Avec un
radiotélescope (Un radiotélescope est un télescope spécifique utilisé en radioastronomie pour capter les ondes radioélectriques émises...) de 30 mètres de
diamètre (Dans un cercle ou une sphère, le diamètre est un segment de droite passant par le centre et limité par les points du...) dans la Sierra Nevada espagnole (IRAM) et deux réseaux de radiotélescopes en France (IRAM) et en Australie (ATCA), des chercheurs de l'Institut Max Planck de
Radioastronomie (La radioastronomie est une branche de l'astronomie qui s'occupe de l'observation du ciel dans le domaine des ondes...) de Bonn ont détecté pour la première fois une molécule proche chimiquement d'un
acide (Un acide est un composé chimique généralement défini par ses réactions avec un autre type de composé chimique...) aminé: l'
aminoacétonitrile. Cette découverte est d'autant plus spectaculaire que la molécule est probablement un précurseur direct de la glycine, acide aminé essentiel et élément constitutif de la vie.
Représentation 3D de l'acide aminé Aminoacétonitrile (NH2CH2CN)
© Sven Thorwirth. MPIfR
Le
nuage interstellaire (En astronomie, nuage interstellaire est le nom générique donné aux accumulations de gaz et de poussières dans notre...) "Large Molecule Heimat", où la molécule
organique (La chimie organique est une branche de la chimie concernant la description et l'étude d'une grande classe de molécules...) a été trouvée, est une
condensation (La condensation est le nom donné au phénomène physique de changement d'état de la matière qui passe d'un état dilué...) de gaz "chaud" (100 à 200 K) et très dense à l'intérieur de la région de formation d'étoiles Sagittarius B2. C'est dans cette condensation d'un diamètre de seulement 0,3
année-lumière (L’année-lumière (symbole al, anciennement année de lumière) est une unité de distance utilisée en astronomie. Une...) chauffée de l'intérieur par une
étoile (Une étoile est un objet céleste émettant de la lumière de façon autonome, semblable à une énorme boule de plasma comme...) tout juste formée qu'ont été découvertes la plupart des molécules organiques connues jusqu'à ce
jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux...) dans l'espace, telles que l'éthanol, le formaldéhyde, l'acide formique, le glycoaldéhyde (un sucre) et l'éthylène glycol.
Depuis 1965, plus de 140 molécules ont été découvertes dans l'espace, à l'intérieur de nuages interstellaires et dans des enveloppes autour d'étoiles. Une grande partie de ces molécules est organique, c'est-à-dire basée sur le carbone. Les "bio-molécules" font en particulier l'objet d'une
recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de...) intensive, notamment les acides aminés, "briques" élémentaires constituant les protéines et par conséquent éléments-clés pour l'apparition de la vie. Des acides aminés ont été découverts dans des météorites sur
Terre (La Terre, foyer de l'humanité, est surnommée la planète bleue. C'est la troisième planète du système solaire en partant...) mais aucun n'a pu être identifié dans l'espace interstellaire jusqu'à ce jour.
L'acide aminé le plus simple, la glycine (NH2CH2COOH), est recherché dans le milieu interstellaire depuis longtemps sans succès. Cette difficulté a conduit les chercheurs à s'intéresser à l'aminoacétonitrile (NH2CH2CN), une molécule chimiquement proche de la glycine, vraisemblablement même un précurseur direct.
Les scientifiques de l'Institut Max Planck de Radioastronomie ont maintenant trouvé pour la première fois des traces de cette molécule. Avec le radiotélescope de 30 mètres de l'IRAM
(1) en Espagne, ils ont enregistré un spectre constitué d'une forêt dense de 3700 raies émises par des molécules complexes. Les
atomes (Un atome (du grec ατομος, atomos, « que l'on ne peut diviser ») est la...) et les molécules rayonnent en effet à des fréquences bien déterminées et produisent des raies caractéristiques dans le spectre du
rayonnement (Le rayonnement est un transfert d'énergie sous forme d'ondes ou de particules, qui peut se produire par rayonnement...). En analysant ces raies spectrales, les astronomes peuvent déterminer la composition chimique des nuages cosmiques. Plus une molécule est grosse, plus elle a de possibilités de libérer son
énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la...) interne sous forme de rayonnement. C'est la raison pour laquelle les molécules complexes émettent beaucoup de raies spectrales qui sont très peu intenses et donc difficiles à identifier dans la "jungle spectrale».
Interféromètre du Plateau de Bure de l'IRAM
© André Rambaud. IRAM
"Malgré tout, nous avons réussi à attribuer clairement à la molécule aminoacétonitrile 51 raies très faibles" déclare Arnaud Belloche, chercheur à l'Institut Max Planck et premier auteur de l'article
scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude...). Ce résultat a été confirmé à une résolution spatiale 10 fois meilleure avec deux réseaux de radiotélescopes, l'Interféromètre de l'IRAM sur le Plateau de Bure en France et l'interféromètre "Australia Telescope Compact Array
(2)" en Australie. Ces
observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide...) complémentaires ont permis de montrer que les raies émises provenaient bien de la même position à l'intérieur du "Large Molecule Heimat": "Une solide preuve de la fiabilité de notre identification. Les fréquences exactes de l'aminoacétonitrile ont été fournies par le laboratoire de spectroscopie moléculaire de l'
université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche),...) de Cologne, qui gère une base de
données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose,...) très complète sur les molécules d'intérêt astronomique".
Interféromètre ATCA (Australia Telescope Compact Array)
© ATNF
"La découverte de l'aminoacétonitrile a vraiment étendu notre compréhension de la chimie des régions denses et chaudes de formation d'étoiles. Je suis sûr que nous pourrons dans le futur identifier d'autres molécules organiques encore plus complexes dans le gaz interstellaire. Nous avons déjà plusieurs candidats !" affirme Karl Menten, directeur de l'Institut Max Planck de Radioastronomie.
Note(s)
(1) L'Institut de Radioastronomie Millimétrique (IRAM) est un institut de recherche franco-germano-espagnol. Fondé par le CNRS (France), la MPG (Max Planck Gesellschaft, Allemagne) et le IGN (Instituto Geografico Nacional, Espagne), l'institut exploite un radiotélescope de 30 mètres de diamètre près du Pico Veleta à presque 3000 mètres d'altitude (L'altitude est l'élévation verticale d'un lieu ou d'un objet par rapport à un niveau de base.) dans la Sierra Nevada espagnole, ainsi qu'un interféromètre constitué de six radiotélescopes sur le Plateau de Bure dans les Alpes françaises près de Grenoble. Les deux instruments ont contribué à la découverte de l'aminoacétonitrile dans l'espace.
(2) Le Australia Telescope Compact Array (ATCA) est également un interféromètre radio constitué de six télescopes de 22 mètres de diamètre. Il est situé à 25 kilomètres à l'ouest de la ville de Narrabri, environ 500 kilomètres au nord-ouest de Sydney en Australie. Il est exploité par l'ATNF (Australia Telescope National Facility).