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Posté par Redbran le Jeudi 23/03/2017 à 00:00
Les tours de parole dans la communication humaine
Pour mieux comprendre les fondements interactifs du langage, des chercheurs financés par l'UE examinent les origines du tour de parole et ses implications sur le traitement du langage.

Les langues, quel que soit leur niveau, diffèrent en termes de sons, de structure des mots et par la façon dont les mots sont assemblés pour construire des phrases grammaticales. Malgré ces différences évidentes, il existe pourtant une profonde uniformité dans la façon dont est utilisé le langage. Ceci apparaît le plus clairement dans nos conversations informelles, où nous prenons brièvement la parole (La parole, c'est du langage incarné. Autrement dit c'est l'acte d'un sujet. Si le langage renvoie à la notion de code, la parole renvoie à celle de corps. La parole est...) à tour de rôle, avec de très petits écarts entre les tours de parole.

Le projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et...) INTERACT, financé par l'UE, s'est intéressé à ces écarts afin de mieux comprendre les fondements interactionnels du langage. Les chercheurs ont découvert que ces fondements apparaissent très tôt dans l'ontogenèse, sont indépendants de la langue ou de la modalité, et sont communs à toutes les cultures.

Des découvertes importantes

Au cours du projet, les chercheurs ont fait plusieurs découvertes importantes. Par exemple, ils ont établi que dans une conversation informelle, l'intervalle entre les prises de parole ne dure en moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous...) que 200 millisecondes, et souvent moins. Ce résultat est remarquable car il faut 600 millisecondes pour se préparer à prononcer ne serait-ce qu'un seul mot, et 1 500 pour préparer les phrases les plus simples. "Cela signifie que nous jouons la montre en prédisant comment le locuteur actuel conclura son tour et que nous commençons à produire nos propres mots dès que nous avons assez d'informations pour le faire", déclare Stephen Levinson, coordinateur du projet INTERACT. "Dans le même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), même si nous nous préparons à parler, nous devons cependant rester à l'écoute (Sur un voilier, une écoute est un cordage servant à régler l'angle de la voile par rapport à l'axe longitudinal du voilier et en conséquence l'angle d'incidence du vent sur la voile....), afin de vérifier notre prévision et d'intervenir au moment opportun. Ce mode de fonctionnement multitâche (Un système d'exploitation est multitâche (en anglais : multi-task) s’il permet d’exécuter, de façon apparemment simultanée, plusieurs programmes informatiques. On parle également de...) est très exigeant sur le plan cognitif."

Pour comprendre le défi cognitif que représentent les tours de parole, le projet s'est particulièrement intéressé au développement du langage chez les enfants. "Les nourrissons en phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) pré linguistique répondent relativement vite avec des vocalisations simples mais lorsqu'ils apprennent à parler, le temps qu'ils prennent pour répondre s'allonge pour atteindre trois à quatre fois celui des adultes, et ne raccourcit que plus tard au cours de l'enfance", explique M. Levinson.

Selon M. Levinson, pour répondre de façon appropriée, les enfants doivent apprendre à reconnaître si leur tour de parole doit, par exemple, répondre une question ou une sollicitation. "À un très jeune âge, les enfants deviennent sensibles à des indices souvent très indirects", déclare-t-il.

Étudier le passé pour comprendre l'avenir

En se basant sur ses recherches, le projet INTERACT a déterminé que le timing des tours de parole est plus ou moins constant à travers les langues et les cultures. Il est également le même pour les langues des signes non parlées. "Le développement précoce dans l'enfance et le caractère universel du système suggèrent qu'il peut s'agir d'une plateforme mise en place dès les origines du langage", déclare M. Levinson. "Les tours de parole existent en effet dans l'ordre des primates (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade regroupe les singes - dont l'homme - ainsi...) et, chez les grands singes communiquant de façon non vocale, les tours de parole présentent un timing très similaire."

Les chercheurs du projet ont également déterminé que l'existence de ce système interactionnel peut être mise en évidence grâce au contraste entre des syndromes cognitifs humains tels que l'autisme (Le terme autisme tend a désigner aujourd'hui un trouble affectant la personne dans trois domaines principaux:), où il est altéré, et le syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des circonstances cliniques d'écart à la norme pas nécessairement...) de Down, où il ne l'est pas (même si on observe parfois des défauts d'élocution).

"Notre recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également...) pour mieux comprendre le système d'interactivité (L'interactivité est une activité nécessitant la coopération de plusieurs êtres ou systèmes, naturels ou artificiels qui agissent en ajustant leur comportement.) de la parole humain devrait contribuer à la recherche médicale (La recherche médicale se divise en recherche fondamentale et clinique.) mais elle sera surtout essentielle pour améliorer l'interaction (Une interaction est un échange d'information, d'affects ou d'énergie entre deux agents au sein d'un système. C'est une action réciproque qui suppose l'entrée en contact de sujets.) homme-machine", conclut M. Levinson.

Pour plus d'information voir: INTERACT (The Interaction Engine: Interactive foundations for communication)

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Source: CORDIS-Europa