Modérateur: Modérateurs
L'homme peut-il élaborer une créature à son image sans y laisser des plumes ? De nombreux auteurs et réalisateurs semblent induire que la chose n'est pas possible, laissant transparaître une morale sous-jacente, comme quoi l'humain irait à l'encontre d'un certain ordre des choses en endossant ce rôle de créateur de vie. D’ailleurs, bien des écrivains se plaisent à marquer la frontière entre l'homme et sa progéniture artificielle en marquant le territoire du premier par la notion de conscience, indépendante de tout automatisme. Quand bien même certains films tels que A.I. de Spielberg traitent de la potentielle naissance d'une telle intuition de soi-même, l'avis général est que le robot ne sera jamais qu'une machine quand bien même elle serait animée par un logiciel ultra-sophistiqué. Dans une de ses nouvelles, Boris Vian avait d'ailleurs eu ce trait d'humour par rapport à un robot que s'il lui manquait de respect, il s'aviserait de le débrancher !
Entre l'Antiquité et l'ère moderne, bien des siècles vont toutefois s'écouler avant que les entités artificielles ne reviennent hanter l'imaginaire des écrivains. Il faut attendre l'avènement du romantisme et son penchant envers l'obscur pour qu'ils commencent à s'autoriser de nouvelles libertés en matière de fiction. C'est à peu près à la même époque que naissent la nouvelle The Vampyre de John William Polidori qui conte les aventures d'un vampire aristocrate mais aussi l'intrigante histoire de Frankenstein. De façon étonnante, ces deux œuvres naissent pareillement d'un concours d'écriture entre plusieurs auteurs organisé en juin 1816 en Suisse par le poète Lord Byron et auquel assistent son secrétaire et médecin Polidori et aussi le poète Percy Shelley et son épouse Mary. Tous se donnent pour défi de créer le récit le plus terrifiant possible.
Si en 1909, l'auteur Marinetti introduit des personnages mécaniques de forme humaine dans sa pièce Poupées électriques — rebaptisée plus tard Elettricita — c’est à l’écrivain tchèque Karel Capek que revient le mérite d’avoir inventé le terme « robot » et de l'avoir matérialisé au sein d’une pièce baptisée R.U.R.
Le deuxième tournant majeur a lieu en 1926 avec le perfide robot féminin que Fritz Lang fait intervenir dans Metropolis et qui s’inscrit en droite ligne des rebelles de la pièce de Capek. Cette fois, c'est la révolte des esclaves de Spartacus qui se voit transposer à l'écran, avec pour différence que le meneur de jeu est une créature féminine à la fois sexy et maléfique.

Alors que l'on ne donne pas cher de la peau du robot en matière de personnage de science-fiction, un homme de science bien inspiré redonne une chance à ces créatures articulées. En 1938, lassé de voir tant d'histoires de piètre niveau montrant des robots envahisseurs et agressifs, le biologiste d'origine russe Isaac Asimov développe une série de nouvelles et romans qu’il organise autour de trois lois immuables de la robotique. Ces lois sous-jacentes à leur création sont censées empêcher les androïdes de nuire aux humains.
Le cinéma va rapidement répercuter un tel archétype et faire apparaître des robots d’un nouveau genre, débonnaires et protecteurs, une attitude pouvant inclure l'abnégation. The Day the Earth Stood still (Le jour où la Terre s'arrêta - 1951) en est une brillante manifestation avec un robot, Gort, qui respecte en tous points l'éthique des lois d'Asimov. Il matérialise sur le grand écran une image du robot à la force tranquille telle que l’écrivain a pu en rêver : une immense puissance compensée par une capacité à s'auto-maîtriser, un sens du devoir sans faille, une sorte de sagesse circonscrite à l'intérieur d'un cadre bien défini, celui de la protection du maître humain et du respect implicite de ses semblables.

Au cours des années 60, la littérature de science-fiction tente toutefois de s'extraire du mythe du bon robot énoncé par Asimov et poursuit d'autres pistes. Dans le roman « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques », Philippe K. Dick pousse à son extrême la notion d’un robot si perfectionné qu’il est impossible de le dissocier d’un humain au premier coup d’œil : le réplicant.
C'est dans Tetsuwan Atomu qu'il crée le premier robot de la bande dessinée, un personnage qui va devenir connu sous le nom de Astro Boy et va se voir adapté sous forme de dessin animé. En 1970, lors de l'Exposition Universelle du Japon à Osaka, des millions de visiteurs découvrent ce robot humaniste. Son impact est très important car Astro Boy laisse transparaître qu'un robot pourrait détenir un potentiel affectif…
Un peu lourdaud, R2-D2 a du mal à se déplacer et s'exprime par le biais de petits bruitages électronique, tandis que sa tête en demi-sphère entre en rotation. Son aspect humoristique en fait rapidement le personnage le plus populaire du film ! R2-D2 est assisté d'un traducteur de son langage, C3-PO, un androïde que Lucas a eu la grande idée de dépeindre à la façon d'un maître d'hôtel guindé aussi poltron qu'il est cultivé (il maîtrise 6 millions de langues).
La littérature, pour sa part, a d’autres préoccupations. Pour les auteurs "tendance" de science-fiction des années 80, les robots ne sont plus d'actualité. William Gibson ouvre un nouveau champ d'exploration avec le cyberpunk qui s'intéresse, avec une dizaine d'années d'avance, aux dérives liées à l'univers des réseaux informatiques. Les héros de telles intrigues sont les pirates, ceux qui parviennent à infiltrer les ordinateurs. Seul le cinéma continue d'offrir quelques rôles éminents aux robots, mais il est à noter qu’il tire un trait sur leur aspect d’être de métal. Le fait majeur de ces intrigues est que la créature est extérieurement indiscernable d'un humain.

Terminator 2, qui apparaît en 1990, va encore plus loin dans la démonstration en introduisant la notion du "morphing" (capacité à changer de forme). La séquence finale demeure une scène d'anthologie : pulvérisé, le robot tueur n'est plus qu'un amas de boules de mercure qui gisent sur le sol. Pourtant, ces particules conservent encore la mémoire du programme qui leur a été implanté. Une à une, elles se rassemblent et recomposent la forme du Terminator qui repart de plus belle à l'assaut.
Où peut-on chercher le robot à partir des années 90 et 2000 ? Là encore, il n’est pas dans la littérature qui paraît avant tout fascinée par les potentiels de la nanotechnologie laquelle fait toutefois entrevoir des robots et machines de taille microscopique —Neil Stephenson a commis un roman célèbre, The Diamond Age, rejoint en cela par Paul Anderson avec le très inquiétant Nanodreams. En revanche, le cinéma continue de consacrer le robot. Sur des films tels que Bicentennial Man (1999) ou I Robot (2004), il représente l'essentiel de la trame.

Dergen a écrit:Excellent article, sauf sur un point, Asimov a rajouté une quatrième loi, la loi dite Zéro qui parle de la protection de l'humanité...
Der§en.

eh! bien félicitation pour votre projet vous m'avez beaucoup inspirer car j'adore les robots et que c'était vraiment très génial. 
SIRIUS a écrit:Dergen a écrit:Excellent article, sauf sur un point, Asimov a rajouté une quatrième loi, la loi dite Zéro qui parle de la protection de l'humanité...
Der§en.


Utilisateurs parcourant actuellement ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité