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Posté par Michel le Vendredi 16 Octobre 2009 à 00:00:21
Un champignon qui mange la pollution
Après quelques décennies d'agriculture intensive (L'agriculture intensive est un système de production agricole caractérisé par l'usage important d'intrants, et...), les recherches pour purger nos sols des nombreuses substances d'origine industrielle vont bon train (En transport ferroviaire, un train consiste en une suite de véhicules qui circulent le long de guides pour transporter...). Une solution prometteuse nous vient aujourd'hui... d'un banal champignon filamenteux, Podospora anserina. Fruit d'une collaboration entre trois laboratoires (1) associés au CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de...), une étude publiée en mai (2) prouve que Podospora anserina est en effet capable de "digérer" des molécules polluantes en les modifiant chimiquement grâce à une de ses enzymes. Résultat: là où une autre espèce vivante aurait succombé, le champignon assimile le polluant et le transforme en un autre composé non nocif. Et le milieu s'en trouve assaini.


Podospora anserina se développe essentiellement par reproduction sexuée
grâce à ses fructifications: ces excroissances en formes de poires poilues
mesurent quelque 0,75 mm.

L'idée a germé lors de la rencontre de deux chercheurs. Philippe Silar (3) explique à son confrère Jean-Marie Dupret (4) à quel point (Graphie) les champignons représentent un incroyable réservoir d'enzymes aux propriétés étonnantes. Les scientifiques décident alors de tester la résistance de plusieurs espèces de moisissures à une classe majeure de polluants, les amines aromatiques. Deux d'entre elles survivent, ce qui signifie que ces champignons possèdent les enzymes leur permettant de mettre hors d'état de nuire ces composés aromatiques. Entre les deux rescapées, les scientifiques choisissent de concentrer leurs efforts sur Podospora anserina, déjà bien connue des laboratoires. À partir de ce champignon, les biochimistes identifient, clonent et purifient une enzyme impliquée dans ces mécanismes de résistance, qu'ils nomment PaNAT2. Reste à définir précisément son rôle. Pour cela, et grâce à la parfaite connaissance du génome de ce champignon, l'équipe de Philippe Silar fabrique des souches mutées pour lesquelles le gène de l'enzyme PaNAT2 est inactivé. Et les mettent à l'épreuve d'un dérivé de pesticide (Pesticide est devenu au XXe siècle le terme générique utilisé pour désigner toutes les substances naturelles ou de...) trouvé dans certaines terres agricoles, la 3,4-dichloroaniline (3,4-DCA). Lors de ces tests réalisés en milieu liquide (La phase liquide est un état de la matière.), environ 45 % du polluant est dégradée par la souche normale de Podospora anserina au bout de trois jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux...), contre seulement 5 % par la souche mutée du champignon ! "Ces résultats sans ambigüité prouvent que la voie enzymatique de PaNAT2 est bien impliquée dans la capacité de ce champignon à se nourrir de certaines molécules aromatiques" assure Jean-Marie Dupret.

L'étape suivante va s'avérer tout aussi concluante. Afin de simuler une expérience de remédiation, autrement dit de décontamination du sol, les chercheurs ajoutent 0,5 g de champignon toutes les 24 h à un mélange de terre (La Terre, foyer de l'humanité, est surnommée la planète bleue. C'est la troisième planète du système solaire en partant...) et de 3,4-DCA. Au bout de trois jours, ils y plantent des graines de laitue, une plante choisie pour sa sensibilité connue au 3,4 DCA. Mais même avec une concentration extrême de polluant, la salade germe sans problème. Une preuve irréfutable de l'action assainissante de Podospora anserina. Qui dispose d'un autre atout non négligeable en tant que candidat à la restauration de l'équilibre des sols: son mode de multiplication. En effet, il se développe essentiellement par reproduction sexuée. Pour éviter une prolifération incontrôlable, il suffit d'inoculer des souches non compatibles sexuellement dans le milieu et le champignon disparaît au bout de quelque temps (Le temps est un concept développé pour représenter la variation du monde : l'Univers n'est jamais figé, les...). Mais avant d'imaginer des tests sur un champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) entier, l'équipe de chercheurs doit encore éclaircir quelques points: comment produire ce champignon en grande quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre...) ? Est-il préférable de l'enfouir ou suffit-il de le déposer à la surface (Il existe de nombreuses acceptions au mot surface, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, souvent...) de la terre ? Etc. Après ces études préliminaires, les scientifiques envisageront un partenariat pour tester la méthode en grandeur nature.


Notes:

(1) Unité de biologie fonctionnelle et adaptative (Université Paris-VII), Institut de génétique et microbiologie (CNRS / Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche),...) Paris-XI), "Interfaces, traitements, organisation (Une organisation est) et dynamique (Le mot dynamique est souvent employé désigner ou qualifier ce qui est relatif au mouvement. Il peut être employé...) des systèmes" (CNRS / Université Paris-VII).
(2) Édition en ligne de la revue Journal of Biological Chemistry.
(3) Chercheur à l'Institut de génétique et microbiologie, professeur de l'université Paris-VII.
(4) Directeur de l'unité de biologie fonctionnelle et adaptative de l'université Paris-VII.


Source: CNRS
Illustration: © P. Sila
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