Selon deux astrophysiciens de l'Observatoire de
Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville...), le sort des étoiles qui s'aventurent trop près d'un
trou noir (En astrophysique, un trou noir est un objet massif dont le champ gravitationnel est si intense qu’il empêche...) massif pourrait s'avérer encore plus violent que ce que l'on croyait jusqu'alors. Non seulement les étoiles sont écrasées en forme de "crêpes" par l'énorme
gravité (La gravitation est une des quatre interactions fondamentales de la physique.) du trou noir, mais le processus peut aussi déclencher une
explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un volume plus grand, généralement...) thermonucléaire qui les désintègre de l'intérieur. De plus, les ondes de chocs engendrées dans la crêpe stellaire transportent du centre vers la
surface (Il existe de nombreuses acceptions au mot surface, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, souvent...) un pic de
température (La température d'un système est une fonction croissante du degré d'agitation thermique des particules, c'est-à-dire de...) très bref et intense, susceptible de donner naissance à un nouveau type de sursaut X ou gamma.
Les scientifiques savent depuis longtemps que les trous noirs de quelques millions de masses solaires, présents dans la plupart des centres galactiques, peuvent briser les étoiles qui s'approchent trop près. En raison de forces de marée très intenses, la gravité du trou noir attire en effet plus fortement la partie avant de l'
étoile (Une étoile est un objet céleste émettant de la lumière de façon autonome, semblable à une énorme boule de plasma comme...) que sa partie arrière, provoquant ainsi un déséquilibre qui, en quelques
heures (L'heure est une unité de mesure :) seulement, déchire l'étoile tout entière au sein de ce que l'on appelle le "rayon de marée".
Selon une étude récente de Matthieu Brassart et Jean-Pierre Luminet, de l'Observatoire de Paris (section de Meudon), l'intensité des forces de marée peut aussi déclencher des réactions thermonucléaires suffisamment puissantes pour faire exploser l'étoile depuis l'intérieur. A l'aide de simulations numériques, ils ont étudié les derniers instants d’une étoile condamnée, dès lors qu'elle pénètre profondément dans le rayon de marée d'un trou géant.
Figure 1: L'écrasement d'une étoile par les forces de marée d'un trou noir.
Le dessin illustre la déformation progressive d'une étoile plongeant profondément
dans le rayon de marée d'un trou noir géant
(la taille de l'étoile est considérablement agrandie pour la clarté du dessin).
La figure du haut représente la déformation de l'étoile dans son plan orbital (vue de dessus),
celle du milieu montre la déformation dans la direction perpendiculaire (vue par la tranche),
et le diagramme du bas indique l'aplatissement (L'aplatissement d'une planète est une mesure de son « ellipticité »; une sphère a un aplatissement de 0,...) relatif.
De (a) en (d), les forces de marée sont faibles et l'étoile reste pratiquement sphérique.
En (e), l'étoile pénètre dans le rayon de marée et est dès lors condamnée.
Sa configuration se rapproche d'abord de celle d'un cigare, puis de (e) à (g), l'effet laminoir
des forces de marée écrase l'étoile dans son plan orbital, en une configuration de "crêpe".
Puis l'étoile rebondit et se dilate en ressortant du rayon de marée en (h).
Plus loin sur son orbite, l'étoile finit par se dissocier en fragments gazeux.
Les simulations hydrodynamiques détaillées, prenant en compte les ondes de choc,
ont été effectuées durant la phase d'écrasement (e) à (g).
Lorsque l'étoile s'approche suffisamment près du trou noir (sans toutefois tomber dedans), les forces de marée l'aplatissent en une configuration de "crêpe". Des calculs déjà effectués il y a vingt ans par J.-P. Luminet et ses collaborateurs avaient suggéré que l'écrasement de l'étoile augmenterait la
densité (La densité est un nombre sans dimension, égal au rapport d'une masse d'une substance homogène à la masse du même volume...) et la température centrales à des valeurs suffisantes pour déclencher des réactions thermonucléaires explosives. Mais d'autres travaux avaient suggéré que le processus serait modifié par des ondes de choc engendrées au sein de la crêpe, de sorte qu'aucune explosion
nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte :) ne se produirait.
Les nouvelles simulations étudient en détail les effets des ondes de choc, et montrent que les conditions créées favorisent toujours une explosion thermonucléaire qui brisera complètement l'étoile, et sera suffisamment puissante pour propulser une bonne partie du gaz libéré hors d'atteinte du trou noir.
Figure 2: Augmentation de la température centrale
(en unités de la température initiale T*= 107 K) pour des crêpes stellaires
pénétrant dans le rayon de marée par les facteurs respectifs 7, 10, 12 et 15.
Le temps est en secondes, t = 0 correspond au passage de l'étoile
au point le plus proche du trou noir.
La température centrale maximale augmente comme le carré du facteur de pénétration.
Feux d'artifice stellaires
La rupture d'étoiles par les forces de marée de trous noirs a probablement déjà été observée par les télescopes à rayons X comme GALEX, XMM et
Chandra (Le satellite Chandra est un télescope à rayons X. Il a été lancé en 1999 par la navette spatiale Columbia lors de la...), bien qu'à un
stade (Un stade (du grec ancien στ?διον stadion, du verbe ?στημι istêmi,...) beaucoup plus tardif: en effet, plusieurs
mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) après l'événement qui a brisé l'étoile, une partie du gaz libéré tombe en
spirale (Cet article ou cette section doit être recyclé. Sa qualité devrait être largement améliorée en le réorganisant et en le...) vers le trou noir, s'échauffe et libère du
rayonnement (Le rayonnement est un transfert d'énergie sous forme d'ondes ou de particules, qui peut se produire par rayonnement...) UV et X. Toutefois, si les crêpes stellaires explosent
bel (En raison de limitations techniques, la typographie souhaitable du titre, « bel », n'a pu être restituée...) et bien, elles permettraient de détecter ces ruptures beaucoup plus tôt. Les futurs instruments comme le LSST (Large Synoptic Survey Telescope), qui recensera les supernovae en grand nombre, pourront repérer des explosions de ce type.
Mais le sort d'une crêpe stellaire pourrait s'avérer encore plus spectaculaire. Brassart et Luminet ont calculé que les ondes de choc engendrées dans la crêpe transportent un pic de température bref (< 0.1 s) mais très intense (plus de 10^9 K) depuis le coeur de l'étoile vers sa surface. Ce dernier résultat est très prometteur, car il pourrait donner naissance à un nouveau type de sursaut X ou gamma qui permettrait de voir instantanément la rupture de l'étoile.
La fréquence de telles "flambées" est estimée à environ 10^-5 par an par galaxie. Comme la plupart des galaxies - y compris notre propre
Voie Lactée (
Anciennement, la Voie lactée ne désignait que la bande blanchâtre traversant le ciel nocturne.
Il existe plusieurs...) - abritent un trou noir massif en leur centre, et comme l'
univers (On nomme univers l'ensemble de tout ce qui existe, comprenant la totalité des êtres et des choses (celle-ci comprenant...) est transparent aux rayonnements X durs et gamma, plusieurs événements de ce type seraient détectables chaque
année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la...) dans l'
ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble, désigne intuitivement une collection d’objets (que l'on appelle éléments...) de l'univers
observable (Dans le formalisme de la mécanique quantique, une opération de mesure (c'est-à-dire obtenir la valeur ou un intervalle...).
Figure 3: Evolution de la température stellaire (en eV ~ 10^4 K) en fonction du temps
(en secondes) dans le cas d'un plongeon profond.
La courbe rouge (La couleur rouge répond à différentes définitions, selon le système chromatique dont on fait usage.) correspond à la température au centre de l'étoile.
La ligne pointillée correspond à l'augmentation de température (jusqu'à 10^9 K)
produite par la propagation de l'onde (Une onde est la propagation d'une perturbation produisant sur son passage une variation réversible de propriétés...) de choc du centre vers la surface.
La durée à mi-hauteur du pic de température sur le front d'onde n'est que de 0,05 seconde.
Conclusion
Les projets de sondages du ciel aux hautes énergies et à vaste couverture angulaire seront les mieux à même de détecter des flambées de ce type. En permettant une localisation rapide des crêpes stellaires, relayée par la détection de leurs lueurs résiduelles en
optique (L'optique est la branche de la physique qui traite de la lumière et de ses relations avec la vision.),
infrarouge (Le rayonnement infrarouge (IR) est un rayonnement électromagnétique d'une longueur d'onde supérieure à celle de la...) et radio par les télescopes au sol, ces missions spatiales pourront apporter à la connaissance des dislocations stellaires autant que les télescopes Beppo-Sax et Swift ont jadis apporté à la compréhension des sursauts gamma.