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Posté par Michel le Mercredi 06/02/2013 à 12:00
Le patrimoine génétique du loup est menacé au Québec

Le coyote n'a été observé pour la première fois au Québec qu'en 1944. (Photo: Rebecca Richardson/Ridgefield National Wildlife Refuge)
Dans les Prairies, 6 % des coyotes et 9 % des loups gris présentent des signes génétiques d'hybridation entre eux. Au Québec, plus de 12 % des coyotes et plus de 37 % des loups sont dans cette situation et seraient en fait des hybrides.

Cette étonnante constatation, qui serait liée aux perturbations des habitats naturels de ces deux canidés par l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) humaine, a été faite par une équipe de chercheurs qu'a dirigée François-Joseph Lapointe, professeur au Département de sciences biologiques de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Peirce[1], un philosophe américain a...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance...). À son avis, il y a lieu de sonner l'alarme.

Deux espèces... interfécondes


Plus de 37 % des loups du Québec sont hybridés. (Photo: iStockphoto)
"Il n'est pas exceptionnel que le loup et le coyote, très proches génétiquement, s'hybrident, explique le professeur Lapointe. L'hybridation est même commune entre les canidés, dont le chien."

Mais alors que les croisements entre espèces différentes donnent habituellement des rejetons stériles, ce n'est pas le cas entre le loup et le coyote, dont l'hybride sera fécond et pourra se reproduire tant avec le loup qu'avec le coyote. "Dans leur cas, la règle de la barrière de fécondité qui sert habituellement à délimiter deux espèces ne tient plus", souligne le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche...).

Morphologiquement, le loup et le coyote sont très semblables, au point (Graphie) que même des trappeurs et des spécialistes de la faune les confondent souvent. Le coyote est plus petit que le loup et ses pattes et museau sont plus fins. Si le coyote est solitaire, le loup est un mammifère social qui chasse en meute; le premier se contentera donc de petit gibier comme le lièvre, tandis que le second pourra cibler des proies plus grosses tel l'orignal. Leurs habitats ne sont pas non plus les mêmes; le coyote chasse en milieu ouvert et le loup en forêt.

Pour toutes ces raisons, on considère qu'il s'agit de deux espèces séparées non pas par la barrière génétique mais par la barrière écologique.

Habitats fragmentés

"Lorsque la barrière de la niche écologique est maintenue, l'intégrité biologique de deux espèces l'est aussi. Mais si leur habitat est fragmenté et amène le loup et le coyote à se rencontrer fréquemment, il peut s'ensuivre un mélange (Un mélange est une réunion de deux ou plusieurs substances.) génétique important", mentionne le professeur.

C'est précisément ce qui est en train (En transport ferroviaire, un train consiste en une suite de véhicules qui circulent le long de guides pour transporter des voyageurs ou des marchandises d'un point à un autre. Ces guides sont le plus souvent deux rails métalliques, mais...) de se produire au Québec. Le coyote, qui est typiquement un canidé des Prairies, n'a été observé pour la première fois au Québec qu'en 1944. Il aurait gagné l'ouest de la province à la faveur du déboisement à des fins agricoles ou forestières. Au milieu des années 90, on le retrouvait dans le centre-ouest du Québec et, plus récemment, il a été vu au sud (Sud est un nom :) du Saint-Laurent.


François-Joseph Lapointe et son équipe sonnent l'alarme devant les cas d'hybridation entre le loup et le coyote.
Sa présence dans des lieux qui lui sont favorables multiplie donc les probabilités de rencontres interfécondes avec le loup. Pour l'équipe de chercheurs, c'est ce qui explique qu'il y a au Québec deux fois plus de coyotes hybridés et quatre fois plus de loups hybridés que dans les Prairies.

"Dans les Prairies, les deux espèces sont plus habituées à se côtoyer et il semble qu'elles aient appris à se reconnaitre et à s'éviter, affirme François-Joseph Lapointe. Au Québec, ce voisinage (La notion de voisinage correspond à une approche axiomatique équivalente à celle de la topologie. La topologie traite plus naturellement les notions globales comme la...) est trop récent et le risque d'erreur dans le choix du partenaire est plus élevé."

De plus, le morcèlement de l'habitat du loup risque d'entrainer une diminution de taille de ce canidé et du même coup d'augmenter les erreurs de reconnaissance de part et d'autre.

Espèce préoccupante

Ce qui étonne le professeur, c'est la rapidité avec laquelle s'est faite cette hybridation. "En 1944, 100 % de nos loups gris étaient de race pure; en 60 ans, cette proportion est passée à 63 %. C'est très inquiétant à long terme pour l'intégrité génétique du loup, qui est un animal (Un animal (du latin animus, souffle, ou principe vital) est un être vivant capable de mouvement et de perception. On utilise parfois ce terme pour opposer les animaux aux humains (bien que ces derniers...) emblématique et qui présente un intérêt commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.). Peut-être que dans 100 ans tous nos loups porteront des traces génétiques d'hybridation et qu'on fera face à une situation d'introgression, c'est-à-dire un mélange génétique de deux espèces devenues indissociables."

On ne connait pas pour l'instant l'effet de cette hybridation sur le comportement social du loup. Ce canidé, qui n'a jamais fait bon ménage avec l'être humain, a le statut d'espèce préoccupante dans l'est du Canada. Selon les chercheurs, il faudrait désormais rechercher des modes d'intervention qui puissent inverser la tendance et maintenir l'isolement écologique des deux espèces.

Les résultats de cette étude ont été publiés dans le numéro de septembre 2012 de la revue Ecology and Evolution avec Astrid Stronen, chercheuse postdoctorale au Département de sciences biologiques, comme première auteure.

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Source: Université de Montréal - Daniel Baril