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Posté par Isabelle le Dimanche 26/02/2017 à 12:00
Le code secret des luthiers
Un conservateur du Musée de la musique et un cryptologue du CNRS percent le code secret d'un atelier de lutherie parisien du XIXe siècle – La clé du code est un mot "musical" – Cette découverte donne accès à d'importantes données sur le marché des violons anciens, notamment la cote des prestigieux instruments de Stradivari.

Un code pour cacher le prix des instruments

Au XIXème siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée...), l'atelier de luthier Gand & Bernardel était l'un des plus grands fournisseurs de violons de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les...) et les musiciens pouvaient y trouver des instruments neufs comme d'occasion parmi lesquels de "grands noms" de la lutherie: Stradivari, Guarneri, Amati, Bergonzi...

L'étude des archives de cet atelier, conservées au Musée de la musique à Paris, et notamment trois registres tenus par Gand & Bernardel, montre que les prix d'achat et prix de réserve des instruments d'occasion sont encodés de manière à cacher ces valeurs aux clients potentiels, et se réserver une position de force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale...) dans les négociations: certains montants sont ainsi notés en lettres.

Le secret: un mot "musical"

Jean-Philippe Echard, conservateur au Musée de la musique et chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de...) au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances...) sur la conservation (CNRS/MHNH/Ministère de la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup...) et de la communication) et Pierrick Gaudry, directeur de recherche au Laboratoire lorrain de recherche en informatique (L´informatique - contraction d´information et automatique - est le domaine d'activité scientifique, technique et industriel en rapport avec le traitement automatique de l'information par des...) et ses applications (LORIA - CNRS/ Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Lorraine/Inria) ont étudié ces registres et révélé le code secret alors utlisé. La clé de ce code est un mot très musical: "HARMONIEUX", chaque lettre remplaçant un chiffre (Un chiffre est un symbole utilisé pour représenter les nombres.) "1234567890", "H" pour 1, "A" pour 2, ... Ce code se veut simple et efficace: facile à convertir rapidement par le marchand-luthier, lui permettant ainsi de mener à bien ses négociations de vente, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en restant indécelable pour le client (Le mot client a plusieurs acceptations :), voire pour les employés de l'atelier !

Le marché de la lutherie et son évolution

Ce déchiffrage, une fois appliqué aux plus de 2 500 transactions recensées dans ces registres, permettra d'avoir une image précisément définie du marché de la lutherie au XIXème siècle, et en particulier de distinguer l'évolution des cotes des plus grands luthiers.

L'histoire du violon de Stradivari, le "Tua"

Dans ces registres figure notamment une transaction concernant l'un des instruments phares de la collection du Musée de la musique: le violon fait par Antonio Stradivari en 1708, connu comme le "Tua".

Le 29 décembre 1885, Teresa Tua, alors âgée de 19 ans et déjà grand espoir du violon, fait l'acquisition (En général l'acquisition est l'action qui consiste à obtenir une information ou à acquérir un bien.) de ce violon auprès de l'atelier Gand & Bernardel, pour un montant de 8 000 francs.

Le déchiffrage du registre nous dévoile que les luthiers l'avaient eux-même acheté pour 5500 francs, le prix affiché était alors de 10 000 francs et le prix plancher (ou de réserve), en-dessous duquel la négociation (La négociation est la recherche d'un accord, centrée sur des intérêts matériels ou des enjeux quantifiables entre deux ou plusieurs interlocuteurs (on ne négocie pas avec soi-même, on délibère), dans un temps limité. Cette recherche d'accord...) ne pouvait descendre, de 8 000 francs.

Teresa Tua fit don de ce prestigieux violon au Musée du Conservatoire de Paris en 1935.

Références:
Echard J.-P., Gaudry P., 2017, A harmonious encoding of instrument values by a nineteenth-century Parisian violin dealer, Cryptologia, pp. 1-11. http://www.tandfonline.com/doi/full/10. ... 16.1257524

Signataires de l'article:
- Jean-Philippe Echard Conservateur au Musée de la musique, Cité (La cité (latin civitas) est un mot désignant, dans l’Antiquité avant la création des États, un groupe d’hommes...) de la musique- Philharmonie de Paris (La Philharmonie de Paris est une salle de concert de 2 400 places, actuellement en construction, principalement consacrée à la musique symphonique, mais qui accueillera aussi...) Centre de Recherche sur la Conservation (CNRS/MNHN/Ministère de la culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) et de la communication)

- Pierrick Gaudry Directeur de recherche CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) au Laboratoire lorrain de recherche en informatique et ses applications
(CNRS/Universite de Lorraine/Inria)


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Source: CNRS