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Posté par Adrien le Dimanche 17/12/2017 à 00:00
S'inspirer de la biologie pour préserver les langues en péril
L'une des 7 000 langues du monde disparaît toutes les deux semaines et la moitié de celles-ci - y compris bon nombre de langues autochtones d'Amérique du Nord - pourraient ne pas survivre au 21e siècle, estiment les experts. Afin de préserver la plus grande diversité linguistique qui soit face à une telle menace, des scientifiques de l'Université McGill proposent de s'inspirer de la biologie (La biologie, appelée couramment la « bio », est la science du vivant. Prise au sens large de science du vivant, elle recouvre une partie des sciences naturelles et de l'histoire naturelle des êtres vivants...) de la conservation.

Lorsqu'ils établissent des objectifs en matière de conservation, les écologistes ont recours à des arbres de l'évolution - des diagrammes montrant les liens entre les diverses espèces biologiques - pour identifier les espèces qui n'ont que peu de proches parents et que l'on appelle « distinctes sur le plan de l'évolution ». De même, de récentes avancées dans l'élaboration d'arbres de langues permettent maintenant d'évaluer le caractère unique d'une langue.

« De grands arbres d'espèces bien échantillonnés ont transformé notre compréhension de l'évolution de la vie (La vie est le nom donné :) et nous ont guidés dans le choix de nos priorités en matière de conservation de la biodiversité », affirme Jonathan Davies, professeur agrégé de biologie à l'Université McGill et auteur principal de la nouvelle étude publiée dans la revue Royal Society Open Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble...). « L'élaboration d'arbres de langues plus détaillés joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement...) un rôle semblable dans la préservation des langues, et ceux-ci se révèlent extrêmement utiles pour les linguistes, les anthropologues et les historiens. »

« La vitesse (On distingue :) de disparition des langues et les ressources limitées dont nous disposons pour les préserver nous obligent à cibler soigneusement nos efforts », ajoute Max Farrell, doctorant (Un doctorant est un chercheur débutant s'engageant, sous la supervision d'un directeur de thèse, dans un projet de recherche sur une durée variable selon les pays et les statuts,...) au laboratoire du Pr Davies et coauteur de l'article. « Plus une langue est isolée sur l'arbre (Un arbre est une plante terrestre capable de se développer par elle-même en hauteur, en général au delà de sept mètres. Les arbres acquièrent une structure rigide composée d'un tronc qui peut...) de la famille de langues à laquelle elle appartient, plus l'information la concernant est unique et contribue ultimement à la diversité linguistique. »

Langues en péril

Dans le cadre d'une étude de cas, Max Farrell et Nicolas Perrault, coauteur de l'étude maintenant étudiant aux cycles supérieurs à l'Université d'Oxford, ont eu recours à une approche empruntée à la biologie de la conservation pour établir le classement de 350 langues austronésiennes parlées dans des îles dispersées en Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou 29,4 % des terres émergées) et...) du Sud-Est (Le sud-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et est. Le sud-est est opposé au nord-ouest.) et dans l'océan Pacifique. Les données provenaient d'un arbre de plusieurs centaines de langues austronésiennes publié par des chercheurs de l'Université d'Auckland en 2009, et d'Ethnologue, une base de données en ligne recensant plus de 7 000 langues vivantes. (On compte aujourd'hui plus 1 200 langues austronésiennes, ce qui en fait l'une des plus grandes familles de langues dans le monde (Le mot monde peut désigner :).)

Pour chacune des 350 langues de la nouvelle étude, les chercheurs ont combiné des paramètres de son caractère distinctif sur le plan de l'évolution (ED pour evolutionary distinctiveness) et de la menace qui pèse sur cette langue à l'échelle mondiale (GE pour global endangerment) afin d'obtenir un score « EDGE » (pour evolutionary distinct and globally endangered ou espèces « distinctes sur le plan de l'évolution et en danger à l'échelle mondiale ») semblable à un paramètre utilisé en biologie de la conservation.


La langue ayant obtenu le plus haut score est le kavalan, une langue autochtone exceptionnellement distincte et presque disparue de Taïwan, où l'on croit que les langues austronésiennes sont apparues il y a quelque 4 000 à 6 000 ans. Après le kavalan, les autres langues ayant obtenu les plus hauts scores étaient le tanibili, une langue en voie de disparition parlée dans les Îles Salomon, ainsi que le waropen et le sengseng, des langues de la Nouvelle-Guinée.

Un outil de préservation de la diversité

En élaborant des arbres pour d'autres familles de langues et en ayant recours à des paramètres semblables, les experts en langues pourraient cibler les efforts de préservation et contribuer à réduire au minimum la perte de diversité linguistique au cours des années à venir, affirment les chercheurs.

Ainsi, au Canada seulement, on compte plus de 70 langues autochtones dont la plupart sont menacées de disparition.

« Les langues sont l'étincelle d'un peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.), le tenant de leur culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :). Lorsqu'elles disparaissent, nous perdons des perspectives uniques sur l'histoire de l'humanité et sur l'évolution de la langue en soi », affirme Nicolas Perrault. « Leur disparition est une perte pour l'humanité, pour le savoir et pour la science. »

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada.

L'article « Tongues on the EDGE: language preservation priorities based on threat and lexical distinctiveness », par Nicolas Perrault, Maxwell J. Farrell et T. Jonathan Davies a été publié en ligne le 13 décembre 2017 dans la revue Royal Society Open Science.
http://dx.doi.org/10.1098/rsos.171218

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Source: Université McGill