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Posté par Adrien le Mercredi 31/10/2012 à 12:00
Enfant intimidé, adolescent agressif

Les enfants de 12 ans qui ont vécu de l'intimidation affichent moins de réactivité au stress, mais cela n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. (Photo: iStockphoto)
Les jeunes victimes d'épisodes de violence ou d'intimidation seraient moins vulnérables au stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des...) lorsqu'ils font face à des situations similaires en grandissant.

C'est en résumé le constat de la professeure de l'École de criminologie Isabelle Ouellet-Morin au terme d'une étude menée en Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006),...) auprès de 30 paires de jumeaux identiques dont un seul avait subi des épisodes d'intimidation dans son enfance. Placés dans une situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le...) stressante, les préadolescents âgés de 12 ans qui avaient vécu de l'intimidation ont démontré moins de réactivité au stress, ce qu'on pouvait mesurer en notant la variation du taux de cortisol dans la salive (La salive est un liquide biologique sécrété par les glandes salivaires, à l'intérieur de la bouche.). «Même quand ils nous disent qu'ils sont mal à l'aise dans une situation stressante, les mesures physiologiques indiquent qu'ils réagissent physiquement moins à celle-ci comparativement à leur frère ou à leur soeur qui n'a jamais été confronté à de l'intimidation par les pairs», commente la jeune femme qui occupe un poste de professeure à l'Université de Montréal depuis décembre dernier.

Pour la chercheuse, ce n'est pas nécessairement une bonne nouvelle, car les victimes d'intimidation, surtout celles montrant une réactivité moindre, risquent davantage de manifester des comportements agressifs par la suite: on les voit plus souvent donner des coups de pied et participer à des bagarres par exemple. «On peut penser que ce profil est adaptatif et relève d'une certaine forme de résilience, mais ce n'est pas ce que nous avons observé. Au contraire, cette faible réactivité est associée à des problèmes interpersonnels et à des troubles du comportement», résume la psychologue clinicienne.

L'expérience de la chercheuse québécoise a été saluée par les éditeurs de la revue scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry à sa publication en juin 2011. «Comme les jumeaux homozygotes partagent l'entièreté de leur bagage génétique et, dans le cas présent, ont été élevés dans la même famille et dans un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend...) semblable, nous pouvons assumer que les différences résultent des expériences individuelles», écrit le Dr Guilherme Polanczyk en éditorial.

D'autres pistes

Réalisée au King's College de Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville d'Angleterre et du Royaume-Uni. Fondée il y a plus de 2 000 ans par les Romains, la ville est aujourd'hui devenue...), la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) de Mme Ouellet-Morin était la première à aborder ainsi le phénomène de la réponse physiologique au stress chez des jumeaux identiques ayant été exposés ou non à des situations d'intimidation. Elle a utilisé pour son échantillonnage une enquête du Royaume-Uni: l'Environmental-Risk Longitudinal Twin Study. On y a suivi plus de 1000 paires de jumeaux en Angleterre et au pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui...) de Galles pendant près d'une décennie, de l'âge de 5 ans à 12 ans.

Issus de cette base de données, les sujets ont été mis dans une situation suffisamment stressante pour avoir des effets mesurables sur l'hormone (Une hormone est un messager chimique véhiculé par le système circulatoire qui agit à distance de son site de production par fixation sur des...) du stress (le cortisol) en laboratoire: ils devaient relater un incident malheureux survenu à l'école devant deux adultes réagissant minimalement aux propos des protagonistes. Le second test consistait à résoudre des équations mathématiques le plus rapidement possible.

«Lorsqu'ils ont discuté de leur expérience en laboratoire, tous les enfants disaient avoir été stressés de façon équivalente. Mais les tests de salive révélaient un niveau bien inférieur de cortisol chez les jeunes ayant subi des épisodes d'intimidation. Comme s'il y avait une déconnexion entre ce que le corps ressent et ce que le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la...) affirme.»

Cette expérience est, selon la chercheuse, à la limite de ce que les balises éthiques peuvent autoriser quand on étudie les effets à long terme des épisodes de violence chez les enfants, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en permettant un contrôle accru des variables comme le bagage génétique. Mais elle s'est attaquée depuis à d'autres aspects de la question. Une recherche ultérieure, effectuée auprès de 190 enfants de 12 ans, dont 64 avaient été maltraités ou intimidés, a confirmé que la réponse au stress différait significativement d'un groupe à l'autre. «Nos résultats indiquent le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes...) d'intégrer des biomarqueurs de stress dans les approches de prévention auprès des jeunes victimes», peut-on lire en conclusion de l'article publié dans Biological Psychiatry.

Le cortisol est une hormone qui envoie des signaux au système nerveux lorsqu'un danger survient. Il joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement à ouvrir et fermer la bouche et à mastiquer.) aussi un rôle dans la concentration. «C'est comme un baromètre physiologique. Pourquoi ne pas s'en servir comme indice de stress pour aider les intervenants à mesurer les progrès accomplis chez les jeunes en difficulté?» demande Mme Ouellet-Morin.

Mieux comprendre l'être humain

Appelant de nouvelles études qui poursuivront là où la sienne (Sienne (Siena en italien) est une ville italienne, chef-lieu de la province du même nom, dans la région de Toscane. Elle compte 54 500 habitants...) s'est arrêtée, la professeure explore aujourd'hui de nouvelles pistes, notamment auprès de jeunes hommes. Sa démarche s'inscrit dans le premier objectif qu'elle s'est donné au début de sa carrière: mieux comprendre l'être humain, particulièrement dans la déviance. «En contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent....) difficile, les individus réagissent de manière différente et cela m'a toujours fascinée», mentionne la spécialiste originaire de Québec.

C'est au cours de ses études de baccalauréat, de maitrise et de doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur....) en psychologie à l'Université Laval qu'elle a précisé son champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) de recherche. Intriguée par la part d'inné dans le développement humain, elle a fait sa thèse sur les facteurs génétiques et environnementaux marquant la petite enfance. Figurant au tableau (Tableau peut avoir plusieurs sens suivant le contexte employé :) d'honneur de sa faculté en 2008-2009, Isabelle Ouellet-Morin a remporté le prix de la meilleure thèse de doctorat de l'année 2009 de l'établissement.

C'est pendant un certificat de premier cycle en 2005 qu'elle s'est prise d'un vif intérêt pour la criminologie. «J'y ai trouvé une science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble de...) interdisciplinaire (Un travail interdisciplinaire intègre des concepts provenant de différentes disciplines.) qui me convenait parfaitement», dit-elle. Puis elle a étudié la psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot...) légale au cours d'un stage (Un stage est le plus souvent une période de formation, d'apprentissage ou de perfectionnement qui dure quelques jours à plusieurs mois dans un...) à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) Philippe-Pinel et au Centre de psychiatrie légale de Montréal. Elle est actuellement rattachée au Centre de recherche Fernand-Seguin et au Centre d'études sur le stress humain de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, et au Groupe de recherche en inadaptation psychosociale chez l'enfant.

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Source: Mathieu-Robert Sauvé - Université de Montréal