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Posté par jyb le Dimanche 01/03/2009 à 00:00
L'aventure des interfaces graphiques (partie 6)
IHM  Apple  Lisa 
Nous sommes toujours à la charnière des années 70 et 80, les ordinateurs font enfin leur apparition sur les bureaux de nombreuses entreprises. Il faut dire que l'évolution technologique et le prix des ordinateurs les rendent plus utilisables. Dorénavant, un ordinateur (Un ordinateur est une machine dotée d'une unité de traitement lui permettant d'exécuter des programmes enregistrés. C'est un ensemble de circuits électroniques...) type est équipé d'un écran et d'un clavier, son utilisateur peut directement utiliser la machine sans passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) par des cartes ou des bandes perforées !

L'informatique (L´informatique - contraction d´information et automatique - est le domaine d'activité scientifique, technique et industriel en rapport avec le traitement...) évolue, la souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal de compagnie ou de laboratoire, mais aussi de nombreuses espèces de...) aussi. En Suisse, en 1979, à l'EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausane), le professeur Jean-Daniel Nicoud améliore la souris en remplaçant les roues (La roue est un organe ou pièce mécanique de forme circulaire tournant autour d'un axe passant par son centre.) dentées par une boule et des capteurs (Un capteur est un dispositif qui transforme l'état d'une grandeur physique observée en une grandeur utilisable, exemple : une tension électrique, une hauteur de mercure, une...). Les souris vendues avec les ordinateurs des années 80 et 90 reprendront ce système.


Apple: la petite pomme (La pomme est le fruit du pommier, arbre fruitier largement cultivé. L'étude de la culture des pommes constitue une partie de la pomologie, la pomologie englobant tous les fruits à pépins. La pomme est comestible et...) qui monte

Entre la fin des années 70 et le début des années 80, de nombreuses marques d'ordinateurs voient le jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les...). Parmi elles, Apple commercialise un petit ordinateur pour un prix modique pour l'époque: l'Apple 2. Cet ordinateur va devenir la coqueluche (La coqueluche est une infection respiratoire bactérienne peu ou pas fébrile de l'arbre respiratoire inférieur, mais d'évolution longue et hautement contagieuse. Deux bactéries du genre des Bordetella sont...) de nombreux étudiants ainsi qu'un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette...) très utilisé en entreprise. Cependant, Steve Jobs (Steven Paul Jobs (né le 24 février 1955) est, avec Steve Wozniak, le cofondateur d'Apple. Ils sont tous deux considérés comme les pionniers de la micro-informatique pour avoir introduit l'ordinateur dans les foyers...) souhaite remplacer la série d'ordinateurs initié par son associé, Steve Wozniak (Steve Wozniak (surnommé Woz) (11 août 1950) est un informaticien et électronicien américain Il est cofondateur de la societé Apple computer avec Steve Jobs et concepteur des premiers...).

En 1979, trois projets d'ordinateurs sont donc à l'étude au sein (Le sein (du latin sinus, « courbure, sinuosité, pli ») ou la poitrine dans son ensemble, constitue la région ventrale supérieure du torse d'un animal, et en particulier celle...) du constructeur: Sara, Lisa et Macintosh (Macintosh (prononcé /makintɔʃ/) ou Mac est une série de différentes familles d'ordinateurs personnels conçus, développés, et vendus par Apple. Le premier Macintosh, le Macintosh 128K,...). Sara est le nom de code du remplaçant de l'Apple II. Commercialisé sous le nom d'Apple III et dépourvu de ventilateur pour le confort des utilisateurs, la machine rencontrera de nombreux problèmes de fiabilité et sera le premier échec de la marque. Lisa et Macintosh sont destinés à être des ordinateurs d'un genre nouveau.

C'est au début de ces projets que Steve Jobs et certaines de ses équipes visitent durant trois jours les laboratoires PARC (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins...) de Xerox (Xerox est une entreprise américaine, basée à Stamford (Connecticut).). Jobs est alors très impressionné par ce qu'il découvre. Il est surtout très intéressé par l'éditeur de texte Bravo et Gypsy, le premier éditeur dont la mise en forme est directement éditable à l'écran. Il est tellement impressionné qu'Apple va embaucher les mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) suivants certains chercheurs du laboratoire dont une pointure, Larry Tesler, qui a participé à la création de ces éditeurs de textes. Ce dernier est surtout heureux de voir enfin un industriel s'intéresser sérieusement aux recherches menées au Xerox PARC. C'est à ce moment qu'il est décidé que les deux futurs (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) modèles phares d'Apple, le Lisa et le Macintosh, seront pilotés par une interface (Une interface est une zone, réelle ou virtuelle qui sépare deux éléments. L’interface désigne ainsi ce que chaque élément a besoin de...) graphique.

Apple Lisa

Ces deux projets sont avant tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) complémentaires: l'Apple Lisa doit être un puissant ordinateur haut de gamme apportant de nombreuses innovations technologiques. Le Macintosh doit être accessible d'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) économique et ergonomique. Cette répartition des rôles transparaît aussi dans la dénomination des deux machines. Lisa est ainsi l'acronyme de « Local Integrated Software Architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) » alors que le Macintosh est tout simplement le nom d'une variété de pomme. Cependant, il est à noter que Lisa est aussi le prénom de la fille de Steve Jobs.

Bien que conçus en même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), et devant bénéficier de certains points communs, le deux ordinateurs sont développés par deux équipes séparées. Au début, les principales attentions se portent sur le Lisa qui est destiné à être le produit phare d'Apple. C'est notamment sur le Lisa qu'est développée la fameuse interface graphique. Si les ingénieurs d'Apple s'inspirent des travaux du Xerox PARC dont une partie d'entre eux sont issus, ils apportent nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de modifications.

Le Chord Keyset disparaît

Le Chord Keyset du NLS disparaît pour de bon. Le petit clavier à cinq touches cher au professeur Engelbart était encore présent sur le Xerox Alto. Trop complexe à manier, il n'est pas non plus repris sur le Xerox Star

La souris n'a plus qu'un seul bouton !

La souris reprend le principe de la boule roulante, elle perd deux boutons pour n'en conserver qu'un seul, la rendant plus simple d'utilisation. Cependant, dans certains cas, notamment pour gérer les icônes, il apparaît nécessaire de différencier le clic de sélection du clic de lancement de l'application attachée à l'icône. La solution trouvée est devenue un geste quotidien de tout utilisateur: le double-clic !

La barre menu fait son apparition

Certes le Xerox Alto pose dès 1973 de nombreuses bases à l'organisation (Une organisation est) d'une interface graphique: bureau virtuel, fenêtres dynamiques, icônes... Cependant, Apple va apporter une organisation plus structurée. La barre de titres ne gère que la fenêtre et ne contient plus de boutons/menu de l'application. La barre de menu et des panels d'icônes sont ajoutés et regroupent les fonctionnalités des applications.


Dès le début du projet, les ingénieurs s'orientent vers le principe de barres pour regrouper des fonctions. Ici, une proposition d'interface de 1979

La barre des tâches est expérimentée

Lors de la conception du Lisa, les développeurs imaginent un système où les fenêtres réduites seraient regroupées en bas de l'écran, sous la forme d'onglets. Finalement, le Lisa adoptera un système où les fenêtres réduites deviennent de simples icônes sur le bureau virtuel. Mais l'idée des onglets regroupés sur un bord de l'écran sera reprise par d'autres systèmes d'exploitation.


Lors de l'année 1980, l'interface évolue et se perfectionne, plusieurs systèmes de réduction de fenêtres sont expérimentés.

Un ordinateur avec une suite complète de logiciels

Le Lisa est aussi un ordinateur « prêt à l'emploi » dans le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement du vieillissement, suivi de...) où il est vendu avec une suite complète de logiciels: traitement de texte, logiciel (En informatique, un logiciel est un ensemble d'informations relatives à des traitements effectués automatiquement par un appareil informatique. Y sont inclus les...) de dessin, de présentation...

Mais les innovations du Lisa ne s'arrêtent pas là. Le nouvel ordinateur Apple est doté d'un système d'exploitation nativement multitâche, d'un disque dur (Un disque dur est une mémoire de masse magnétique utilisée principalement dans les ordinateurs, mais également dans des baladeurs numériques, des caméscopes, des lecteurs/enregistreurs...), et d'un double système de démarrage: il est possible de démarrer le Lisa dans un mode « développeur » spécifiquement dédié à la programmation (La programmation dans le domaine informatique est l'ensemble des activités qui permettent l'écriture des programmes informatiques. C'est une étape importante de la conception de logiciel (voire de matériel, cf. VHDL).) de logiciels.


L'Apple Lisa est livré avec plusieurs logiciels, heureusement, car peu d'éditeurs produisent de logiciels sur cette plate-forme.

Une gestation douloureuse

Cependant, la genèse du Lisa est longue et douloureuse. Il s'agit d'un projet d'envergure (L'envergure est la distance entre les extrémités des ailes. Le terme est valable pour définir un oiseau, un chiroptère, un avion (ou planeur).) nettement plus importante que celui de l'Apple II et Steve Jobs a bien du mal à le gérer. L'équipe travaillant sur le Lisa est issue du laboratoire Parc ou de sociétés informatiques habitués aux gros systèmes et à une certaine liberté de conception. Steve Jobs impose ses idées sans vraiment prendre en compte l'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se...) des membres de son équipe. Le problème va devenir d'autant plus aigu qu'il change fréquemment sa vision des choses, forçant son équipe à reprendre à chaque fois une partie du travail accompli.

Bien que fondateur de la marque, Steve Jobs ne possède plus qu'une petite partie des actions de sa société. Suite aux nombreuses plaintes de l'équipe du projet Lisa, le PDG décide de retirer Steve Jobs du projet Lisa au cours de l'année 1982. L'équipe du Lisa va ainsi poursuivre le projet dans un esprit plus décontracté. Cependant, le projet va être mené par des équipes peu habituées aux contraintes des micro-ordinateurs, ce qui était justement le point fort de Steve Jobs.

Sorti en 1983, le Lisa va ainsi être un échec commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.) encore plus retentissant que celui de l'Apple III. Si le dernier-né de la firme à la pomme dispose d'une agréable interface graphique, cette particularité ne va pas suffire à convaincre. Il faut dire que le produit est cher, il coûte environ 10 000 $, et il s'agit du prix affiché de l'époque, autant dire qu'en devise $ ou € actuelle, la facture est nettement plus élevée. Et pour ce prix, l'utilisateur a droit à un ordinateur... particulièrement lent. Pour compléter le tableau (Tableau peut avoir plusieurs sens suivant le contexte employé :), la machine ne permet pas d'utiliser les logiciels disponibles sur l'Apple II. De fait, un Lisa ne permet alors d'utiliser que les logiciels déjà livrés avec.


Trop cher, trop lent, le Lisa ne rencontrera pas le succès espéré.

La principale conséquence de cet échec sera le départ du PDG de l'époque. L'entreprise pourra néanmoins compter sur le succès des nouvelles versions de l'Apple II pour fonctionner. Cependant, si la révolution du Lisa est complètement avortée, un petit projet délaissé et servant de lot de consolation pour Steve Jobs semble de plus en plus prometteur. Il s'agit du Macintosh qui, lancé en même temps que le Lisa, était passé complètement au second plan, mais le petit Mac n'a pas dit son dernier mot. C'est ce que nous verrons, la semaine prochaine.

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Illustrations: Apple