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Posté par Adrien le Dimanche 18/03/2018 à 00:00
De l'origine de la crise forestière en Afrique Centrale il y a 2 600 ans
L'origine de la "crise forestière" qui a commencé il y a environ 3 000 ans et profondément affecté le couvert végétal de l'Afrique Centrale a longtemps été controversée. Une équipe internationale germano-franco-camerounaise regroupant paléoclimatologues, géochimistes et archéologues vient de remettre sur le devant de la scène l'hypothèse de la cause anthropique. Les résultats des analyses effectuées sur des sédiments lacustres en provenance du sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) du Cameroun et leur combinaison (Une combinaison peut être :) à des données archéologiques régionales a en effet permis à cette équipe de mettre en évidence que, dans cette région, ces transformations de l'environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux...) forestier avaient commencé il y a 2 600 ans et n'étaient pas le fruit (En botanique, le fruit est l'organe végétal protégeant la graine. Caractéristique des Angiospermes, il succède à la fleur par transformation du...) du changement climatique mais bien celui de la croissance démographique qu'a connue cette région à cette époque.


Lac Barombi Mbo, au sud du Cameroun. © IRD - Université de Potsdam - Yannick Garcin
Les hommes modifient leur environnement naturel pour qu'il leur soit plus favorable, et cela depuis plusieurs millénaires, même dans les régions les plus reculées de la planète. Ces influences précoces sont bien documentées dans la forêt amazonienne. En revanche, l'impact anthropique en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface...) Centrale reste un sujet encore largement débattu, alors que des perturbations majeures s'y sont produites depuis plusieurs millénaires.

Il y a plus de 20 ans, l'analyse des sédiments lacustres du Barombi Mbo au Sud Cameroun a révélé que les couches sédimentaires les plus anciennes contiennent principalement des pollens d'arbres reflétant un couvert forestier dense. A l'inverse (En mathématiques, l'inverse d'un élément x d'un ensemble muni d'une loi de composition interne · notée multiplicativement, est un élément y tel que x·y = y·x = 1, si 1 désigne...), les sédiments les plus récents concentrent une proportion significative de pollens de savane: il y a environ 3 000 ans, la forêt primitive dense a ainsi rapidement laissé place à des savanes, modification qui a été suivie par un retour rapide à des forêts. Pendant longtemps, ce changement soudain, baptisé "crise forestière", a été attribué à un changement climatique lié à une diminution de la quantité des précipitations et une accentuation de la saisonnalité. Malgré quelques controverses, l'énigme de l'origine de la crise forestière semblait résolue.


Carottage des sédiments sur le lac Barombi Mbo en 2014. © IRD - Université de Potsdam - Yannick Garcin
Une équipe internationale composée de géochimistes, paléoclimatologues et archéologues suspectait que d'autres causes pouvaient expliquer cette transformation profonde des environnements forestiers. En menant une nouvelle campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu urbain. La...) de carottage en 2014 sur le lac Barombi Mbo, ils ont reconstruit de manière indépendante la végétation et le climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de la météorologie qui désigne...) de l'époque par l'analyse des isotopes stables des cires cuticulaires des plantes, fossiles moléculaires préservés dans les sédiments. L'équipe a confirmé un changement important de végétation pendant la crise forestière, mais elle a également démontré que celui-ci ne s'accompagnait d'aucun changement des précipitations. Elle précise également la chronologie de cet événement qui aurait débuté sur le bassin du Barombi Mbo il y a 2 600 ans pour s'achever tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) aussi rapidement quelques 600 ans plus tard.

Ainsi si l'existence de la crise forestière est avérée, elle ne saurait s'expliquer par un changement climatique. En revanche, en étudiant plus de 460 sites archéologiques dans la région, des arguments qui laissent penser que les humains sont à l'origine de ces changements environnementaux peuvent être mis en avant. Les vestiges archéologiques de plus de 3 000 ans sont effectivement rares en Afrique Centrale. Autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5...) de 2 600 ans, simultanément à la crise forestière, le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de sites archéologiques augmente significativement, suggérant une croissance rapide de la population (probablement liée à l'expansion des populations Bantu en Afrique Centrale). Cette période voit également, dans la région, l'apparition de la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup de...) du millet, de l'exploitation des palmiers à huile (L'huile est un terme générique désignant des matières grasses qui sont à l'état liquide à température ambiante et qui...) et le développement de la métallurgie du fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie...).

La combinaison des données archéologiques régionales et des résultats sur les sédiments du lac démontre de manière convaincante que les humains ont fortement généré des impacts sur les forêts tropicales en Afrique Centrale il y a plusieurs milliers d'années et qu'ils ont laissé des empreintes anthropiques détectables dans les archives géologiques. La crise forestière a été probablement provoquée par la croissance des populations qui se sont installées dans la région et ont dû éclaircir la forêt pour pouvoir cultiver des terres devenues arables, selon un processus similaire à ce que nous observons actuellement dans de nombreuses régions d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la Terre. Il est le plus grand continent (8,6 % de la surface totale terrestre ou 29,4 % des terres...).

Cette étude apporte un nouvel éclairage sur la " crise forestière" en Afrique Centrale. Elle souligne également la capacité des écosystèmes à se régénérer. Quand la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) anthropique a diminué il y a 2 000 ans, les environnements forestiers se sont reconstitués, mais pas nécessairement à l'identique. Ainsi, en Amazonie (L'Amazonie est une région d'Amérique du Sud. C'est une vaste plaine traversée par l'Amazone et par ses affluents, et couverte sur une grande part de sa surface par la forêt...) comme en Afrique, les études de terrain montrent que la présence de certaines espèces témoigne d'activités humaines anciennes.

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Source: CNRS-INSU