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Posté par Isabelle le Dimanche 11/12/2011 à 12:00
Infarctus du myocarde: les probiotiques atténuent la dépression

Jessica Arseneault-Bréard
Après un infarctus du myocarde, 65 % des patients présentent des symptômes dépressifs. Parmi eux, 20 % souffriront d'une dépression majeure, c'est-à-dire que leurs symptômes s'étendront au-delà de deux semaines. Une jeune chercheuse récemment diplômée en pharmacologie de l'Université de Montréal a trouvé un moyen d'atténuer ces séquelles: les probiotiques.

Déjà réputés pour renforcer le système immunitaire, ces microorganismes vivants seraient capables d'amoindrir la réponse inflammatoire causée par l'infarctus (Un infarctus est défini par la mort brutale et massive de cellules (nécrose irréversible d'une partie d'un organe), en rapport avec un manque d'oxygène.) du myocarde (Le myocarde est le tissu musculaire (myo-, muscle) du cœur (-carde). C'est un muscle épais et creux se contractant de manière rythmique.).

«La crise cardiaque libère des molécules inflammatoires, appelées "cytokines", dans la circulation (La circulation routière (anglicisme: trafic routier) est le déplacement de véhicules automobiles sur une route.) sanguine qui se retrouvent ainsi partout dans le corps, y compris le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses...). Cela provoque une apoptose, une mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus...) cellulaire programmée, dans la région limbique, là où se situent l'amygdale et l'hippocampe, deux structures qui jouent un rôle dans la régulation des émotions. Voilà comment se produirait la dépression», explique Jessica Arseneault-Bréard, dont le mémoire sur ce sujet a été dirigé par le professeur Guy Rousseau.

Autre conséquence de l'infarctus du myocarde: la barrière intestinale se transforme en véritable passoire. «Des bactéries se faufilent dans le sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est...), ce qui active la réponse inflammatoire et favorise davantage l'apoptose au cerveau et par le fait même la dépression, souligne-t-elle. Il y a donc des liens importants entre le coeur, l'intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à l'anus. Chez les humains et la plupart des mammifères,...) et le cerveau.»

Dans son étude préclinique, elle a démontré que la prise orale de probiotiques préserve l'intégrité des intestins et diminue la concentration de cytokines circulantes. Les risques d'apoptose au cerveau sont donc considérablement réduits. Ces résultats laissent dire à Mme Arseneault-Bréard que les probiotiques seraient des «antidépresseurs naturels».

Tests comportementaux

Pour prouver son hypothèse, Jessica Arseneault-Bréard a étudié le comportement de 40 rats après un infarctus du myocarde.

Pendant une semaine, certains d'entre eux ont avalé quotidiennement un milliard (Un milliard (1 000 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millions neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (999 999 999) et...) de bactéries vivantes issues d'une combinaison (Une combinaison peut être :) de Lactobacillus helveticus RO052 et de Bifidobacterium longum RO175 diluées dans leur eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.).

On a causé chez la moitié des rats un infarctus par l'occlusion de l'artère coronaire antérieure gauche. Une semaine après, la chercheuse leur a administré de nouveau des probiotiques pendant sept jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil...).

Par la suite, elle a soumis les rats à trois tests: l'interaction (Une interaction est un échange d'information, d'affects ou d'énergie entre deux agents au sein d'un système. C'est une action...) sociale, la nage forcée et l'évitement passif. Le premier consistait à mesurer le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) que passait un rat (Le mot « rat » désigne en français, dans le langage vernaculaire certains mammifères rongeurs, le plus souvent du genre...) à interagir avec un congénère, ainsi que le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) de fois qu'il se levait sur deux pattes et se lavait. «Les rats qui ont avalé des probiotiques avaient un niveau d'interaction sociale semblable à celui des rongeurs témoins, alors que ceux qui n'en ont pas reçu s'isolaient. Certains se sont même battus», remarque-t-elle.

Au cours du deuxième exercice, les rats étaient plongés dans un bassin ne comportant pas d'issue. On évaluait leur détermination à trouver une sortie. «Encore une fois, les probiotiques ont permis aux rats concernés de mieux performer, commente-t-elle. Les autres ont rapidement abandonné. Ils restaient immobiles. Ce comportement d'inertie (L'inertie d'un corps découle de la nécessité d'exercer une force sur celui-ci pour modifier sa vitesse (vectorielle). Ainsi, un...) est typique de la dépression.»

Le dernier test estimait la capacité de mémorisation et le degré d'anxiété des rats. «Un rat dépressif sera forcément plus anxieux», signale la chercheuse. Les animaux étaient placés dans une cage à deux paliers. Ils devaient apprendre à demeurer à l'étage le plus élevé même si d'ordinaire ils apprécient peu les hauteurs. Pour ce faire, un léger courant parcourait le palier le plus bas chaque fois que le rat y descendait. «Les rats devaient rester au deuxième étage de la cage pendant une minute ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la...) au cours de trois essais consécutifs, précise-t-elle. Peu de rats parmi ceux qui n'avaient pas ingéré de probiotiques y sont parvenus. La peur des hauteurs accroissait tellement leur anxiété qu'ils préféraient redescendre en dépit du choc (Dès que deux entitées interagissent de manière violente, on dit qu'il y a choc, que ce soit de civilisation ou de particules de hautes énergies.) subi.»

À la lumière de ces résultats, Jessica Arseneault-Bréard ne saurait trop recommander au public de prendre une dose quotidienne de probiotiques. «Déjà, des hôpitaux en administrent à des patients pendant leur séjour, observe-t-elle. Mais il est important de le faire aussi à titre préventif, surtout quand on a des antécédents familiaux de maladies cardiaques et de dépression. C'est d'autant plus important que ces deux troubles s'associent en une espèce de cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée rayon du cercle....) vicieux.» En effet, une étude américaine a établi que la dépression augmente les possibilités de souffrir de maladies cardiovasculaires. Inversement, le risque de mourir d'une cause cardiaque dans les six mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) suivant un infarctus du myocarde est quadruplé chez les patients dépressifs. Et le lien entre la mortalité cardiovasculaire et la dépression majeure est observable (Dans le formalisme de la mécanique quantique, une opération de mesure (c'est-à-dire obtenir la valeur ou un intervalle de valeurs d'un paramètre...) jusqu'à 10 ans après l'infarctus.

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Source: Marie Lambert-Chan - Université de Montréal