Le programme Gemini est celui de la montée en compétence de la Nasa en matière de vol habité. Plus grand, plus perfectionné, il s’agit d’un programme qui va être aussi éphémère que fulgurant, permettant à la NASA de prendre l’avantage sur l’agence spatiale soviétique. Le programme Gemini est un succès à la fois technique et populaire et va s’avérer être le marchepied décisif de la course à la Lune.
Les objectifsLe programme Gemini doit servir de tremplin pour pouvoir envoyer ensuite des hommes sur la Lune. Il s’agit de tester les concepts nécessaires pour réaliser le scénario d’une mission Apollo.
- Permettre les rendez-vous dans l’espace
- Permettre les sorties extra-véhiculaires
- Allonger la durée de vol dans l’espace
- Améliorer la précision et la procédure de retour dans l’atmosphère
Au départ, les ingénieurs de la NASA pensaient faire un retour sur Terre avec atterrissage continental. Cependant, cet objectif fut abandonné lors de la conception de la capsule.
Le programme Gemini ne comprend pas seulement le développement de la capsule, mais aussi des combinaisons spatiales pour les sorties extravéhiculaires ainsi que la réalisation d’une fusée orbitale qui doit pouvoir servir d’hôte d’amarrage pour Gemini. L’engin doit pouvoir être piloté ensuite depuis la capsule Gemini. Il s’agit d’expérimenter les techniques de rencontres spatiales qui seront mises en œuvre entre le futur vaisseau Apollo et le LEM.
Le vaisseauSur la forme, Gemini ressemble à une capsule Mercury en version biplace. Cependant, les capsules Gemini sont plus perfectionnées et représentent d’énormes avancées technologiques. De manière général Gemini contient les briques de base nécessaires à la réussite des missions Apollo. Les vaisseaux Gemini reprennent la forme conique des premières ainsi que le mode de fonctionnement général.
Diagramme d'un vaisseau Gemini (cliquer pour agrandir) Le nez de l’engin, très proéminent comparé à celui de Mercury, emporte les parachutes, des systèmes de buses permettant le contrôle de la trajectoire et un équipement permettant l’amarrage à des modules externes. Toutefois, les amarrages possibles ne sont que techniques, il n’est pas encore question de permettre aux astronautes de passer d’un engin à l’autre. Cependant, Gemini peut prendre le contrôle technique des équipements de son hôte dont ses systèmes de propulsion.
Les vaisseaux cibles utilisés sont des fusées Agena. Elles sont lancées préalablement aux missions Gemini et sont conçues pour permettre à une capsule Gemini de s’amarrer. Surtout, des systèmes sont connectés au vaisseau hôte qui peut ainsi contrôler les moteurs de la fusée cible.
Gemini est aussi conçu pour s'éloigner plus significativement de la Terre et est en cela le premier vaisseau spatial américain capable de traverser les ceintures de Van Allen en préservant la santé de ses occupants. Gemini peut aussi changer d'orbite plus facilement et permet à ses occupants d'effectuer des sorties extravéhiculaires, ce qui implique des systèmes de dépressurisation et re-pressurisation.
Au niveau du pilotage et du contrôle, Gemini est le premier vaisseau spatial équipé d’un ordinateur de bord. Il est capable de piloter automatiquement les mouvements de la capsule et d’effectuer des retours sur Terre avec une précision nettement améliorée par rapport aux vaisseaux Mercury.
Tableau de bord d'un vaisseau Gemini (cliquer pour agrandir) Les volsLes premiers vols Gemini ne sont pas habités, ils permettent de tester le bon fonctionnement de cette série de vaisseaux. Lors du tout premier vol, la capsule emporte des expériences biologiques. Placée sur une orbite fortement elliptique, les altitudes successives varient de 160 à 1400 km, ce qui permet déjà d’étudier le comportement de Gemini dans la première ceinture de Van Allen.
Le troisième vol de Gemini fût aussi le premier à transporter des astronautes, mais il ne s’agissait alors que de vérifier le bon fonctionnement général de Gemini. C’est surtout à partir du quatrième vol que débute les nouveautés avec la première sortie d’un américain dans l’espace. La Nasa a alors encore du retard sur le programme spatial soviétique, mais celui-ci tend à diminuer. Afin de prouver sa maitrise de la technologie, cette première sortie fût plus longue que celle pratiquée par les cosmonautes russes.
Le cinquième vol montre les possibilités de vol prolongé, la capsule Gemini reste alors plus de 7 jours dans l’espace, ce qui constitue un record. Les vols 6 et 7 ont lieu simultanément et pour cause : il s’agit de tester les possibilités de vol synchronisé entre deux vaisseaux pilotés. La mission de Gemini 7 est aussi d’aller encore plus loin en terme de durée de vol spatial en restant 13 jours en orbite, recueillant ainsi des données précieuse sur l’effet prolongée de l’apesanteur sur le corps humain.
A partir de Gemini 8, les missions vont se dérouler en compagnie du vaisseau-fusée cible Agena. Lors de la première mission du genre, la capsule Gemini s’est amarré sans problème à la fusée. Cependant, un problème technique sur la capsule elle-même va entrainer l’ensemble dans un mouvement en toupie qui va pousser Neil Armstrong, le pilote, à larguer d’urgence la fusée et à effectuer plusieurs manœuvres de rattrapage. Ayant rétabli la stabilité de l’appareil, il décide de mettre fin à la mission et effectue un retour d’urgence sur Terre qui se déroule sans encombre.
Gemini 9 va lui aussi s’amarrer sans problème à la fusée cible, mais sans parvenir à en prendre effectivement le contrôle. Toutefois, une autre sortie extravéhiculaire sera menée à bien lors de ce vol qui se terminera normalement.
C’est avec les missions Gemini 10 et 11 que la Nasa recommence à prendre de l’avance. Lors des deux missions, des sorties extravéhiculaires seront menées sans problème, mais surtout, les pilotes réussiront à prendre le contrôle des fusées Agena depuis leur capsule. Gemini 10 atteindra une première altitude record de 763 km, Gemini 11 enfoncera le clou avec une altitude maximale de 1373 km. Le programme Gemini se termine le 15 novembre 1966 avec un 12ème vol où Edwin Buzz Aldrin effectua une sortie extravéhiculaire d’une durée record de 5 heures.
Gemini dans la culture populaireGrande réussite technologique, le programme Gemini va rencontrer un gros succès populaire dans les années 60.
Des capsules Gemini jouent un rôle important dans le James Bond « On ne vit que deux fois ». Dans le film, elles sont victimes d’un vaisseau cannibale appartenant à un milliardaire mégalomane. Leurs équipages ne font pas usage des possibilités de manœuvrabilité pour échapper au vaisseau ennemi.
Dans l’une de ses chansons, « Qui est in, qui est out », Gainsbourg nous confirme que « Gemini ne carbure pas au mazout », affirmation tout à fait exacte. Cependant, le vaisseau américain n’utilise ni nitroglycérine, ni les rythmes du rock psychédélique, comme suggéré dans la chanson, pour se mouvoir.