d'Etat Civil, notamment, étant souvent incomplètes.
Les chercheurs ont donc privilégié l'hypothèse que la distribution géographique d'un même nom de famille en indique souvent l'origine géographique, car sa
fréquence (La fréquence est le nombre de fois qu'un phénomène périodique se reproduit pendant une durée déterminée. La fréquence est l'inverse (au sens mathématiques) de la période. On note . Si l'unité de temps choisie est la seconde, la fréquence...) relative à l'échelle du
pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la...) est plus grande là où il a commencé à être utilisé.
L'utilisation d'une méthode empruntée à l'intelligence artificielle, les réseaux neuronaux de Kohonen
(2), a permis d'analyser de manière
automatique (L'automatique fait partie des sciences de l'ingénieur. Cette discipline traite de la modélisation, de l'analyse, de la commande et, de la régulation des systèmes dynamiques. Elle a pour fondements théoriques les...) la distribution géographique de près de 80 000 noms de famille italiens correspondant à vingt millions d'individus vivant aujourd'hui. Pour 75% d'entre eux, les chercheurs ont identifié la province où leurs ancêtres masculins habitaient il y a cinq siècles, c'est-à-dire les lieux où leurs patronymes ont été utilisés pour la première fois.
Le croisement de ces
données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un...) avec la distribution géographique actuelle des noms de famille permet d'identifier les variations dans la composition de la population depuis cinq siècles:
• Certaines régions dont l'identité culturelle forte laisserait supposer une population plutôt "autochtone" s'avèrent avoir été un couloir de migration (Ligurie, Toscane, région autour de Rome).
• D'autres régions, dont l'identité culturelle est également forte, sont effectivement largement peuplées par les descendants de la population qui y vivait à la fin du Moyen-Âge (Vénétie).
• Les grands
flux (Le mot flux (du latin fluxus, écoulement) désigne en général un ensemble d'éléments (informations / données, énergie, matière, ...) évoluant dans un sens commun. Plus précisément le terme est employé dans les...) migratoires du
Sud (Sud est un nom :) vers le Centre (Rome) et le
Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) (Milan, Turin, Gênes) n'ont pas été contrebalancés par un mouvement inverse et rendent la population de nombreuses provinces de l'Italie du Sud très proche de la composition qui était la sienne à l'époque.
• La population des grandes villes (Turin,
Milan (Milan (en italien, Milano, du latin Mediolanum, en Lombard Milan [mi'lã:], comme en Français) se situe au nord de l'Italie où elle est la capitale de la région...), Rome), bien que de nos
jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à...) largement composée d'immigrants, montre un solide noyau ancien. Les descendants de ceux qui y vivaient dans le passé avaient peu de raisons de migrer ailleurs, au regard des nombreuses opportunités que ces villes ont continué à offrir dans le temps.Ces résultats sont d'un grand intérêt, car ils démontrent le complexe télescopage entre identité culturelle et identité "généalogique" et remettent en question un discours unitaire sur les origines.
Au-delà de toute schématisation, le pourcentage de la population "autochtone" d'une région apparaît très variable et des provinces proches sont souvent caractérisées par des phénomènes démographiques très différents (cf carte).
Notes:
(1) Franz Manni est Maître de conférences au Muséum national d'Histoire naturelle (CNRS/MNHN).
Ont également participé à cette étude: Alessio Boattini et Davide Pettener (Institut de biologie de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Peirce[1], un philosophe américain a défini 1891...) de Bologne, Italie), Antonella Lisa, Ornella Fiorani et Gianni Zei de l'Institut de Génétique moléculaire de Pavie, Italie
(2) Réseaux neuronaux de Kohonen: Cartographie (La cartographie désigne la réalisation et l'étude des cartes. Elle mobilise un ensemble de techniques servant à la production des cartes. La cartographie constitue un des moyens privilégiés pour l'analyse et la...) d'éléments mathématiques (Les mathématiques désignent la science du vrai et du faux en général. C'est-à-dire qu'elle ne s'attache pas à dire ce qui est vrai ou faux dans l'absolu...) dont la position sur une carte évolue librement au cours de l'analyse, jusqu'à une configuration finale. Les éléments proches sont considérés comme similaires et vice versa.
Référence:
General Method to Unravel Ancient Population Structures through Surnames, Final Validation on Italian Data.
Alessio Boattini, Antonella Lisa Ornella Fiorani, Gianna Zei, Davide Pettener et Franz Manni. Human Biology, June 2012, v. 84, no. 3, pp. 235– 270.