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Posté par Michel le Vendredi 15 Février 2008 à 00:00:25
Le manchot royal menacé par le réchauffement climatique
Un réchauffement de seulement quelques dixièmes de degrés de la surface (Il existe de nombreuses acceptions au mot surface, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, souvent...) de la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) constitue une sérieuse menace pour le manchot royal. C'est ce que révèle une étude inédite effectuée par l'équipe d'Yvon Le Maho, directeur de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de...) CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de...) à l'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (Hubert Curien (30 octobre 1924, Cornimont - 6 février 2005, Loury) est un cristallographe français, ministre de la...) et membre de l'Académie (Une académie est une assemblée de gens de lettres, de savants et/ou d'artistes reconnus par leurs pairs, qui a pour...) des sciences. Au moyen d'un dispositif sans équivalent de part le monde (Le mot monde peut désigner :), les chercheurs ont, neuf années durant, suivi individuellement plus de 450 manchots royaux dans leur milieu naturel, au sein de l'Archipel (Un archipel est un ensemble d'îles relativement proches les unes des autres.) de Crozet.


Colonie de manchots royaux sur l'île de la Possession

Menée dans le cadre des programmes soutenus par l'Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV), en collaboration avec des scientifiques du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (1), de la station biologique de la Tour du Valat, du Muséum national d'histoire naturelle de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville...) et de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche),...) d'Oslo, ces travaux sont publiés le 11 février dans la revue PNAS.

Premiers chercheurs à suivre électroniquement des animaux dans leur milieu naturel

Pour suivre individuellement les manchots, on a longtemps utilisé une bague comportant un numéro, bague qui était fixée à l'un de leurs ailerons. Mais cette bague constitue un obstacle à la propulsion (La propulsion est le principe qui permet à un corps de se mouvoir dans son espace environnant. Elle fait appel à un...) de l'animal (Un animal (du latin animus, souffle, ou principe vital) est un être vivant capable de mouvement et de perception. On...) dans l'eau (L’eau (que l'on peut aussi appeler oxyde de dihydrogène, hydroxyde d'hydrogène ou acide hydroxyque) est un...). Et l'équipe "Écologie fonctionnelle", dirigée par Yvon Le Maho à l'IPHC (2) a révélé que les manchots royaux bagués réduisent de moitié leur chance de se reproduire avec succès. À ce phénomène s'ajoute une diminution de leur espérance de vie. En découlent des résultats qui peuvent être biaisés. C'est pourquoi l'équipe de l'IPHC a mis au point (Graphie) un dispositif innovant permettant de suivre les manchots royaux sur le long terme, et, c'est une première, sans modification de leur environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se...). Il s'agit d'une méthode de suivi électronique individuel. Initiée il y a 9 ans, cette étude a porté sur une population de plus de 450 manchots royaux à qui une étiquette électronique de 0,8 g a été implantée sous la peau. Les oiseaux ainsi "marqués" sont alors identifiés grâce à des antennes enterrées le long des "autoroutes à manchots" (3). Ces recherches ont été menées sur l'île de la Possession située dans l’Archipel de Crozet. Là, se reproduisent en effet les 2/3 de l’effectif mondial des manchots royaux (soit 2 millions d’oiseaux). Les résultats obtenus sont donc représentatifs pour l’espèce.

Pourquoi s’intéresser aux manchots royaux ?

Prévoir l’impact du changement climatique sur la biodiversité (Le mot biodiversité est un néologisme composé à partir des mots biologie et diversité. La biodiversité désigne la...) constitue un enjeu majeur. Or, ses effets sur la productivité marine de l’océan Austral (Le mot austral (du latin australis) est un adjectif qualifiant ce qui se situe dans l'hémisphère sud.) demeurent encore mal connus. Il est, en outre, très difficile de déterminer l’effet du climat sur les chaînes alimentaires marines. Principal atout des oiseaux de mer: en tant que prédateurs, ils se situent au sommet de ces chaînes. Par conséquent, la dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé...) de leurs populations est le reflet de l’évolution des ressources marines. De plus, les manchots ne volant pas, ils peuvent être identifiés en grand nombre (Un nombre est un concept caractérisant une unité, une collection d'unités ou une fraction d'unité.) et bien localisés sur leurs voies de passage. Enfin, seuls les manchots royaux effectuent, hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.) comme été, des allers et retours entre leur colonie de reproduction et la mer, où ils s'alimentent et trouvent de la nourriture pour leur progéniture (4). Durant l'été, les manchots s'approvisionnent, entre 300 et 600 km au large de leur colonie, la distance de ravitaillement étant directement liée au réchauffement de l'océan (Un océan est représentée, en géographie, par une vaste étendue d'eau salée. En réalité il s'agit plutôt d'un volume,...) (5): plus l'eau de surface est chaude, moins le poisson est abondant à proximité de Crozet et plus les manchots vont loin. L'hiver, lorsque les ressources marines sont maigres, ces prédateurs vont se sustenter à près de 2 000 km de la colonie, en bordure des glaces de mer qui se forment au large de l'Antarctique.

Un effet direct sur le succès de reproduction et la survie des manchots

Première observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide...), un réchauffement de la température (La température d'un système est une fonction croissante du degré d'agitation thermique des particules, c'est-à-dire de...) de surface de la mer à proximité de Crozet, entraîne, en été, une diminution immédiate du succès reproducteur des oiseaux. Un phénomène inquiétant qui s'explique notamment par le fait qu'une température élevée défavorise le développement des organismes marins. En effet, ces derniers ne peuvent prospérer que sur une gamme de températures très réduite. Les manchots royaux ayant moins de nourriture à ramener au poussin, ce dernier a moins de chance de vivre. Second constat, cette fois en hiver, l'augmentation de seulement 0,26°C de la température de surface de la mer, au niveau de la limite de la glace de mer, se traduit deux ans plus tard, par une baisse de 9% de la probabilité (Probabilité vient du latin probare (prouver, ou tester). Le mot probable signifie « qui peut se produire »...) de survie des manchots. En cause là aussi, la raréfaction des ressources marines, très probablement du krill qui est à la base des chaînes alimentaires antarctiques, dont dépendent les manchots royaux.

Sachant que le GIEC (6) prévoit une hausse moyenne (Il y a plusieurs façon de calculer une moyenne d'un ensemble de nombres. Celle qu'il convient de retenir dépend de la...) des températures d’environ 0,2°C par décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.), pour les deux prochaines décennies, le réchauffement de l’océan Austral constitue une importante menace pour le manchot royal. Survivront-ils ? S'adapteront-ils aux changements climatiques à venir ?


Notes:

(1) CNRS / Université Montpellier 1, 2 et 3 / ENSA Montpellier / CIRAD / Ecole pratique des hautes études de Paris.

(2) Céline Le Bohec, actuellement en post-doc à l'Université d'Oslo, est le premier auteur de cette publication.

(3) L'Institut pluridisciplinaire Hubert Curien dépend de deux tutelles: le CNRS et l'Université de Strasbourg 1.

(4) Ce sont leurs voies de passage entre la mer, où ils s'alimentent, et la colonie de reproduction (ici, l'île de la Possession située dans l'Archipel de Crozet, territoire français intégré aux Terres australes et antarctiques françaises).

(5) Ce phénomène est lié au fait que leur cycle reproducteur dure plus d'un an (contrairement aux autres espèces de manchots).

(6) Ce réchauffement semble en partie lié à l'effet El Niño qui affecte l'océan Pacifique (L'océan Pacifique, qui s'étend sur une surface de 180 000 000 km², est l'océan le plus vaste du globe...), effet qui se propagerait jusqu'à l'océan Austral (L'océan Austral ou océan Antarctique ou océan glacial Antarctique est l'étendue d'eau qui entoure l'Antarctique. C'est...).


Source: CNRS
Illustration: © Nicolas Chatelain ; Photothèque du CNRS
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