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Posté par Adrien le Jeudi 19/01/2012 à 00:00
L'expression faciale révèle divers aspects de la douleur

L'expression faciale joue un rôle indispensable dans nos rapports sociaux. (Photo: iStockphoto)
On sait que la douleur revêt un aspect à la fois sensoriel et affectif, cette seconde composante pouvant atténuer ou augmenter la sensation de douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à un signal d'alarme de...). Une douleur musculaire de même intensité ne sera pas ressentie de la même façon si elle est due à une blessure (Une blessure est une lésion, physique ou psychique, faite involontairement ou dans l'intention de nuire.) ou à la pratique intensive et volontaire d'une activité physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien, la...) inhabituelle.

«L'intensité de la douleur peut être comparable au volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) d'un son alors que sa dimension (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son...) affective peut être comparée au caractère agréable ou désagréable du même son», explique Pierre Rainville, professeur au Département de stomatologie et chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche...) au Centre de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques....) sur le système nerveux central. Les composantes sensorielle et affective de la douleur sont intimement liées, mais peu d'études ont recherché les corrélats de ces deux facteurs dans l'expression faciale.

Intensité et émotion se lisent sur le visage

L'intérêt, pour la recherche, de réussir à bien saisir la subtilité des signaux faciaux associés à la douleur est d'en arriver à mieux décoder ce qu'éprouvent réellement les patients, notamment ceux aux prises avec des difficultés d'expression verbale.

Miriam Kunz a réalisé l'une des premières études sur ce sujet alors qu'elle était chercheuse postdoctorale au Centre de recherche de l'Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel...) universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM) sous la direction du professeur Rainville.

En recourant à des suggestions hypnotiques, Pierre Rainville a amené une vingtaine de sujets à augmenter soit l'intensité, soit l'aspect désagréable d'une sensation de chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) produite par l'application d'une plaque chaude de trois centimètres carrés sur la jambe. Une caméra filmait le visage des sujets et les variations dans l'expression de la douleur étaient évaluées à l'aide d'un programme spécialement conçu pour analyser les mouvements des muscles faciaux.

«L'expression de la douleur présente une configuration qui la distingue de la colère, de la peine ou de l'anxiété même si certaines de ses composantes se trouvent aussi dans ces autres émotions», précise le chercheur.

L'analyse des expressions montre que le conditionnement amplifiant la sensation de douleur amène les sujets à contracter davantage les muscles autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les...) des yeux. L'amplification (On parle d'amplificateur de force pour tout une palette de systèmes qui amplifient les efforts : mécanique, hydraulique, pneumatique, électrique.) émotive de la douleur cause pour sa part une contraction des muscles des sourcils (Les sourcils sont des poils qui poussent sur l'arcade sourcilière, situés au-dessus des yeux dans un visage humain. Ils servent à protéger les yeux du soleil, de la pluie et d'autres gouttes comme la sueur et, en...) et des muscles produisant la ride (Une ride est un pli dans la surface de la peau. C'est une cassure cutanée due à un affaissement des structures dermiques provoqué par la disparition progressive de deux protéines:) de chaque côté des narines qui entraine l'élévation de la lèvre supérieure.

«Ces deux aspects de la douleur sont donc encodés différemment dans l'expression faciale qui joue (La joue est la partie du visage qui recouvre la cavité buccale, fermée par les mâchoires. On appelle aussi joue le muscle qui sert principalement à...) un rôle indispensable dans nos rapports sociaux», souligne le chercheur.


Pierre Rainville
Inhibition plus grande chez les stoïques

En recourant à l'imagerie (L’imagerie consiste d'abord en la fabrication et le commerce des images physiques qui représentent des êtres ou des choses. La...) cérébrale, l'équipe de Pierre Rainville, toujours avec Miriam Kunz en tête, a voulu vérifier si l'expression faciale rendait correctement ce que le sujet éprouve réellement. Dans les milieux cliniques, une telle information est essentielle afin de pouvoir évaluer adéquatement ce qu'un patient (Dans le domaine de la médecine, le terme patient désigne couramment une personne recevant une attention médicale ou à qui est prodigué un soin.) exprime par divers signaux, qu'ils soient verbaux ou sensorimoteurs.

Trente-quatre sujets manifestant diverses intensités d'expression faciale de la douleur ont été retenus pour cette étude réalisée à l'Unité de neuro-imagerie fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le terme a été étendu, et...) du CRIUGM. L'expérience a mis au jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil...) deux mécanismes distincts qui entrent en action dans l'expression de la douleur.

«De façon générale, l'expression faciale est proportionnelle à l'activation (Activation peut faire référence à :) cérébrale des régions nociceptives, affirme Pierre Rainville. Toutefois, les sujets stoïques chez qui l'expression faciale est faible et qui disaient ressentir la même intensité de douleur que les autres présentent une activité neuronale plus intense dans une zone du cortex (En biologie, le cortex (mot latin signifiant écorce) désigne la couche superficielle ou périphérique d'un tissu organique.) préfrontal médian. D'autre part, ceux dont la réaction faciale est plus forte ont plus d'activation neuronale dans le cortex moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce travail à partir d'une énergie...) primaire. La zone plus fortement activée chez les individus stoïques est donc une zone d'inhibition des réponses automatiques et non une zone d'inhibition de la douleur.»

Selon le chercheur, ces résultats apportent une base objective aux mesures subjectives de la douleur et peuvent avoir des retombées cliniques intéressantes. «En gérontologie, par exemple, il arrive que des patients en début de démence donnent l'impression d'exagérer leur expression faciale de la douleur. Le personnel peut alors avoir tendance à discréditer cette réaction et à se fier plutôt à l'évaluation verbale. Mais l'évaluation verbale peut être incohérente à cause d'une perte d'habileté à bien juger l'intensité de la douleur. L'expression faciale, même modifiée par une perte d'inhibition dans le cortex préfrontal, serait alors plus fiable.»

Ces deux recherches postdoctorales ont été publiées respectivement dans le numéro du 21 novembre de la revue Pain et dans celui du 15 juin du Journal of Neuroscience.

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Source: Daniel Baril - Université de Montréal
 
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