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Posté par Isabelle le Lundi 04/12/2017 à 12:00
Le chaînon manquant entre stress social et dépression
L'inflammation causée par un stress social chronique peut entrouvrir la porte qui protège le cerveau

Une étude qui vient d'être publiée dans Nature Neuroscience jette un nouvel éclairage sur le lien entre le stress social chronique et l'apparition de symptômes de type dépressif. Cette étude, dont la première auteure est Caroline Ménard, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les...) CERVO, révèle que le processus inflammatoire déclenché par un stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis à des contraintes environnementales. Dans le langage courant, on parle de...) chronique comme l'intimidation sociale altère l'étanchéité de la barrière qui sépare le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du...) et la circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles sur une route.) sanguine périphérique - la barrière hématoencéphalique (BHE) -, ouvrant la porte à des molécules pro-inflammatoires qui favorisent l'apparition de symptômes de type dépressif.

On savait déjà que les personnes souffrant de dépression ont une réponse immunitaire exacerbée. On savait aussi que le stress chronique, incluant l'intimidation sociale, provoque des changements dans la réponse immunitaire. «Notre étude visait à mieux comprendre le lien entre le stress social chronique, la réponse inflammatoire sous-jacente et le développement de symptômes liés à la dépression», résume la professeure Ménard.


Le stress social chronique provoque des altérations de la barrière hématoencéphalique chez les souris déprimées (image du bas) permettant le passage entre les cellules endothéliales (en rouge) de molécules pro-inflammatoires, l'interleukine-6 (en vert), du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart...) vers le cerveau. Les souris résilientes au stress (image du haut) maintiennent une barrière hématoencéphalique imperméable et des comportements normaux, notamment des interactions sociales.
Photo: Caroline Ménard

En point (Graphie) de mire (Une mire est un dispositif permettant la mesure des paramètres d'un système de reproduction d'images.) des chercheurs, la BHE, une structure qui filtre (Un filtre est un système servant à séparer des éléments dans un flux.) le passage des molécules et des microorganismes entre la circulation sanguine périphérique et le cerveau. Cette barrière est formée de cellules tapissant l'intérieur de capillaires sanguins dans certaines régions du cerveau. Son étanchéité est assurée par les jonctions serrées qui agissent comme «ciment (Le ciment (du latin caementum, signifiant moellon, pierre de construction) est une matière pulvérulente, formant avec l’eau ou avec une solution saline une...)» entre ces cellules. L'une des plus importantes protéines des jonctions serrées est la claudine-5. «Sans cette protéine, la barrière hématoencéphalique s'ouvre. Une étude a démontré que les souris dépourvues de claudine-5 survivent moins de 10 heures (L'heure est une unité de mesure  :)», précise la professeure Ménard.

Pour réaliser leurs travaux, les chercheurs ont utilisé un modèle animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de substances...) de stress social chronique. Chaque souris expérimentale était placée à répétition dans une cage où se trouvait, de l'autre côté d'un séparateur, une grosse souris agressive. L'examen microscopique d'une région du cerveau impliquée dans le plaisir et le contrôle de l'humeur a révélé que la morphologie de la BHE est altérée chez les souris devenues stressées à la suite de cette exposition. «Contrairement à ce que l'on observe chez les souris résilientes, il y a un élargissement des jonctions serrées, explique Caroline Ménard. La porte qui donne sur leur cerveau est entrouverte.»

Les analyses des chercheurs ont montré que le niveau de claudine-5 dans cette région du cerveau était 50% plus faible chez les souris stressées que chez les autres souris. L'altération de la BHE chez les souris stressées de même que chez des souris chez qui les chercheurs avaient bloqué la production de claudine-5 a été suivie par l'entrée dans le cerveau de molécules pro-inflammatoires et par l'apparition de symptômes de type dépressif, notamment l'isolement social. Pour déterminer si un mécanisme semblable pouvait être présent chez l'humain, les chercheurs ont fait appel à des banques de cerveaux post mortem. Leurs analyses ont montré que les niveaux de claudine-5 étaient 50% plus bas chez les 39 personnes qui souffraient de dépression majeure au moment de leur décès que chez les 24 sujets du groupe témoin.

«Notre étude est la première à démontrer que l'inflammation (Une inflammation est une réaction de défense immunitaire stéréotypée du corps à une agression : infection, brûlure,...) périphérique induite par un stress social chronique peut influencer directement le cerveau en altérant l'intégrité de la barrière hématoencéphalique. Elle confirme également le rôle central de l'inflammation dans le développement de symptômes dépressifs», résume la professeure Ménard.

Cette avancée pourrait avoir des répercussions cliniques sur trois plans, poursuit la chercheuse. D'une part, elle suggère qu'on pourrait diagnostiquer la dépression majeure chez des personnes à risque, celles qui souffrent de maladies cardiovasculaires par exemple, en évaluant la perméabilité de la BHE par résonance magnétique. D'autre part, puisque des molécules du sang peuvent traverser cette barrière, il est possible que des molécules du cerveau puissent passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) dans le sang. Certaines de ces molécules pourraient donc servir de biomarqueurs sanguins pour la dépression. «Enfin, à plus long terme, on pourrait envisager le développement de nouveaux traitements de la dépression qui cibleraient l'expression de la claudine-5 afin de maintenir l'intégrité de la barrière hématoencéphalique», conclut Caroline Ménard.

L'étude publiée dans Nature Neuroscience est signée par 23 chercheurs et elle a été réalisée sous la direction de Scott J. Russo, de l'Icahn School of Medecine at Mount Sinai de New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des États-Unis, elle compte a elle seule 8 143 200...). Benoit Labonté, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche CERVO, compte parmi les auteurs.

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Source: Jean Hamann - Université Laval
 
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