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Posté par Isabelle le Vendredi 11/11/2016 à 12:00
Sur les traces néandertaliennes du papillomavirus humain
Parmi les papillomavirus humains, il en existe un particulièrement virulent, capable d'engendrer des cancers du col de l'utérus. Il s'agit du virus HPV16. Afin d'essayer de comprendre pourquoi cette souche virale est plus agressive que les autres, une équipe franco-espagnole a reconstitué son histoire phylogénétique avec une précision inégalée. D'après leur étude, publiée dans la revue Molecular Biology and Evolution, un variant du virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme...) HPV16 aurait évolué chez l'Homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction,...) de Neandertal pendant environ 500 000 ans avant d'être transmis par relation sexuelle à l'Homme moderne sur le continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres...) eurasiatique. Un détour inattendu qui pourrait aider à expliquer la virulence (La virulence désigne le caractère pathogène, nocif et violent d'un micro-organisme (bactérie ou champignon). La virulence d'un pathogène létal est facilement mesurable mais...) de HPV16 et la susceptibilité accrue de certaines personnes face au virus.


Ces travaux permettraient également d'expliquer la répartition géographique actuelle des différents variants des papillomavirus. Tandis que le variant HPV16-A, potentiellement apparus sur le continent eurasiatique, est absent de l'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la...) subsaharienne, il se retrouve dans toutes les autres parties du globe.

Les papillomavirus humain - Human papillomavirus "HPV" en anglais - colonisent notre peau (La peau est un organe composé de plusieurs couches de tissus. Elle joue, entre autres, le rôle d'enveloppe protectrice du corps.) dès notre plus tendre enfance. Et si la plupart de ces petits virus sont bénins pour l'Homme, certaines souches sexuellement transmissibles, plus virulentes que les autres, peuvent induire des cancers. C'est le cas de la souche HPV16 qui est responsable de 80 % des cancers du col de l'utérus (L'utérus est un organe participant aux fonctions reproductrices chez les mammifères dont la femme. C'est une poche dont l'intérieur très vascularisé,...) et de 20 % des cancers oro-pharyngés chez l'homme. "Plusieurs papillomavirus peuvent provoquer des cancers, mais HPV16 - et plus encore le variant HPV16-A - est de loin le plus oncogénique. Et on ne comprend pas pourquoi ", résume Ignacio Bravo, directeur de recherches au Laboratoire Maladies Infectieuses et Vecteurs: Ecologie, Génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et...), Evolution et Contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) (MIVEGEC - CNRS/IRD/UM). Mais pourquoi cette souche possède un tel pouvoir oncogène ? Et pourquoi certaines femmes sont plus vulnérables que les autres à ses attaques ? Pour répondre à ces questions, une équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le cadre social,...) franco-espagnole s'est intéressée à ses origines.

Jusqu'à présent, il était communément admis que le virus HPV16 était apparu chez l'Homme Moderne et qu'il avait quitté le continent Africain avec lui. Or, les travaux menés par Ignacio Bravo et ses collègues offrent une tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) autre version de l'histoire. En effet, en comparant plus de 150 génomes et 1 500 isolats(1) de virus HPV16, et plus de 1 000 génomes humains(1) intégrant des gènes néandertaliens(3), les chercheurs ont pu retracer l'histoire évolutive du virus et apporter un nouvel éclairage sur ses pérégrinations. "D'après nos résultats, une forme ancestrale du virus HPV16 aurait infecté l'ancêtre commun de tous les Hommes. Certains de ces virus seraient sortis d'Afrique avec l'Homme de Neandertal et auraient cohabité avec lui pendant environ 500 000 ans tout en évoluant vers le variant HPV16-A, explique Ignacio Bravo. Les populations d'Hommes Modernes, sorties à leur tour d'Afrique il y a environ 100 000 ans, auraient alors contracté cette forme évoluée du virus en ayant des relations sexuelles avec l'Homme de Neandertal. ".

Tandis que certains virus HPV16 auraient accompagnés l'Homme Moderne tout au long de son histoire, le variant HPV16-A, lui, aurait fait un détour chez l'Homme de Neandertal. "Un détour évolutif qui pourrait peut-être expliquer l'oncogénicité augmenté du virus HPV16 ", souligne Ignacio Bravo. En effet, en se reproduisant avec l'Homme de Neandertal, l'Homme moderne a également intégré dans son génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains...) des gènes néandertaliens impliqués dans la différenciation de la peau et la réponse immunitaire. "Il est très probable que ces gènes augmentent la probabilité pour l'Homme Moderne de développer une infection chronique face au virus HPV16-A, avance le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent...). On se demande si le degré d'intégration de ces gènes néandertaliens au sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale supérieure du torse d'un animal, et en...) du génome ne pourrait pas expliquer pourquoi 1% femmes sont incapables d'éliminer le virus et développent un cancer (Le cancer est une maladie caractérisée par une prolifération cellulaire anormalement importante au sein d'un tissu normal de l'organisme, de telle manière que la...) ", conclut Ignacio Bravo.

Pour compléter l'histoire de ce virus qui est, comme celle de tous les parasites, intimement liée à celle des hommes, les chercheurs espèrent pouvoir retrouver des virus ancestraux dans la peau de momies péruviennes notamment.

Note:
(1) Culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) de souches pures du virus.
(2) Issus de la banque de données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) du Human Genome Diversity Project.
(3) Les populations caucasiennes et asiatiques possèdent entre 1 et 5 % de gènes néandertaliens dans leur génome.



Référence:
Transmission Between Archaic and Modern Human Ancestors During the Evolution of the Oncogenic Human Papillomavirus 16, par Ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être...) N. Pimenoff, Cristina Mendes de Oliveira and Ignacio G. Bravo, publié dans Mol Biol Evol le 07 octobre 2016
DOI: 1093/molbev/msw214

Contact chercheur:
Ignacio G. Bravo, Maladies Infectieuses et Vecteurs: Ecologie, Génétique, Evolution et Contrôle (MIVEGEC) – CNRS/IRD/Univ. Montpellier

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Source: CNRS-INEE
 
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