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Posté par Adrien le Mercredi 24/05/2017 à 00:00
Du contexte au cortex: à la découverte des neurones sociaux
L'existence de nouveaux neurones sociaux vient d'être mise en évidence par des chercheurs de l'Institut de neurosciences des systèmes (Aix-Marseille Université/Inserm), du Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (Université Clermont Auvergne/CNRS) et de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un...) de neurosciences de la Timone (Aix-Marseille Université/CNRS). Ces recherches menées chez le singe (Un singe (du latin simius, pluriel Simia) est un animal faisant partie du groupe constitué par l'ordre des primates. Parmi les primates, il n'est pas...) ont montré que lorsque l'animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances...) est amené à réaliser une tâche, des neurones différents s'activent selon la présence ou non d'un congénère. Ces résultats, publiés dans la revue Social Cognitive and Affective Neuroscience (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et médicales qui étudient tous les aspects, tant normaux que...), améliorent notre compréhension du cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses...) social et permettent de mieux comprendre le phénomène de facilitation sociale (1).


Figure 1: Cette image illustre une mobilisation différente des neurones sociaux et asociaux, selon que le singe qui effectue la tâche sur l'écran tactile se trouve en présence ou en absence de son congénère.
© M.Demolliens

Un enjeu majeur des neurosciences est de comprendre le fonctionnement du cerveau dans son environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le...) social. La collaboration inédite d'un spécialiste de la neurophysiologie (La neurophysiologie est l'étude des fonctions du système nerveux, reposant sur tous les niveaux de description, du niveau moléculaire...) du primate avec un spécialiste de psychologie sociale expérimentale vient de révéler l'existence de deux nouvelles populations de neurones dans le cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) préfrontal: des « neurones sociaux » et des « neurones asociaux ».

La plupart des aires (Aires (en espagnol, les airs) est une compagnie aérienne intérieure de Colombie.) cérébrales sont associées à des tâches spécifiques. Certaines, connues pour être spécialisées dans le traitement de l'aspect social des informations, constituent le cerveau social. Dans le cadre de la thèse de Marie Demolliens (2), Driss Boussaoud et Pascal Huguet, chercheurs CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).), ont proposé à des singes une tâche durant laquelle ils devaient associer une image (présentée sur un écran) à l'une des quatre cibles qui leur étaient également présentées (aux quatre coins de l'écran). Cette tâche associative implique le cortex pré-frontal mais pas les aires cérébrales dites sociales. Les chercheurs ont alors enregistré de manière quotidienne l'activité électrique de neurones dans cette région cérébrale pendant que les singes réalisaient la tâche demandée en présence ou en l'absence d'un congénère.

Bien que les neurones enregistrés dans le cortex préfrontal soient avant tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) impliqués dans la réalisation de la tâche visuo-motrice, l'étude a révélé que la plupart se montrent sensibles à la présence ou l'absence du congénère. Ainsi, certains neurones ne s'activent fortement sur la tâche proposée que lorsque le congénère est présent (d'où leur nom de « neurones sociaux ») alors que d'autres ne s'activent fortement qu'en l'absence du congénère (« neurones asociaux »). De manière encore plus surprenante, plus les neurones sociaux s'activent en présence du congénère, plus le singe réussit la tâche proposée. Les neurones sociaux sont donc à la base de la facilitation sociale. De même, plus les neurones asociaux s'activent en l'absence du congénère, plus le singe réussit la tâche proposée (cependant moins bien qu'en condition de présence du congénère et donc d'activation (Activation peut faire référence à :) des neurones sociaux). Les chercheurs ont également montré que si les neurones sociaux s'activent en l'absence du congénère ou si les neurones asociaux s'activent en sa présence (deux cas beaucoup plus rares), la performance du singe diminue.

Ces travaux révèlent l'importance du contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les...) social dans le fonctionnement de l'activité neuronale et ses conséquences comportementales: pour une même tâche, le cerveau n'utilise pas nécessairement les mêmes neurones selon la présence ou non d'un congénère. Les neurones sociaux pourraient ainsi ne pas être réductibles aux régions cérébrales réputées éminemment sociales mais être distribués à l'échelle du cerveau tout entier pour permettre la réalisation de différentes tâches (qu'elles soient sociales ou non). Ce résultat permet de repenser le cerveau social ainsi que certains troubles du comportement caractéristiques de l'autisme (Le terme autisme tend a désigner aujourd'hui un trouble affectant la personne dans trois domaines principaux:) ou de la schizophrénie.

Notes:

(1) La facilitation sociale est observable (Dans le formalisme de la mécanique quantique, une opération de mesure (c'est-à-dire obtenir la valeur ou un intervalle de valeurs d'un paramètre physique, ou plus...) chez toutes les espèces vivant en groupe (espèces sociales). Elle correspond à l'amélioration de la performance pour une activité en présence d'un congénère.

(2) Sous la co-direction de Driss Boussaoud et de Pascal Huguet.


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Source: CNRS
 
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