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Posté par Adrien le Mercredi 21/06/2017 à 00:00
Comment le chat a conquis le monde
Le chat domestique actuel est un lointain descendant du chat sauvage présent au Proche-Orient au début du Néolithique. Des chercheurs de l'Institut Jacques Monod retracent pour la première fois son parcours et montrent comment le félin a suivi la population d'agriculteurs depuis le Croissant fertile jusqu'à l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire comme une des...).

Le chat (Le chat domestique (Felis silvestris catus) est un mammifère carnivore de la famille des félidés. Il est l’un des principaux animaux de...) a décidément la cote auprès des humains: avec près de 13 millions de chats domestiques en France, la population féline ne cesse d'augmenter et dépasse largement celle des chiens dans l'Hexagone (Un hexagone (du grec hexi = six et gonia = angle) est un polygone à six sommets et six côtés. Les angles internes d'un hexagone régulier...). Mais combien de maîtres savent que leur ronronnant compagnon ne descend pas des chats sauvages européens (Felis silvestrissilvestris), comme certains pourraient l'imaginer, mais vient d'horizons (Conceptuellement, l’horizon est la limite de ce que l'on peut observer, du fait de sa propre position ou situation. Ce concept simple se décline en physique, philosophie,...) bien plus lointains: le Proche-Orient (Le Proche-Orient est une région d'Asie et d'Afrique comprenant les pays du sud-est du bassin Levantin (mer Méditerranée). On l'englobe souvent dans le Moyen-Orient. Un synonyme plus ancien...), berceau de l'agriculture dix millénaires avant notre ère ? "Le chat s'est rapproché de l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est...) pour des raisons évidentes d'intérêts convergents: il a été attiré dans les villages par l'afflux de rongeurs que les stocks de grains d'orge et de blé (« Blé » est un terme générique qui désigne plusieurs céréales appartenant au genre Triticum. Ce sont des plantes annuelles de la...) ne manquait pas de provoquer", racontent Eva-Maria Geigl et Thierry Grange, chercheurs spécialistes de paléogénétique à l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter...) Jacques Monod. L'être humain lui-même n'y aurait trouvé que des avantages: non seulement il était débarrassé des rats, mais aussi des serpents et d'autres espèces venimeuses que Felis silvestris lybica, le chat sauvage d'une vaste zone allant de l'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et...) du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) au sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) de l'Anatolie, mettait également à son menu.

Les indices historiques et archéologiques accréditaient depuis longtemps cette hypothèse du rapprochement, et plus si affinités, entre le chat et l'homme dès les débuts de l'agriculture. "Un squelette (Le squelette est une charpente animale rigide servant de support pour les muscles. Il est à la base de l'evolution des vertébrés. Celui ci leur a fourni un...) de chat a été trouvé à Chypre (Chypre (grec Κύπρος ; turc Kıbrıs) est une île située dans le Bassin Levantin qui constitue la partie la plus orientale de la mer Méditerranée; souvent...) dans une tombe d'enfant datant de 7500 avant Jésus-Christ, détaillent les deux chercheurs. Une tombe contenant exclusivement les ossements de plusieurs chats non apparentés a été mise au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à...) dans un cimetière égyptien remontant à 4500 ans avant Jésus-Christ environ. Après l'avoir déifié et en avoir fait un auxiliaire de Râ, le dieu du soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile de type naine...), l'iconographie égyptienne fait figurer le félin dans des scènes de chasse dès le 2e millénaire (Un millénaire est une période de mille années, c'est-à-dire de dix siècles.) avant Jésus-Christ, puis on le voit apparaître dans la maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un...), sous la chaise de l'homme ou de la femme, parfois même équipé d'un collier."

Autant de signes qui semblent attester que l'homme a très tôt adopté le félin. Les études de génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le génome est porté par des molécules d'ARN)....) conduites sur des chats modernes - chats domestiques, chats sauvages européens (silvestris) et moyen-orientaux (lybica) - confirmaient de leur côté la proximité génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) entre le chat domestique actuel et lybica. Mais quand la domestication avait-elle eu lieu et quel était le scénario de la diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un...) du chat ? Le mystère restait entier.


© Michel Rauch - Alain Mafart-Renodier / Biosphoto

Une lacune que l'étude qui paraît aujourd'hui dans NatureEcology and evolution comble enfin, grâce à une vaste étude de paléogénétique menée sur plus de 230 individus anciens, sur une période s'échelonnant de 10 000 avant le présent jusqu'à la première moitié du XXe siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être l'âge du...). "On a des spécimens de chats sauvages européens vieux de 9000 ans, des chats des Balkans remontant à 6000 ans, des individus d'Anatolie compris entre 6000 ans avant le présent et la fin de l'empire ottoman...", énumèrent les chercheurs, qui ont également analysé des dizaines de chats momifiés en Egypte à l'époque ptolémaïque (IIIe au Ier siècle avant Jésus-Christ). "Mais seuls six ont donné des résultats. L'ADN des autres était trop fortement dégradé du fait des mauvaises conditions de conservation dans ces régions chaudes et arides."

Plus précisément, les chercheurs se sont focalisés sur l'ADN mitochondrial des individus (à la différence de l'ADN nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte :) qui se trouve dans le noyau de la cellule, l'ADN mitochondrial code pour les protéines et les ARN spécifiques au fonctionnement des mitochondries, ces éléments de la cellule responsables de la production énergétique cellulaire). "Le gros avantage de ce marqueur génétique est qu'il est transmis exclusivement par la mère, expliquent Eva-Maria Geigl et Thierry Grange. C'est donc un excellent indicateur de suivi des populations."

Leurs résultats sont sans appel: c'est bien lybica qui est l'ancêtre des chats domestiques actuels. Mais à leur grande surprise, ce n'est pas une, mais deux vagues de domestication que les chercheurs ont pu mettre au jour ! "La première vague (Une vague est un mouvement oscillatoire de la surface d'un océan, d'une mer ou d'un lac. Les vagues sont générées par le vent et ont une amplitude crête-à-crête allant de quelques...) arrive au moment de la néolithisation de l'Europe, il y a 5000-6000 ans. On voit se généraliser à tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens propre, ce terme désigne une vaste étendue...) la signature génétique de la variante anatolienne de lybica." Le chat a-t-il suivi les populations d'agriculteurs originaires du Croissant fertile, ou est-ce les humains qui l'ont emmené avec eux ? "Difficile à dire, répondent les chercheurs. Les deux, très probablement !"

La deuxième vague lui succède à partir de l'Antiquité classique: "on voit naître un formidable engouement pour le chat égyptien, que l'historien grec Hérodote (Ve siècle avant Jésus-Christ) a d'ailleurs mentionné dans ses écrits", soulignent les chercheurs. La mode du chat égyptien gagne rapidement le monde (Le mot monde peut désigner :) antique grec et romain, et bien au-delà, puisqu'on le retrouve jusque dans les ports vikings de la Baltique, entre 500 et 800 après Jésus-Christ ! Sa diffusion emprunte notamment les voies maritimes, de commerce mais aussi de guerre. "On sait par exemple que les navires de guerre romains embarquaient des chats afin de lutter contre les rongeurs qui détruisaient leurs réserves et leurs équipements." Mais toutes les modes passent... Après un pic au début de l'Empire ottoman, on voit ensuite régresser la signature génétique du chat égyptien dans la population de chats domestiques.

Si les généticiens ont pu écrire le scénario de la diffusion du chat, il leur est plus difficile d'affirmer avec certitude le moment où la domestication s'est réellement opérée. "Contrairement à d'autres espèces qui ont été profondément modifiées par les êtres humains, comme le chien (Le chien (Canis lupus familiaris) est un mammifère domestique de la famille des canidés, proche du loup et du renard. Autrefois regroupé dans une espèce à part entière, connue...) par exemple, le chat domestique reste génétiquement assez proche du chat sauvage", notent Eva-Maria Geigl et Thierry Grange. C'est que les services qu'il a rendus aux humains - au premier rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par cette famille. Le théorème du rang lie le rang et la dimension du noyau d'une application linéaire définie sur...) desquels, l'éloignement des rongeurs - ne demandaient pas de pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) de sélection particulière...


© Cat mummy / De Agostini Picture Library / G. Dagli Orti / Bridgeman Images

Les chercheurs se sont néanmoins penchés sur l'un des rares marqueurs génétiques de la domestication chez le chat: la couleur (La couleur est la perception subjective qu'a l'œil d'une ou plusieurs fréquences d'ondes lumineuses, avec une (ou des) amplitude(s)...) du pelage. "Le gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un...) qui code pour les tâches, ou marbrures, n'existe que chez le chat domestique, le pelage du chat sauvage étant, lui, exclusivement tigré". Surprise: les tâches apparaissent sous l'Empire ottoman seulement, vers les XIe-XIIe siècles. "C'est très tardif par rapport à d'autres espèces. Mais si c'est une preuve irréfutable de sélection exercée par l'homme, cela ne marque en rien le début du compagnonnage du chat et de l'être humain, qui est bien plus ancien." Et les chercheurs d'ajouter, dans un sourire: "D'ailleurs, est-ce qu'on peut vraiment parler de domestication du chat, encore aujourd'hui ?" La boutade n'en est pas seulement une: il arrive régulièrement que des chats domestiques redeviennent sauvages... C'est la raison pour laquelle on retrouve d'infimes traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité de la...) de lybica dans le génome du chat sauvage européen actuel. Sacrés félins.

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Source: Laure Cailloce, pour CNRS Le Journal - CNRS-INSB