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Posté par Adrien le Lundi 26/06/2017 à 00:00
Sur les parois rocheuses du lointain passé

Photo: David Pearce
Au Lesotho, Adelphine Bonneau prélève un échantillon de peinture rupestre pour sa datation par le radiocarbone.
Adelphine Bonneau a contribué à la datation précise de peintures rupestres vieilles de plus de 5 000 ans dans le sud de l'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la...)

Pour la première fois, une équipe d'archéologues a réussi à dater de manière fiable des peintures réalisées il y a plus de 5 000 ans sur des parois rocheuses du sud de l'Afrique. La nouvelle a paru en mai dans la revue Nature. L'article journalistique faisait suite à la récente parution d'un article scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.) dans la revue savante Antiquity.

«L'étude sur le terrain a été effectuée durant mon doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Selon les pays et les époques,...) par une équipe de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par...) que je dirigeais, explique Adelphine Bonneau, actuellement chercheuse postdoctorale au Laboratoire d'archéologie historique de l'Université Laval et auteure principale de l'article. Nous avons étudié une soixantaine de sites en Afrique du Sud, au Lesotho et au Botswana. Nous avons daté 14 sites dans des lieux isolés, des abris sous roche (La roche, du latin populaire rocca, désigne tout matériau constitutif de l'écorce terrestre. Tout matériau entrant dans la composition du sous-sol est formé par un assemblage de minéraux,...) dont les renfoncements ont relativement bien protégé les peintures au cours des siècles. Les peintures monochromes et polychromes datées ont 5 700 ans pour les plus anciennes. Les artistes appartenaient au peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.) San, des chasseurs-cueilleurs.»

Dans le sud de l'Afrique, déterminer l'âge précis d'une peinture préhistorique a toujours représenté un défi pour les archéologues. Après une aussi longue période de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), des contaminants, comme des bactéries, ou des altérations dues aux intempéries, notamment l'oxalate de calcium, sorte de vernis naturel, de couche protectrice, ont recouvert la peinture. Si les contaminants comprennent du carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.), celui-ci peut nuire à la procédure de datation qui se fait à l'aide de carbone 14 (Le carbone 14 est un isotope radioactif du carbone, noté 14C.). Par ailleurs, la peinture elle-même peut ne pas contenir suffisamment de carbone pour la datation, considérant la pauvreté de cet élément dans la peinture noire employée.

Les chercheurs ont innové en définissant des protocoles rigoureux. Leur approche touchait à la collecte des échantillons, à la caractérisation des échantillons de peinture et à la préparation en vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) de la datation au carbone 14. Ces étapes se sont déroulées entre les sites préhistoriques et des laboratoires d'Afrique du Sud, d'Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006), qui...) et du Québec. D'abord, on a prélevé de minuscules échantillons, de la taille d'une tête d'épingle, inférieurs à un millimètre carré. Le prélèvement allait de la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est souvent...) à la couche de peinture. Ensuite, on a déterminé leur composition physico-chimique en laboratoire. S'il y avait présence de carbone, on allait de l'avant sur le terrain en prélevant un plus grand échantillon pour analyse. L'étape suivante a consisté à débarrasser la peinture de ses contaminants de surface. Ne restait alors que la datation, qui s'est effectuée à l'Université d'Oxford.

Adelphine Bonneau était membre du Groupe de recherche en archéométrie de l'Université Laval. À ce titre, elle a pu utiliser, pour une partie de ses analyses, des instruments sophistiqués au Laboratoire de microanalyse du Département de géologie et de génie géologique. Un de ces instruments était le spectromètre Raman. Un autre était le microscope à balayage électronique. «Je voulais comprendre comment les artistes San avaient travaillé leurs matières premières, souligne-t-elle. Les grains qui composaient la peinture étaient-ils fins et homogènes ? J'ai aussi pu déterminer quels éléments chimiques se trouvaient dans l'échantillon, notamment l'oxyde (Un oxyde est un composé de l'oxygène avec un élément moins électronégatif, c'est-à-dire tous sauf le fluor. Oxyde...) de fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie quotidienne, sous forme pure ou...) pour les rouges et les jaunes.»

Les couleurs dominantes sont le rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.), le jaune (Il existe (au minimum) cinq définitions du jaune qui désignent à peu près la même couleur :) et le blanc (Le blanc est la couleur d'un corps chauffé à environ 5 000 °C (voir l'article Corps noir). C'est la sensation visuelle obtenue avec un spectre lumineux continu, d'où l'image que l'on en donne...), ainsi qu'un peu de noir. «Le rouge et le jaune adhèrent particulièrement bien et longtemps à une paroi rocheuse, indique la postdoctorante. Pour leur palette, les artistes San savaient quoi aller chercher. Il existait plusieurs argiles différentes pour les nuances de rouge. Le blanc provenait d'argile (L'argile (nom féminin) est une roche sédimentaire, composée pour une large part de minéraux spécifiques, silicates en général d'aluminium plus ou...) blanc, mais aussi de la craie et du plâtre. Le noir, lui, était tiré du charbon, de la suie et de la graisse (La graisse est un corps gras se présentant à l'état solide à température ordinaire. Le terme s'oppose aux huiles qui se présentent sous forme...) brûlée.»

Sur les parois rocheuses étudiées, les artistes du lointain passé ont représenté différentes espèces animales de la savane, en particulier des antilopes appelées élands. Des formes humaines, vraisemblablement des chamans, sont également reconnaissables. «On va de la figure humaine de 3 centimètres de haut à des animaux de 5 mètres de long par 3 mètres de haut, dit-elle. Sur un même site, une scène toute petite côtoie un énorme éland de 2 mètres de long. C'est très épars et très hétérogène. On voit également plein de superpositions de couches de peinture. À certains endroits, on compte 5 ou 6 peintures les unes sur les autres.»

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Source: Yvon Larose - Université Laval