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Posté par Adrien le Lundi 12/09/2016 à 00:00
Un médicament contre la schizophrénie inhibe le cancer du pancréas
Une étude chez la souris montre un ralentissement de la croissance et de la propagation des tumeurs.

Un récepteur de la dopamine - un neurotransmetteur - favorise la croissance et la propagation du cancer du pancréas. Or, des médicaments contre la schizophrénie bloquant ce récepteur ont ralenti la croissance des tumeurs et la propagation métastatique chez des souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de...), ont constaté des chercheurs de l'Université McGill et du Centre allemand de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) sur le cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la...).


La genèse d'un cancer: une mutation peut modifier la structure d'un gène réglant le contrôle de la multiplication. La probabilité qu'une seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une...) mutation apparaisse et soit sélectionnée est alors plus importante. Une seconde population sera alors générée, plus anormale que la première et va se développer à ses dépens. On peut ainsi accumuler plusieurs mutations, chacune d'entre elles permettant la sélection d’un clone de plus en plus malin pour finir par une cellule hautement cancéreuse.
Illustration: Wikipédia

Le cancer du pancréas est une maladie (La maladie est une altération des fonctions ou de la santé d'un organisme vivant, animal ou végétal.) évoluant extrêmement rapidement et dont le pronostic est très sombre. « Alors que le taux de survie à cinq ans de l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui...) des patients atteints de cancer est de 63 %, celui des patients atteints de cancer du pancréas n'est que de 5 % environ et est demeuré à peu près inchangé au cours des trois dernières décennies », indique Yasser Riazalhosseini, professeur de génétique humaine à l'Université McGill et auteur-ressource de la nouvelle étude publiée dans la revue Gastroenterology.

« Les tumeurs ne causent pas de signes ou de symptômes pendant une longue période et sont donc diagnostiquées tardivement », affirme Jörg Hoheisel, du Centre allemand de recherche sur le cancer (Deutsches Krebsforschungszentrum, ou DKFZ) situé à Heidelberg (Heidelberg est une ville d'Allemagne située dans la vallée du Neckar, au nord-ouest du Land de Bade-Wurtemberg. Le nom de "Heidelberg" provient...), qui a codirigé l'étude avec le Pr Riazalhosseini. « De plus, la tumeur (Le terme tumeur (du latin tumere, enfler) désigne, en médecine, une augmentation de volume d'un tissu, clairement délimitée sans précision de cause.) étant biologiquement très agressive, le cancer commence tôt à produire des métastases. De surcroît, le cancer du pancréas devient vite résistant aux médicaments existants employés en chimiothérapie. »

Avec leurs collègues de Heidelberg, de Tübingen, de Liverpool et de Vérone, les chercheurs de McGill et du DKFZ ont réalisé une analyse à grande échelle des activités géniques observables dans 195 cas de cancer du pancréas. « Nous avons utilisé des approches de bioinformatique et de biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire naturelle des êtres vivants...) quantitative que nous avons mises au point (Graphie) afin de trouver les gènes qui pourraient jouer un rôle central dans plusieurs voies de signalisation liées au cancer du pancréas. Nous avons ainsi constaté que le gène codant pour le récepteur DRD2 de la dopamine était significativement plus actif dans les cellules cancéreuses que dans les cellules pancréatiques saines », a expliqué le Pr Riazalhosseini, qui est aussi chef de la génomique des cancers au Centre d'innovation Génome Québec - Université McGill. « De plus, le taux de protéine DRD2 était quatre fois plus élevé dans les cellules cancéreuses que dans les cellules saines. »

Le blocage du récepteur de la dopamine inhibe la croissance tumorale

Le récepteur de la dopamine assure la médiation des effets de la dopamine, substance chimique du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions...) qui accroît la motivation (La motivation est, dans un organisme vivant, la composante ou le processus qui règle son engagement dans une action ou expérience. Elle en...) et l'énergie. Comment une protéine réceptrice, connue essentiellement des cliniciens pour son implication dans la schizophrénie et les troubles psychotiques, peut-elle influer sur les caractéristiques malignes des cellules cancéreuses ? Les chercheurs se sont employés à répondre à cette question au moyen de lignées de cellules pancréatiques cancéreuses dans lesquelles ils avaient inactivé le gène DRD2 . Ils ont observé que ces cellules croissaient, en effet, plus lentement et qu'elles formaient des tumeurs plus petites après leur transfert à des souris.

DRD2, molécule importante dans la schizophrénie, est la cible de nombreux agents psychopharmaceutiques. Des médicaments qui la bloquent (appelés antagonistes de la dopamine) sont offerts sur le marché depuis les années 1950. Parmi eux, on trouve le pimozide et l'halopéridol, deux antipsychotiques souvent prescrits pour traiter la schizophrénie. Au moyen de ces agents, les chercheurs sont parvenus à ralentir la croissance et à diminuer la mobilité de lignées de cellules pancréatiques cancéreuses, et ce, de manière considérable.

Les chercheurs ont transféré les cellules pancréatiques cancéreuses humaines à des souris et ont attendu qu'elles forment des tumeurs. Après avoir traité les animaux au moyen d'halopéridol, ils ont observé que les tumeurs étaient plus petites et, surtout, que les métastases étaient moins nombreuses chez les animaux traités que chez les animaux non traités.

Cette étude est le fruit (En botanique, le fruit est l'organe végétal protégeant la graine. Caractéristique des Angiospermes, il succède à la fleur par transformation du pistil. La paroi de l'ovaire forme le...) d'un effort international et multidisciplinaire appuyé par des experts en oncologie, en génomique, en bioinformatique ainsi qu'en biologie cellulaire, moléculaire et animale. « Le fait que nous ayons obtenu des résultats prometteurs pour le traitement du cancer pancréatique avec des médicaments inhibant DRD2 déjà établis se traduira par un passage plus rapide de la recherche à la clinique grâce à une stratégie de repositionnement de ces médicaments », a indiqué le Pr Riazalhosseini. « La première étape de cette stratégie consiste à examiner l'efficacité de différentes doses d'inhibiteurs de DRD2 dans différents modèles animaux, après quoi nous pourrons passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) aux patients. »  

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Source: Université McGill