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Posté par Adrien le Jeudi 15/02/2018 à 00:00
Au Sahel, la brousse tigrée victime de la baisse des précipitations
Une équipe de l'Observatoire Midi-Pyrénées (OMP) comprenant des chercheurs des laboratoires Ecologie fonctionnelle et environnement (ECOLAB, CNRS, INP Toulouse, UPS) et Géosciences environnement Toulouse (GET, CNRS, IRD, UPS, CNES) a démontré le rôle majeur joué par la baisse des précipitations au nord-est (Le nord-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux nord et est. Le nord-est est opposé au sud-ouest.) du Mali pendant 3 décennies sur le dépérissement de la brousse tigrée, formation végétale boisée emblématique de la région sahélienne. Ces travaux ont été publié dans la revue Global Change Biology.


Évolution d'une formation de brousse tigrée dans le Gourma malien, observée à l'aide de photographies aériennes et d'images satellites à haute résolution, au cours des 60 dernières années (1955 - 2015). La brousse tigrée typique visible sur les images de 1955 et 1965, montre l'alternance des 'tigrures' formées par les fourrés denses de végétation, avec les impluviums dénudés où se produit le ruissellement de surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière...) qui alimente les fourrés. A partir des années 80, suite aux années de sécheresses extrêmes de 1973-74 et de 1984-85 et à une période déficitaire de 25 ans, débutée à la fin des années 60, le dépérissement est enclenché et se poursuit encore malgré la remontée des précipitations. 1955: © Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) Géographique National (IGN) ; 1965: © CORONA - US Geological Survey (USGS) ; 1985: © International Livestock Centre for Africa (ILCA) ; 1996: © Geomaps International Inc. ; 2007: © Projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution, et...) AMMA ; 2015: © Pléiades (CNES)

Le Sahel, vaste région semi-aride bordant la frange sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) du Sahara, a connu depuis la fin des années 60 jusqu'au milieu des années 90, une baisse généralisée des précipitations, ponctuée par des années de grande sécheresse en 1972-73 et en 1983-84 qui ont eu des conséquences dramatiques sur l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la...), les ressources végétales et animales, l'hydrologie et les populations. La remontée de la pluviosité à partir de 1995, bien que toujours déficitaire, a entrainé une amélioration générale du couvert végétal, détectée à l'échelle du Sahel par les satellites d'observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le...) de la Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la plus grande et la plus massive des quatre planètes...) et qualifiée de reverdissement du Sahel. Toutefois, ce phénomène affecte différemment les écosystèmes. Alors que certains sont apparus très résilients, capables de maintenir leurs fonctionnalités, comme les steppes et les savanes composées majoritairement de Poacées annuelles, d'autres comme les formations ligneuses de la brousse tigrée ont subi une importante dégradation, aboutissant parfois à leur complète disparition en moins de 50 ans.

Pour expliquer ce dépérissement spectaculaire par sa rapidité et son ampleur, les chercheurs ont combiné des observations par télédétection aéroportée et satellitaire sur plus de 60 années, à des mesures de terrain acquises depuis 1984 en partenariat au Mali avec l'Institut d'Economie Rurale (IER), le Centre International de Recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la...) sur l'Elevage (ILRI), la Faculté des Sciences de Bamako (FAST) et la Direction Nationale de la Météorologie. Depuis 2005, ce suivi est réalisé dans le cadre du Service National d'Observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens...) AMMA-CATCH.

L'équipe a pu ainsi démontrer que le dépérissement des bandes boisées était la conséquence en premier lieu de la diminution des précipitations, et donc des apports d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) ruisselée, de particules fines et de nutriments par les impluviums vers les fourrés où se produit l'infiltration. En parallèle, le dépérissement de ces bandes boisées s'est accompagné d'une transformation profonde de l'hydrologie de surface, passant d'un système à ruissellement en nappe à un système à ruissellement concentré, de plus en plus structuré et hiérarchisé, sous la forme d'un réseau de rus et de ravines dont l'eau exportée bénéficie de moins en moins aux fourrés survivants. Bien souvent, cette perte en eau du système liée au pouvoir érosif croissant du ruissellement, sans doute favorisée par l'intensification des pluies dans la région, accélère au contraire leur dépérissement. Ce basculement (Le basculement, dans le domaine de l'astronautique, est l'inclinaison progressive d'un véhicule spatial autour d'un axe quelconque. Le basculement peut...) fonctionnel, probablement irréversible à court et moyen termes malgré la remontée de la pluviosité, a des répercussions importantes sur les ressources naturelles végétales et hydriques de la région.

L'étude a montré que la cause du dépérissement résultait principalement de facteurs climatiques alors que les activités humaines par défrichement, coupes de bois et pâturage sont souvent tenus pour responsables de la dégradation de la brousse tigrée.

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Source: CNRS-INSU
 
Jeudi 15 Février 2018 à 00:00:07 - Vie et Terre - 0 commentaire
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