Recherchez sur tout Techno-Science.net
       
Techno-Science.net : Suivez l'actualité des sciences et des technologies, découvrez, commentez
Catégories
Techniques
Sciences
Encore plus...
Techno-Science.net
Bons plans et avis Gearbest: Xiaomi Mi Mix2, OnePlus 5T
Code promo Gearbest: réduction, coupon, livraison...
Photo Mystérieuse

Que représente
cette image ?
Posté par Isabelle le Mercredi 21/11/2012 à 00:00
Le maternage influe sur l'expression des gènes

Chez le bébé macaque et sans doute chez l'humain, les gènes des cellules T et des neurones du cortex préfrontal s'expriment différemment s'il est privé de soins maternels.
Le manque de soins maternels ou encore des agressions répétées durant la tendre enfance sont associés, à l'âge adulte, à divers problèmes de santé mentale telles l'anxiété et la dépression. Les travaux les plus récents dans le domaine montrent que l'effet psychologique et comportemental de ces conditions adverses passe par des changements sur le plan biologique: la privation de soins ou l'agression entraineraient une modification de l'expression des gènes due à la méthylation de l'ADN.

La méthylation est un phénomène normal survenant dans l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques...) épigénétique. Elle se produit lorsqu'un méthyle prend la place d'un atome (Un atome (grec ancien ἄτομος [atomos], « que l'on ne peut diviser ») est la plus petite partie d'un...) d'hydrogène sur l'une des quatre bases de l'ADN. Une méthylation élevée inhibe l'expression du gène concerné alors qu'une déméthylation favorise son expression.

Le phénomène est bien connu chez le rat (Le mot « rat » désigne en français, dans le langage vernaculaire certains mammifères rongeurs, le plus souvent du genre Rattus ou au moins de la famille des muridés. Mais...): un toilettage intensif des petits par la mère augmente leur résistance au stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage courant, on parle de stress...) à l'âge adulte. Cet avantage découlerait d'un meilleur fonctionnement des récepteurs d'hormones de résistance au stress entrainé par les soins maternels. Ce qui veut dire que les facteurs liés à l'environnement social peuvent moduler en profondeur l'expression génétique.

Méthylation des cellules T

Le fait est de mieux en mieux documenté chez l'être humain, comme vient de le démontrer une étude réalisée par une équipe internationale dont font partie plusieurs chercheurs du Groupe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques....) sur l'inadaptation psychosociale chez l'enfant (GRIP) et du Centre de recherche du CHU Sainte-Justine.

«Notre étude montre que, lorsque le développement psychologique du jeune est perturbé, il y a modification de l'expression de plusieurs gènes liés aux cellules immunitaires et au cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) préfrontal et que cette perturbation est à la source de problèmes d'agressivité observés à l'âge adulte», affirme Richard E. Tremblay, directeur du GRIP et professeur émérite au Département de psychologie de l'Université de Montréal.


Richard E. Tremblay (Photo: Jean-François Hamelin)
Dans un premier temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), l'équipe de chercheurs avait établi, à l'aide de l'imagerie (L’imagerie consiste d'abord en la fabrication et le commerce des images physiques qui représentent des êtres ou des choses. La fabrication se faisait jadis soit à la main, soit par...) cérébrale, que des adultes qui avaient eu un haut niveau d'agressivité pendant l'enfance présentaient un faible taux de sérotonine dans le cortex orbitofrontal. La sérotonine est un neurotransmetteur (Les neurotransmetteurs, ou neuromédiateurs, sont des composés chimiques libérées par les neurones (et parfois par les cellules gliales) agissant sur d'autres neurones, appelé neurone postsynaptique, ou, plus...) jouant un rôle crucial dans le développement du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de...) et dans la modulation de l'agressivité.

Une partie de ces travaux, effectuée in vitro (In vitro (en latin : « dans le verre ») signifie un test en tube, ou, plus généralement, en dehors de l'organisme vivant ou de la cellule. Un exemple est la...), a par la suite montré que cette faible production de sérotonine pouvait être causée par la méthylation de gènes associés à la production des lymphocytes T. Ces cellules du système immunitaire synthétisent des médiateurs chimiques (les cytokines) qui régulent l'activité cellulaire dans l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) de l'organisme.

Macaques privés de maternage

Cette recherche ne permettait toutefois pas de savoir s'il y avait méthylation à la fois dans les cellules sanguines et dans les tissus cérébraux. L'étude a donc été reprise sur des sujets animaux.

Des prélèvements de tissus provenant du cortex préfrontal, siège du contrôle du comportement, ont été faits sur deux groupes de macaques ayant été soumis à des conditions différentes de maternage. Ceux du premier groupe avaient été élevés de façon «naturelle», c'est-à-dire par les mères biologiques au sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale...) d'une communauté. Ceux du second groupe, une fois que les jeunes étaient en mesure de s'alimenter par eux-mêmes au biberon, avaient été placés en compagnie de «mères substituts», c'est-à-dire un mannequin de peluche et fourrure, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en côtoyant quotidiennement d'autres singes du même âge mais sans interactions avec des adultes.

«La privation de soins maternels chez le second groupe recrée les conditions d'adversité et d'agression qui perturbent le développement normal de l'enfant, précise Richard E. Tremblay. Les macaques élevés de cette façon sont plus peureux et plus agressifs à l'âge adulte, plus sensibles à l'alcool et demeurent au bas de l'échelle sociale.»

Les prélèvements sanguins, salivaires et corticaux ont montré des différences importantes de méthylation dans les cellules T et dans le cortex préfrontal entre les deux groupes de primates (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade regroupe les singes - dont l'homme - ainsi...): certains gènes ont été plus exprimés dans l'un ou l'autre des deux groupes alors que d'autres gènes l'ont moins été. Pour l'équipe de chercheurs, la démonstration est maintenant faite: les soins maternels modulent la méthylation non seulement des gènes liés aux cellules du système immunitaire mais également des gènes associés aux neurones eux-mêmes.

Cette méthylation associée au maternage toucherait même l'ensemble du génome. Pour Richard E. Tremblay, ce qui a été observé chez les macaques peut être extrapolé à l'être humain. Le large spectre de comportements perturbés de la part d'individus affectés par un manque de soins en bas âge lui apparait comme l'indice d'une méthylation à grande échelle qui perdure jusqu'à l'âge adulte.

Ces travaux ont constitué une partie du doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Selon les pays...) de Nadine Provençal réalisé sous la codirection de M. Tremblay et de Moshe Szyf (Université McGill). Mme Provençal est la première auteure d'un article publié sur le sujet par 14 chercheurs dans le numéro du 31 octobre du Journal of Neuroscience.

Commentez et débattez de cette actualité sur notre forum Techno-Science.net. Vous pouvez également partager cette actualité sur Facebook, Twitter et les autres réseaux sociaux.
Icone partage sur Facebook Icone partage sur Twitter Partager sur Messenger Icone partage sur Delicious Icone partage sur Myspace Flux RSS
Source: Daniel Baril - Université de Montréal