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Posté par Adrien le Mardi 26/08/2014 à 00:00
Le paradoxe du muscle
Le premier réflexe des professeurs Martin Brochu et Isabelle Dionne a été de croire à un problème; de ne pas trop y porter attention. Ce n’est pas tous les jours qu’on obtient des résultats de recherche à l’encontre d’une idée reçue dans son domaine.

Selon leur étude, publiée en 2001, les femmes ménopausées et obèses qui captaient mal le glucose (Le glucose est un aldohexose, principal représentant des oses (sucres). Par convention, il est symbolisé par Glc. Il est directement assimilable par l'organisme.) – donc résistantes à l’insuline (L'insuline (du latin insula, île) est une hormone peptidique sécrétée par les cellules β des îlots de Langerhans du pancréas. Elle a, avec le glucagon, un rôle majeur dans la régulation...) – étaient beaucoup plus musculaires que les autres. «À notre grande surprise, les femmes résistantes à l’insuline avaient quatre à cinq kilos de plus de masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et...) maigre», raconte le professeur Brochu, qui s’intéresse à l’impact de l’obésité sur le profil de santé. Lui et sa collègue cherchaient en fait à déterminer pourquoi certaines personnes obèses ne présentent pas ou très peu de problèmes métaboliques associés à l’obésité, comme l’hypertension, la résistance à l’insuline ou l’hypercholestérolémie.

Ces résultats ont laissé les deux chercheurs pantois. «Quand on ouvre un livre de référence dans notre domaine, c’est toujours écrit que plus on a de muscles, plus on devrait capter de glucose. Parce que le muscle (Les muscles sont une forme contractile des tissus des animaux. Ils forment l'un des quatre types majeurs de tissus, les autres étant le tissu épithélial, le tissu conjonctif, le tissu nerveux. Ce...) aime le glucose. Mais il n’y a jamais vraiment de références à ce sujet. Les chercheurs l’ont tenu pour acquis», explique Martin Brochu. Même s’ils n’étaient pas en mesure de les expliquer, Martin Brochu et Isabelle Dionne savaient que leurs résultats étaient bons.

Ainsi, mettre uniquement le gras sur le banc des accusés ne serait pas tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) à fait exact. Il aurait un complice: le muscle… «Pour mieux comprendre l’obésité, il faudrait regarder l’interaction (Une interaction est un échange d'information, d'affects ou d'énergie entre deux agents au sein d'un système. C'est une action réciproque qui suppose l'entrée...) entre la graisse (La graisse est un corps gras se présentant à l'état solide à température ordinaire. Le terme s'oppose aux huiles qui se présentent sous forme liquide. On distingue les graisses des cires, de...) et les muscles», disent les professeurs Brochu et Dionne.

«Depuis 2007-2008, on commence à trouver que ça revient souvent dans la littérature. D’autres groupes de chercheurs à travers le monde (Le mot monde peut désigner :) arrivent aux mêmes conclusions. Nous ne sommes plus les seuls à fouiller le sujet, mais nous sommes les premiers à avoir agité la sonnette (Une sonnette est de façon générale, un petit timbre, ou clochette, manipulée à la main, ou au bout d'une ficelle, pour donner un...) d’alarme», souligne le professeur Brochu.

Bousculer un paradigme

«Comme chercheurs, jamais nous n’aurions imaginé défendre une idée révolutionnaire. Ça nous motive à continuer de l’avant», confie Martin Brochu.

Mais bousculer un paradigme ne se fait jamais sans heurts. Convertir les autres chercheurs reste une tâche difficile. «Soyons honnêtes: le monde de la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) est quand même assez conservateur», admet-il.

Comment convaincre ses pairs que la perte de masse musculaire pourrait améliorer la santé des femmes obèses? À l’heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il est »), y compris en sciences (« heure...) actuelle, il est plutôt recommandé d’éviter de perdre de la masse musculaire quand on veut perdre du poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est égale...). Fait intéressant cependant, des résultats récents publiés par Martin Brochu et son équipe dans la revue Menopause démontrent que la perte de masse musculaire à la suite suite d'un programme de perte de poids serait associée à des améliorations de la sensibilité à l’insuline chez les femmes ménopausées et obèses.

«On pourrait peut-être appeler ça le paradoxe (Un paradoxe est une proposition qui contient ou semble contenir une contradiction logique, ou un raisonnement qui, bien que sans faille apparente, aboutit à...) de la masse musculaire: il n’est peut-être pas aussi bénéfique qu’on pensait d’avoir une grosse masse musculaire dans certains contextes. On commence à s’intéresser davantage à la qualité musculaire. Si la masse n’a pas d’impact, l’important est ce qui se passe dans le muscle», souligne Martin Brochu. Selon ces résultats, les femmes obèses pourraient bénéficier davantage de travailler leur force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale...) et leur endurance (L'endurance est la capacité de maintenir dans le temps un certain niveau d'intensité exigée.) musculaire de façon à ne pas prendre de masse.

Durant les prochaines années, Martin Brochu et Isabelle Dionne continueront leurs recherches pour mieux comprendre le fonctionnement du muscle. «On commence à avoir plusieurs morceaux du casse-tête. Il faut trouver les autres pour assembler le tout», résume le professeur Brochu.

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Source: Université de Sherbrooke