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Posté par Michel le Vendredi 22/02/2008 à 00:00
Submerger le carbone dans les abysses, une solution ?
Imaginez un sac gonflable gigantesque en forme de saucisse capable de stocker 160 millions de tonnes de CO2 – l’équivalent de 2,2 jours des émissions mondiales actuelles. Essayez maintenant de vous imaginer ce contenant, de plusieurs kilomètres de long et d’un rayon atteignant jusqu’à 100 mètres, reposant doucement sur le fond marin à plus de trois kilomètres sous la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est souvent abusivement confondu avec sa...) de l’océan.

Des créatures du fond des mers

A première vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.), cela pourrait sembler être de la science-fiction (La science-fiction, prononcée /sjɑ̃s.fik.sjɔ̃/ (abrégé en SF), est un genre narratif (principalement littéraire et cinématographique)...), mais il s’agit pourtant d’une idée sur laquelle se penche sérieusement David Keith, l’un des plus éminents experts au Canada en captage et en séquestration du carbone (Le carbone est un élément chimique de la famille des cristallogènes, de symbole C, de numéro atomique 6 et de masse atomique 12,0107.). D. Keith traite de ce sujet à la conférence annuelle de 2008 de l’American Association for the Advancement of Science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large. L'ensemble de connaissances,...), à Boston, dans une séance intitulée Ocean Iron Fertilization and Carbon Sequestration: Can the Oceans Save the Planet (Un Planet est un site Web dynamique qui agrège le plus souvent sur une seule page, le contenu de notes, d'articles ou de billets publiés sur des blogs ou...) ?

« Il y a toutes sortes d’idées étonnantes pour lutter contre le réchauffement climatique qui sont totalement ridicules », observe le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de...), qui est titulaire d’une subvention (Une subvention est une aide financière, c’est-à-dire une somme d’argent, qui est allouée par une institution publique ou privée à une personne...) du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et directeur de l’Energy and Environmental Systems Group de l’Institute for Sustainable Energy, Environment and Economy à l’University of Calgary. « Au premier abord, ces idées semblent farfelues, mais lorsqu’on les examine de plus près, avec la technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) d’aujourd’hui, il semble qu’elles puissent être techniquement faisables. Mais, ces idées en sont à leurs premiers balbutiements, car aucune étude de conception n’a encore été menée », ajoute M. Keith, qui est également titulaire de la Chaire de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) du Canada sur l’énergie et l’environnement (L'environnement est tout ce qui nous entoure. C'est l'ensemble des éléments naturels et artificiels au sein duquel se déroule la vie humaine. Avec les enjeux écologiques actuels, le terme environnement tend...).

L’idée du stockage dans les océans a été proposée il y a plusieurs années par Michael Pilson, chimiste (Un chimiste est un scientifique qui étudie la chimie, c'est-à-dire la science de la matière à l'échelle moléculaire ou atomique ("supra-atomique"). Le mot chimiste est...) océanographe à l’University of Rhode Island, mais elle a vraiment pris de l’essor l’année dernière lorsque D. Keith a confirmé sa faisabilité avec Andrew Palmer, ingénieur en génie océanique de renommée mondiale à la Cambridge University. Par la suite, D. Keith, A Palmer et un autre scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec...) de l’Argonne National Laboratory ont fait avancer le concept en rédigeant un document (Dans son acception courante un document est généralement défini comme le support physique d'une information.) technique pour la 26e International Conference on Offshore (Offshore est un terme anglais désignant à l'origine les activités qui se déroulent au large des côtes. Il peut s'appliquer à plusieurs domaines :) Mechanics and Arctic Engineering qui a eu lieu en juin 2007.

D. Keith croit que cette solution pourrait constituer un complément utile au stockage du CO2 dans les formations géologiques, particulièrement pour le CO2 émanant de sources situées près des grands fonds.

Il estime néanmoins qu’il s’agit d’une solution viable étant donné que d’immenses parties des grands fonds sont constituées de vastes plaines. Dans ces plaines abyssales, on retrouve peu de vie (La vie est le nom donné :), et l’environnement est plutôt anodin. « Si l’on se tient loin des pentes raides des plateaux continentaux, ces plaines constituent un environnement plutôt tranquille. »

Afin de pouvoir stocker le CO2 de cette façon, il faut capter le gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume propre : un gaz tend à occuper...) aux sources industrielles ponctuelles et à la source des installations de production d’énergie, le comprimer en liquide (La phase liquide est un état de la matière. Sous cette forme, la matière est facilement déformable mais difficilement compressible.) et le transporter dans des pipelines qui s’étendent bien au delà des plateaux continentaux de l’océan. Lorsque le CO2 liquide est pompé jusqu’aux grands fonds, la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) intense et la température froide qui y règnent lui donnent une flottabilité négative. « Cette flottabilité négative est la clé, explique D. Keith. Cela signifie que le CO2 veut s’écouler vers le bas plutôt que de monter dans la biosphère. »

Il faut confiner le CO2 parce qu’il a tendance à se dissoudre dans l’océan, ce qui pourrait avoir une incidence négative sur les écosystèmes marins. Heureusement, affirme D. Keith, grâce à cette solution, le coût du confinement est relativement bas. Selon lui, les sacs peuvent être construits avec des polymères existants à un coût de moins de quatre cents par tonne ( La tonne représente différentes unités de mesure ; Une tonne est un grand et large tonneau ; Une tonne-pompe est un fourgon d'incendie ; En zoologie, la tonne...) de carbone.

Le véritable coût réside dans le captage du CO2 et son transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications...) jusqu’aux grands fonds. « Si nous pouvons réduire ces coûts, observe-t-il, le stockage dans les océans pourrait être une option qui pourrait contribuer à réduire considérablement les émissions de CO2. »

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Source: Science et EurekAlert
Illustration: Almanach Hachette 1920