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Posté par Adrien le Mardi 25/11/2014 à 00:00
Prescription de médicaments psychotropes: un effet de mode ?
On constate aujourd'hui, en Amérique du Nord, que les médicaments psychotropes tels que les antidépresseurs, les psychostimulants, les anxiolytiques et les antipsychotiques sont de plus en plus prescrits.

Selon la sociologue et historienne Johanne Collin, professeure à la Faculté de pharmacie (La pharmacie (du grec φάρμακον/pharmakôn signifiant drogue, venin ou poison) est la science s'intéressant à la conception, au mode...) de l'Université de Montréal, cette hausse de la prescription s'explique en partie par les raisonnements des médecins. Dans un récent article, elle établit un parallèle entre les dilemmes auxquels la médecine faisait face au XIXe siècle et ceux qui ont cours dans le champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) de la santé mentale.

« On observe une augmentation du nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de personnes qui reçoivent une ordonnance de médicaments psychotropes ainsi qu'une propension de plus en plus importante à prescrire plusieurs médicaments psychotropes à un même patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.). De plus en plus d'enfants, d'adolescents et de jeunes adultes sont sous médication psychotrope (Un psychotrope est une substance qui agit principalement sur l'état du système nerveux central en y modifiant certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux, sans préjuger de...), et se voient de plus en plus souvent prescrire plus d'un médicament psychotrope à la fois », indique Mme Collin. Ce phénomène est-il attribuable à un manque de connaissance des médecins sur les médicaments ? À l'influence exercée par l'industrie pharmaceutique (L'industrie pharmaceutique est le secteur économique qui regroupe les activités de recherche, de fabrication et de commercialisation des médicaments...), ou bien encore à la demande des patients qui veulent obtenir une ordonnance ? S'agit-il d'un effet de modes lorsque de nouveaux médicaments sont mis sur le marché ? « Si tous ces facteurs externes ne sont pas à exclure pour expliquer la hausse de la prescription, il faut également prendre en compte les raisonnements des médecins, car ces derniers ne prescrivent pas simplement sous l'influence de facteurs extérieurs », poursuit-elle.

À partir d'une généalogie des pratiques de prescription des médecins dans le domaine de la santé mentale, la chercheuse montre qu'on retrouve aujourd'hui les tensions qui existaient déjà au XIXe siècle dans le raisonnement clinique, entre la prise en compte de la spécificité du patient et l'universalisme de la maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) et des traitements.

Elle rappelle ainsi que, pendant une bonne partie du XIXe siècle, les médecins fondaient leur approche diagnostique et thérapeutique sur la spécificité du patient et non sur celle de la maladie. En d'autres termes, ils considéraient que le patient était unique, quelle que soit sa maladie et que son traitement devait en conséquence être élaboré « sur mesure ». Pour Mme Collin, le parallèle est frappant avec la psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot psychiatrie...) depuis le milieu du XXe siècle. « L'approche psychanalytique qui dominait alors postulait que ce qui se passait dans la tête des patients devait être abordé en fonction de la spécificité et du vécu de la personne. La psychiatrie  était alors dominée par le primat de la spécificité du patient. Avec l'essor de la psychopharmacologie moderne dans les années 1950 et la découverte des premiers antidépresseurs et antipsychotiques, on considèrera progressivement que ce qui se passe dans le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps, dont la motricité volontaire, et constitue le...) est physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens...) et biologique; passant ainsi de la spécificité du patient à celle de la maladie mentale (La dénomination maladie mentale est le terme générique qui regroupe toute une série de troubles d'origines diverses (toxiques, organiques, génétiques,...), quels que soient le patient et les circonstances du déclenchement et de l'évolution de sa maladie. C'est le primat de l'universalisme de la maladie mentale et de la standardisation des diagnostics et des traitements médicamenteux qui devient dominant en santé mentale.», indique-t-elle.

Concernant le traitement de la dépression aujourd'hui, Mme Collin note qu'environ 80% des antidépresseurs sont prescrits par les médecins de famille. Selon elle, leur processus de raisonnement ressemble à la façon dont leurs confrères abordaient leur patient au XIXe siècle, prenant avant tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en compte la perception qu'ils ont de leur patient, de leur vécu, de leur spécificité. « On est devant un phénomène de société où des gens se présentent chez le médecin car ils ne vont pas bien pour toutes sortes de raison, mais il n'est bien souvent pas question de maladie mentale. Les médecins procèdent alors par essai-erreur et ils ont devant eux un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la simplification des actions entreprises, par une...) qui pourrait peut-être fonctionner, l'antidépresseur, qui devient une sorte de panacée. L'accroissement de la prescription tient en partie à ça », indique Mme Collin.

Les psychiatres gèrent, quant à eux, des troubles plus complexes, comme l'autisme (Le terme autisme tend a désigner aujourd'hui un trouble affectant la personne dans trois domaines principaux:). Bien que dans ce cas, les pratiques de prescription soient basées sur un raisonnement clinique complexe, Johanne Collin montre que leurs stratégies thérapeutiques sont dirigées contre des symptômes spécifiques et non pas contre les maladies mentales en tant qu'entités distinctes. « Comme c'est le cas en médecine à la fin du XIXe siècle, ils prescrivent à la pièce, tentent de calibrer et de contrer un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) de symptômes physiques avec un ensemble de médicaments » explique la chercheuse.

Mme Collin met en avant une forte tension (La tension est une force d'extension.) entre la réalité de la pratique des médecins et psychiatres, et une demande de standardisation, symbolisée par le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM). Le DSM constitue une nomenclature des problèmes de santé mentale en établissant des critères à partir desquels les problèmes de santé mentale peuvent être diagnostiqués. Depuis 1980, les éditions successives du DSM évacuent la prise en compte du vécu du patient dans l'établissement du diagnostic et abaissent les critères et les seuils à partir desquels on considère qu'une personne est atteinte d'un problème de santé mentale.

« D'un côté, on est dans une ramification sans fin avec le DSM qui vise à standardiser les pratiques diagnostiques et thérapeutiques et, de l'autre, on est devant un patient entier. Ce qui disent les médecins, c'est que le DSM ne correspond pas à la vraie pratique. Ils sont pris en tension entre ce désir de considérer le patient comme un individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux sont soutenus par la fondation Wikimedia).) spécifique, pour lui trouver un traitement sur mesure, et la nécessité d'avoir des pratiques standardisées, explique Mme Collin. Il semble bien que le souhait d'avoir une psychiatrie fondée sur une sorte d'universalisme soit éloigné de la réalité des médecins et psychiatres, qui insistent sur la nécessité d'une approche globale articulant les dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur, ou bien son...) bio-psycho-sociales du patient », conclut-elle.

À propos de cette étude :

Johanne Collin a publié l'essai Universal cures for idiosyncratic illnesses : a genealogy of therapeutic reasoning in the mental health field dans la revue Health le 18 août 2014 (version web). Cette étude a bénéficié de financements des Instituts de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par...) en santé du Canada.

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Source: Université de Montréal
Illustration: Techno-science.net