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Posté par Adrien le Mercredi 24/12/2014 à 00:00
Existe-t-il une prédisposition génétique au comportement antisocial ?
Les expériences positives et négatives influent sur les effets des variantes génétiques sur le cerveau et, par le fait même, sur le comportement, selon une étude publiée aujourd'hui. «De plus en plus de données probantes démontrent que les facteurs environnementaux définissent les effets des variantes de nombreux gènes qui sont communs dans la population.

Plus encore, ces variantes génétiques interagissent entre elles», explique Sheilagh Hodgins de l'Université de Montréal et de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) universitaire en santé mentale de Montréal qui lui est affilié. «Nous avons mené une étude visant à déterminer si la délinquance juvénile était associée aux interactions entre trois variantes génétiques communes et les expériences positives et négatives.» Le 11 décembre 2014, Mme Hodgins et ses collègues ont publié l'étude dans l'International Journal of Neuropsychopharmacology.

À Västmanland, un comté suédois, tous les étudiants de niveau secondaire âgés de 17 et 18 ans ont été invités à participer à l'étude. L'invitation a été acceptée par 1 337 jeunes. Ils ont rempli des questionnaires anonymes portant sur la délinquance, les conflits familiaux, les expériences d'abus sexuel et la qualité de la relation avec leurs parents. Un échantillon de salive (La salive est un liquide biologique sécrété par les glandes salivaires, à l'intérieur de la bouche.) a également été prélevé, à partir duquel les chercheurs ont extrait l'ADN.

Le gène de la monoamine oxydase A (MAO-A) est un enzyme (Une enzyme est une molécule (protéine ou ARN dans le cas des ribozymes) permettant d'abaisser l'énergie d'activation d'une réaction et...) clé du catabolisme des neurotransmetteurs du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de...), les monoamines, plus particulièrement de la sérotonine. Le catabolisme est la dégradation de matières organiques complexes avec libération d'énergie au sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale supérieure du torse d'un animal, et en particulier celle des mammifères qui...) de l'organisme. «Environ 25 % des hommes blancs portent une variante de la MAO-A à faible activité. Au sein de ce groupe, les hommes qui ont subi une violence corporelle pendant leur enfance sont plus susceptibles, que ceux qui n'ont pas souffert d'abus, de présenter un comportement antisocial sérieux, à partir de l'enfance jusqu'à l'âge adulte, précise Mme Hodgins. Chez les femmes, c'est plutôt la variante à activité élevée du gène de la MAO-A qui interagit avec l'adversité vécue pendant l'enfance, de façon à favoriser le comportement antisocial.»

Le gène du facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) module la plasticité neuronale. Le terme «plasticité neuronale» renvoie à la capacité des cellules du cerveau de réorganiser les réseaux et les connexions des neurones tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) au long de la vie (La vie est le nom donné :). «Les variantes de moindre expression du BDNF sont portées par environ 30 % des personnes. Certaines études antérieures ont démontré que ces variantes sont associées à un comportement agressif si les porteurs sont exposés à des pairs agressifs. Le troisième gène que nous avons étudié est le transporteur (Un transporteur dirige une entreprise commerciale spécialisée dans le transport de personnes, de marchandises, de fonds ou d'énergie. Il exerce, dans la plupart des pays une...) de sérotonine 5-HTTLPR. La variante à faible activité de ce gène est portée par environ 20 % des personnes. Ceux qui, parmi ces porteurs, sont exposés à l'adversité pendant l'enfance, sont plus susceptibles de présenter un comportement antisocial et agressif.»

«Nous avons découvert que les trois variantes génétiques interagissent entre elles ainsi qu'avec la présence de conflits familiaux et d'abus sexuel de façon à augmenter la probabilité de délinquance. En présence d'une relation parent-enfant positive, les mêmes interactions réduisent le risque de délinquance, selon Mme Hodgins. Parmi les porteurs des variantes à faible activité des trois gènes, ceux qui sont exposés à des conflits familiaux, à des abus sexuels ou aux deux présentent des niveaux élevés de délinquance contrairement à ceux qui vivent une relation positive et chaleureuse avec leurs parents.» Ainsi, les mêmes variantes génétiques étaient associées à des degrés élevé et faible de délinquance, selon l'exposition à un environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques...) négatif ou positif.

Au sein d'un grand échantillon d'adolescents, les variantes de ces trois gènes communs, MAO-A, BDNF et 5-HTTLPR, interagissent les unes avec les autres ainsi qu'avec des facteurs environnementaux négatifs pour augmenter le risque de délinquance, et avec un facteur environnemental positif pour réduire le même risque. «Ces conclusions s'ajoutent à celles d'autres études qui démontrent que les gènes influent sur le cerveau et, par le fait même, sur le comportement, en modifiant la sensibilité à l'environnement», conclut Mme Hodgins.

À propos de cette étude

Kent W Nilsson, Erika Comasco, Sheilagh Hodgins, Lars Oreland et Cecilia Åslund ont publié «Genotypes do not confer risk for delinquency but rather alter susceptibility to positive and negative environmental factors: Gene-environment interactions of BDNF Val66Met, 5-HTTLPR, and MAOA-uVNTR» dans l'International Journal of Neuropsychopharmacology le 11 décembre 2014.

Sheilagh Hodgins, Ph. D., MSRC, est professeure au Département de psychiatrie (La psychiatrie est une spécialité médicale traitant de la maladie mentale ou des maladies mentales. L'étymologie du mot psychiatrie provient du grec psyche (ψυχὴ), qui...) de l'Université de Montréal ainsi que chercheuse à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal et au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique,...) de l'Institut Philippe-Pinel. Elle est également affiliée au Karolinska Institutet à Stockholm, en Suède.

Les chercheurs ont reçu du financement des organismes suivants : Swedish Research Council (VR), Swedish Brain Foundation, Swedish Labour Market Insurance Company (AFA), Swedish Alcohol (Alcohol 120% (lire « 120 degrés ») est un logiciel de sauvegarde/copie de disque externe (CD/DVD) fonctionnant sous Windows.) Monopoly Research Council (SRA), Swedish Council for Working Life and Social Research (FAS), Regional Research Council d'Uppsala et Örebro, Fredrik and Ingrid Thurings Foundation, conseil de comté de Västmanland, conseil de comté de Stockholm, König-Söderströmska Foundation, Swedish Psychiatric Foundation, Hållstens Forskningsstiftelse et Svenska Spel Research Foundation.

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Source: Université de Montréal