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Posté par Redbran le Jeudi 14/09/2017 à 12:00
Le chien aurait été domestiqué en une seule fois
Le chien aurait été domestiqué en une seule fois, il y a entre 20 000 ans et 40 000 ans.

Ces résultats, publiés dans Nature Communications, vont à l'encontre d'une étude controversée de 2016 qui suggérait que les chiens avaient été domestiqués en deux épisodes distincts. Ils appuient des recherches précédentes qui repoussaient la période de domestication du chien (Le chien (Canis lupus familiaris) est un mammifère domestique de la famille des canidés, proche du loup et du renard. Autrefois regroupé dans une espèce à part entière, connue sous le nom scientifique de Canis canis ou...) à 40 000 ans avant notre ère.

Cette nouvelle étude, à laquelle a participé l'archéozologue Rose-Marie Arbogast(1), est basée sur l'analyse du génome (Le génome est l'ensemble du matériel génétique d'un individu ou d'une espèce codé dans son ADN (à l'exception de certains virus dont le...) complet (à partir de prélèvements sur l'os du rocher, un élément de l'oreille (L'oreille est l'organe qui sert à capter le son et est donc le siège du sens de l'ouïe, mais elle joue également un rôle important dans l'équilibre. Le mot peut référer au système...) interne) de deux chiens datés du Néolithique découverts sur des sites archéologiques en Allemagne. Le premier provient du site de Herxheim, dans le Palatinat, daté de la fin du VIè millénaire (Un millénaire est une période de mille années, c'est-à-dire de dix siècles.) av. J.-C. qui correspond à une enceinte, à vocation probablement cérémonielle, attribuée à la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup de...) à céramique (Premier « art du feu » à apparaître (avant la métallurgie et le travail du verre), la céramique désigne l’ensemble des objets fabriqués en terre qui ont subi une transformation physico-chimique irréversible au cours...) linéaire(2). Le deuxième provient, d'un niveau d'occupation daté du Néolithique final du site de la Kirschbaumhöhle, en Franconie (3). Les données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) provenant d'un spécimen de chien vieux de 5 000 ans retrouvé en Irlande sur le site de New grange ont également été intégrées. Les données sur les séquences de génomes anciens ont ensuite été comparées avec les données génétiques provenant de 6 649 canidés, incluant des chiens modernes et des loups. L'analyse montre une continuité (En mathématiques, la continuité est une propriété topologique d'une fonction. En première approche, une fonction est continue si,...) entre les lignées anciennes de chiens européens et avec les populations récentes contredisant l'hypothèse d'un remplacement des populations de chiens européens par des chiens d'origine asiatique au cours du Néolithique, postulée par une étude précédente parue dans Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens...) en 2016.

Les données paléogénétiques montrent aussi que les chiens néolithiques présentent la plupart des caractéristiques associées à la domestication mais que l'adaptation à un régime riche en amidon (L'amidon (du latin amylum, non moulu) est un glucide complexe (polyoside) composé de chaînes de molécules de D-Glucose. Il s'agit d'une...) est probablement arrivée plus tardivement. Les données réunies dans cette étude permettent d'estimer que les chiens et les loups ont divergé génétiquement il y a entre 36 900 ans et 41 500 ans, et que les chiens de l'Est et de l'Ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).) se sont séparés entre 17 500 à 23 900 ans. D'après ces résultats, la période de domestication doit avoir eu lieu entre ces deux événements, c'est-à-dire quelque part entre 20 000 et 40 000 ans. Ces dates sont contradictoires avec l'hypothèse d'une double domestication du chien proposée dans l'étude publiée dans Science en 2016. Cette étude comparait des séquences génétiques de 59 chiens anciens, dont celui d'Irlande, et en a déduit que les populations de chiens de l'Est et de l'Ouest se sont séparées, il y a 6 400 à 14 000 ans. Cette séparation (D'une manière générale, le mot séparation désigne une action consistant à séparer quelque chose ou son résultat. Plus particulièrement il est employé...) s'étant produite des milliers d'années après la première apparition du chien connue en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...) et en Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou...) de l'Est, l'équipe avait suggéré que le processus de domestication avait dû se dérouler à peu près en même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.). Si cette nouvelle étude apporte un peu de clarté sur la chronologie et les modalités de la domestication du chien, elle ne clôt pas le débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis,...), toujours très vif, au sujet de l'origine et de l'ancienneté du meilleur, si ce n'est du plus vieil, ami de l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...).

Cette recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne...) a pu aboutir grâce à la collaboration étroite entre des archéologues, des archéozoologues et des paléogénéticiens et ce partenariat sera aussi déterminant pour réunir des données supplémentaires relatives aux génomes d'autres anciens chiens pour continuer à faire avancer la recherche sur cette question de la première domestication animale.


Restes osseux de chiens du site de Herxheim ©R.-M. Arbogast
L'un des restes de chien impliqué dans cette étude, a été découvert dans le remplissage du fossé interne (En France, ce nom désigne un médecin, un pharmacien ou un chirurgien-dentiste, à la fois en activité et en formation à l'hôpital ou en cabinet...) du site de Herxheim (Palatinat, Allemagne). Cette structure a livré un important ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) de restes osseux dont l'une des caractéristiques les plus remarquables réside dans l'importante représentation du chien auquel se rapportent un peu plus de 250 restes ce qui représente, pour le Néolithique ancien d'Europe occidentale, la série d'ossements la plus importante disponible pour cet animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances...).

Ces ossements de chien proviennent de toutes les parties du squelette (Le squelette est une charpente animale rigide servant de support pour les muscles. Il est à la base de l'evolution des vertébrés. Celui ci...) avec une sur-représentation marquée des parties crâniennes par rapport au rachis et aux membres. Les mandibules qui correspondent à la partie squelettique la plus représentée attestent la présence d'au moins 13 d'individus. La répartition de ces ossements de chien au sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale supérieure du torse d'un animal, et en particulier celle des mammifères qui...) du fossé interne est marquée par la présence de concentrations formées d'éléments anatomiquement proches (crâne et vertèbres cervicales, tronçon de colonne vertébrale (La colonne vertébrale, ou rachis, est un empilement d'os articulés appelés vertèbres. Elle est le support du dos des vertébrés, notamment des mammifères. C'est sur la...), éléments de membres...) correspondant à des parties de squelettes dont certaines encore en connexion anatomique. Ces ossements sont par ailleurs peu fragmentés et présentent des marques de brûlures et des traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité...) de découpe. Ces caractéristiques suggèrent qu'il s'agit de restes d'animaux qui ont été préparés pour la consommation et qui ont fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une étiquette verbale. Il...) de diverses préparations (découpe en quartiers, cuisson par rôtissage à la flamme...). Ces restes de chien se retrouvent mêlés à d'autres restes d'animaux ainsi qu'à de très nombreux ossements humains dont l'état de fragmentation systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour objet de dénombrer et de classer les taxons dans un certain ordre, basé sur des principes divers. Elle ne doit pas être confondue avec la...) et très intense, la présence de nombreuses traces de désarticulation, de découpe et de raclage des chairs, attestent de pratiques de cannibalisme (Boulestin et al. 2009, Boulestin et Coupey 2015).

D'après les caractéristiques biométriques (mesures de largeurs et de longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de l’objet complètement...) des ossements et des dents), les restes de chiens de Herxheim se distinguent de ceux de loups de sites datés du Néolithique (Arbogast et al. 2005) par leurs dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur, ou bien son diamètre si c'est une pièce de...) relativement modestes. Les mesures de la première molaire s'inscrivent parfaitement dans les limites de variation des dents de chiens d'autres sites néolithiques et se distinguent de celles de dents de loups par leurs mensurations nettement moins importantes. Les mesures de longueurs disponibles pour la plupart des os longs, permettent d'estimer la hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) au garrot de ces animaux à environ 46 cm, soit une stature (La taille humaine ou stature, est la hauteur d'un être humain. En général, si on la compare aux autres données anthropométriques, la stature varie peu...) assez proche de celle de chiens d'autres sites du Néolithique ancien mais plus importante que celle relevée sur des sites néolithiques plus récents (Arbogast et al. 2005). Cette différence peut s'expliquer par une évolution des chiens de Herxheim moins marquée par les effets de la domestication et de la diminution de taille qui en est un des marqueurs les plus caractéristiques.

Notes:
(1). UMR 7044 CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).), ARCHIMEDE Université de Strasbourg (L’université de Strasbourg (UDS) est une université française située à Strasbourg en Alsace. Son origine remonte à la création...) et Musée zoologique de Strasbourg
(2). 14C 5,223–5,040 cal. BCE(95.4%) 6186±30, calibrated with OxCal 4.2 (ref. 36) using the IntCal13 calibration curve37
(3). 14C 2,900-2,632 cal. BCE (95.4%) (Erl-18378: 4194±45, calibrated with OxCal 4.2 usingthe IntCal13 calibration curve).


Référence publication:
Arbogast et al. 2005: ARBOGAST R.-M., Deschler-Erb S., Marti-Grädel E., Plüss P., Hüster-Plogmann H. et Schibler J. 2005. Du loup (Canis lupus, est l'espèce de loups de la famille des Canidés la plus répandue. Elle a plusieurs noms vernaculaires : Loup gris, Loup commun, Loup vulgaire ou encore Loup, tout court. L'espèce a...) au "chien des tourbières". Les restes de canidés sur les sites lacustres entre Alpes et Jura. Revue de Paléobiologie (La paléobiologie, étude de la vie des temps passés, permet de reconstituer l'histoire des êtres vivants. Cette histoire donne aussi des indices sur les mécanismes...) (déc 2005), vol spéc. 10, p. 171-183. Boulestin B. & Coupey A.-S. 2015: Cannibalism in the Linear Pottery Culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :):The Human Remains from Herxheim. Archaeopress Archaeology, Oxuniprint, Oxford, 144 p. Boulestin B., Zeeb-Lanz A., Jeunesse C. , Haack F., Arbogast R.-M. et Denaire A. 2009. "Mass cannibalism in the Linear Pottery Culture at Herxheim (Palatinate, Germany)", Antiquity, 83, 322, p. 968-982

Contact chercheur:
Rose-Marie Arbogast
En savoir plus sur l'unité Archéologie et Histoire Ancienne: Méditerranée et Europe (ARCHIMEDE)

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Source: CNRS-INSHS