[News] Une fouille cosmique révèle les vestiges de blocs élémentaires primordiaux de la Voie Lactée

Observation du ciel et technologies relatives...

Modérateur : Modérateurs

Avatar de l’utilisateur
Michel
Messages : 19968
Inscription : 14/07/2004 - 14:48:20
Activité : Ingénieur
Localisation : Cote d'Azur

[News] Une fouille cosmique révèle les vestiges de blocs élémentaires primordiaux de la Voie Lactée

Message par Michel » 28/11/2009 - 0:00:35

En scrutant au travers des épais nuages de poussière du « bulbe » de notre Galaxie (les myriades d’étoiles entourant son centre) et en révélant un nombre étonnant de détails, une équipe d’astronomes a dévoilé des étoiles d’une diversité peu habituelle dans le groupe d’étoiles appelé Terzan 5. Ce curieux cocktail d’étoiles, encore jamais observé dans le bulbe, laisse supposer que Terzan 5 est en fait un des blocs élémentaires primordiaux du bulbe, très probablement le vestige d’une galaxie naine ayant fusionné avec la Voie Lactée durant ses tout premiers jours.


Image
L’amas globulaire Terzan 5


« L’histoire de la Voie Lactée est encodée dans ses plus vieux fragments, amas globulaires et autres systèmes d’étoiles, qui ont été témoins de toute l’évolution de notre Galaxie » déclare Francesco Ferraro, premier auteur de l’article publié dans l’édition du journal Nature de cette semaine. « Notre nouvelle étude ouvre une nouvelle fenêtre sur encore un autre pan de notre passé galactique. »

Tels des archéologues, qui fouillent dans la poussière amoncelée sur les restes d’anciennes civilisations et déterrent des pièces cruciales de l’histoire de l’humanité, les astronomes ont concentré leur regard au travers des épaisses bandes de poussière interstellaire obscurcissant le bulbe de la Voie Lactée et ont dévoilé un vestige cosmique extraordinaire.

La cible de l’étude est l’amas d’étoiles Terzan 5. Les nouvelles observations montrent que cet objet, contrairement à la plupart des amas globulaires, n’héberge pas que des étoiles formées en même temps – ce que les astronomes appellent une « population unique » d’étoiles. Au lieu de cela, la multitude d’étoiles qui brillent dans Terzan 5 s’est formée au cours d’au moins deux périodes différentes, la première il y a probablement 12 milliards d’années, puis une seconde il y a six milliards d’années.

« Seul un autre amas globulaire avec une histoire aussi complexe de formation stellaire a été observé dans le halo de la Voie Lactée : Oméga du Centaure » précise Emanuele Dalessandro, membre de l’équipe. « C’est la première fois que nous voyons cela dans le bulbe. »

Le bulbe galactique est la région la moins accessible de notre galaxie pour les observations astronomiques : seule la lumière infrarouge permet de pénétrer les nuages de poussière et révéler ses myriades d’étoiles. « C’est uniquement grâce aux instruments exceptionnels installés sur le très grand télescope de l’ESO (le VLT) » déclare Barbara Lanzoni, une des co-auteurs de l’article, « que nous avons finalement été capables de « dissiper le brouillard » et d’obtenir une perspective nouvelle sur les origines du bulbe galactique lui-même. »

Un joyau technique se cache derrière cette découverte, à savoir, le « Multi-conjugate Adaptive optics Demonstrator » (MAD), un instrument de pointe qui permet au VLT de faire des images superbement détaillées dans l’infrarouge. L’Optique Adaptative est la technique avec laquelle les astronomes peuvent corriger les déformations provoquées par les turbulences atmosphériques de la Terre sur les images astronomiques réalisées avec des télescopes au sol. MAD est un prototype, encore plus puissant, des instruments d’optique adaptative de prochaine génération (1).

Grâce à l’œil perçant du VLT, les astronomes ont également découvert que Terzan 5 est plus massif que ce que l’on pensait : Il semblerait que ce système, avec sa composition complexe et l’histoire agitée de sa formation stellaire, soit les restes survivants d’une galaxie naine bouleversée qui a fusionné avec la Voie Lactée durant ses tous premiers stades, contribuant ainsi à former le bulbe galactique.

« Ce résultat pourrait être le premier d’une série de découvertes à venir qui nous permettra d’apporter des réponses à la question toujours vivement débattue de l’origine des bulbes galactiques » conclue Francesco Ferraro. « Plusieurs systèmes similaires peuvent être cachés derrière la poussière du bulbe : c’est dans ces objets que l’histoire de la formation de notre Voie Lactée est écrite. »


Note:

(1) Les télescopes terrestres souffrent de l’effet de brouillard dû à la turbulence atmosphérique. Ces turbulences provoquent le scintillement des étoiles qui enchante les poètes mais frustre les astronomes car il brouille les détails subtils des images. Toutefois, avec les techniques de l’Optique Adaptative, cette perturbation majeure peut être corrigée de telle sorte que les télescopes fournissent des images qui sont théoriquement aussi précises que possible, i.e. se rapprochant des conditions spatiales. Les systèmes d’optique adaptative fonctionnent au moyen de miroirs déformables contrôlés par ordinateur qui neutralisent les distorsions provoquées par les turbulences atmosphériques. Le principe repose sur des corrections optiques en temps réel calculées à une très grande vitesse (plusieurs centaines de fois par seconde) à partir de données d’image obtenues par un détecteur de front d’ondes (une caméra spéciale) qui contrôle la lumière à partir d’une étoile de référence. Les systèmes d’optique adaptative actuels peuvent seulement corriger les effets des turbulences atmosphériques sur une très petite région du ciel – généralement 15 secondes d’arc ou moins-la correction se dégradant très vite lorsque l’on s’éloigne de l’étoile de référence. Les ingénieurs ont donc développé de nouvelles techniques pour dépasser ces limites, l’une d’elles étant l’optique adaptative multi-conjuguée (multi-conjugate adaptive optics – MCAO) comme l’instrument « MAD » qui utilise jusqu’à trois étoiles guide au lieu d’une seule comme référence pour supprimer le brouillage provoqué par la turbulence atmosphérique, sur un champ trente fois plus grand qu’avec les techniques actuelles.



Image
Les environs de Terzan 5


Source: © ESO
Illustrations: Terzan 5: ESO/F. Ferraro; Environs: ESO/Digitized Sky Survey 2

Aldaux
Messages : 74
Inscription : 14/11/2009 - 10:29:53
Activité : Enseignant ou Chercheur

Re: [News] Une fouille cosmique révèle les vestiges de blocs élémentaires primordiaux de la Voie Lactée

Message par Aldaux » 28/11/2009 - 3:51:54

C'est beau, c'est magnifique, c'est fabuleux, je m'émerveille toujours de ces images extraordinaires, obtenues avec des moyens techniques de plus en plus sophistiqués.
Quand je lève le nez en haute montagne, par nuit claire, c'est déjà beau et cela fait rêver, mais le peu que les yeux puissent voir n'est vraiment rien en comparaison de l'immensité de notre galaxie, perdue dans un Univers incomparablement plus immense.
Les humains, si vaniteux, feraient bien de lever le nez un peu plus souvent. Nous sommes si peu de chose !

Avatar de l’utilisateur
cisou9
Messages : 10100
Inscription : 12/03/2006 - 15:43:01
Activité : Retraité
Localisation : Pertuis en Lubéron
Contact :

Re: [News] Une fouille cosmique révèle les vestiges de blocs élémentaires primordiaux de la Voie Lactée

Message par cisou9 » 28/11/2009 - 12:15:35

:_salut: Ce qui est fabuleux , c'est de voir à travers la poussière grâce à la sensibilité à l'infrarouge ce que l'on ne savait pas faire il y a vingt ans. ;)

basstemperature

Re: [News] Une fouille cosmique révèle les vestiges de blocs élémentaires primordiaux de la Voie Lactée

Message par basstemperature » 29/11/2009 - 22:49:15

mmh, il serait peut être alors interessant d'y chercher un trou noir massif intermédiaire dedans ?

normalement, au vue de l'état de cet amas globulaire interne, et comme on a vu récemment que les amas globulaire externe peuvent disposer d'un trou noir de taille intermédiaire mais déja considéré comme géant, et qu'on pouvait supposer que peut etre bien la plupart des amas globulaires en disposent un ... il y aurait alors de bonne chance que cet amas disposait d'un trou noir propre central toujours présent aujourd'hui ...

le problème par contre : c'est qu'il pourrait hélas être absoluement inactif : vu que le géants central qu'on connait bien maintenant, a fait pas mal de ménage au centre du bulbe : du coup les jeux de rotations, et marées dans le bulbe dans sa globalité pourrait avoir supprimé pas mal de source d'alimentation pour un trou noir géant mais bien plus petit dans un autre coin du bulbe ...

ou ce trou noir moyen au fil des milliards d'années : fait trop le ménage dans son environnement direct !

Mais je pense que cela pourrait etre interessant d'essayer de voir si de l'activité meme minime peut etre captée au centre de cet amas ?

Répondre