Même âgé et atteint depuis longtemps, le cerveau d'une personne aphasique peut améliorer ses capacités, et maintenir ces acquis dans le temps, selon une étude de la Dre Ana Inés Ansaldo, Ph. D., chercheuse au Centre de recherche de l'Institut universitaire de gériatrie de
Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des affaires internationales. Montréal a...) (IUGM) et professeure au Département d'orthophonie et d'audiologie de la Faculté de
médecine (La médecine est une science, un art, et une technique dont l'objet est à la fois l'étude du corps humain et de son fonctionnement, ainsi que la conservation et le rétablissement de la santé. Appliquée aux animaux, la médecine...) de l'
Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Peirce[1], un philosophe américain a défini...) de Montréal. L'étude est publiée dans la revue
Brain and Language.
Au bout de six semaines d'une thérapie du langage intensive et spécifique, les personnes âgées aphasiques, en plus d'améliorer leur capacité à nommer les objets, ont démontré un meilleur potentiel cognitif. "Les
données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) de la neuroimagerie fonctionnelle recueillies lors de cette étude montrent que la thérapie du langage stimule le cerveau à utiliser des circuits alternatifs. Ces derniers demeurent actifs après la thérapie et peuvent être utilisés pour récupérer des mots supplémentaires. Six
mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) plus tard, les performances étaient équivalentes et les proches nous disaient voir encore des améliorations", se réjouit la Dre Ansaldo.
Cet entraînement sollicite non seulement le circuit traitant le langage, mais aussi un autre circuit important: le
réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un « petit rets », c'est-à-dire un petit filet), on appelle nœud (node)...) du mode par défaut. Ce dernier soutient l'
activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) du cerveau quand il est " en veille", et que la personne n'effectue aucune tâche particulière. Pour la première fois, cette étude a décrit l'activité de ce réseau chez des personnes aphasiques, mettant de l'avant des irrégularités. Un fonctionnement anormal du réseau par défaut est indice de difficultés cognitives, telles que des troubles de l'attention ou de la
mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) épisodique. Les résultats ont montré que l'activité du mode par défaut des sujets atteints d'aphasie avait rejoint celle des sujets sains après la thérapie.
"Cette étude est encourageante pour les personnes âgées atteintes d'aphasie depuis plusieurs années, qui souvent ne reçoivent plus de thérapie. Elle démontre que la thérapie du langage a des effets positifs non seulement sur le langage, mais sur la cognition en général, car elle agit sur le réseau du mode par défaut. Je souhaite que ces résultats soient considérés dans la prise en
charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne lieu à un paiement ou un bénéfice non pécuniaire pour être transporté.) des personnes âgées souffrant de troubles du langage, et que l'on tienne compte de l'importance de leur offrir une stimulation intensive, spécifique et concentrée dans le
temps (Le temps est un concept développé pour représenter la variation du monde : l'Univers n'est jamais figé, les éléments qui le composent bougent, se...). Cela donne des résultats très prometteurs, même longtemps après le
diagnostic (Le diagnostic (du grec δι?γνωση, diágnosi, à partir de δια-, dia-, „par, à travers, séparation,...)", conclut la Dre Ansaldo.
Résumé de la recherche
Les recherches précédentes sur les sujets atteints d'aphasie se sont basées pour la plupart sur l'analyse standard de la neuroimagerie fonctionnelle. Les études récentes ont démontré que l'analyse de la connectivité fonctionnelle permet de détecter une activité compensatoire qui n'est pas décelée par une analyse standard. Toutefois, on connaît très peu les mécanismes du réseau du mode par défaut lorsqu'il s'agit de l'aphasie. Dans le cadre de cette étude, les auteurs se sont penchés sur les changements dans le réseau du mode par défaut chez les sujets aphasiques qui ont suivi une thérapie concernant l'analyse en traits sémantiques. Ils ont étudié neuf sujets atteints d'aphasie chronique et les ont comparés à dix sujets témoins. Pour la première fois, les chercheurs ont été en mesure d'identifier le réseau du mode par défaut chez des personnes atteintes d'aphasie, et ce en utilisant une analyse en composantes principales spatiales. La thérapie intensive a amélioré l'intégration des régions postérieures du réseau du mode par défaut parallèlement à une amélioration du langage. Des corrélations entre l'intégration cérébrale et l'amélioration linguistique n'étaient pas signifiantes statistiquement, mais la tendance suggère que l'intégration du réseau du mode par défaut préalable à la thérapie peut prédire les résultats d'un traitement. La connectivité fonctionnelle permet donc une meilleure compréhension de l'impact de l'analyse en traits sémantiques chez les sujets aphasiques.
Référence
Marcotte K, Perlbarg V, Marrelec G, Benali H, Ansaldo AI. "Default-mode network functional connectivity in aphasia: Therapy-induced neuroplasticity", [i]Brain and Language Journal, 26 décembre 2012.[/i]