[News] Alpes: une fonte des glaciers qui s'accélère depuis 2003

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[News] Alpes: une fonte des glaciers qui s'accélère depuis 2003

Messagepar Adrien » 17/02/2017 - 0:00:08

Des scientifiques allemands, autrichiens, suisses et français ont conduit une étude originale sur l'évolution de la fonte des glaciers alpins au cours des 50 dernières années, en réalisant une... >> Lire la suite
Adrien
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Re: [News] Alpes: une fonte des glaciers qui s'accélère depuis 2003

Messagepar balajo220 » 17/02/2017 - 8:48:17

Je me demande si il ne faudrait pas plutôt parler d'un ralentissement des précipitations, donc de l'apport neigeux en altitude. A plus de 3000 mètres, il neige même en été, mais moins qu'il y a 100 ans. L'évolution des températures ne justifie pas à elle seule la diminution de la glace d'altitude, donc du volume et du débit des glaciers. Elle y contribue, mais pas dans les proportions que ces savants-là veulent bien le dire. Une élévation de la température moyenne de 1 ° devrait théoriquement amener les glaciers a fondre 150 mètres plus haut. Si on constate que tel glacier a remonté de 900 mètres , cela ne veut pas dire que la température moyenne a augmenté de 6 ° en 100 ans !
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Re: [News] Alpes: une fonte des glaciers qui s'accélère depuis 2003

Messagepar POB » 17/02/2017 - 17:29:41

Les causes de la fonte accélérée des glaciers alpins sont multiples.
Je survole chaque année plusieurs fois le Mer de Glace en parapente et c'est flagrant : les glaciers fondent à vue d'œil.
La Mer de Glace ne mérite plus ce nom, elle a perdu 50m d'épaisseur et c'est devenu une longue langue de glace entre des moraines immenses.
Les glaciers de l'Envers des Aiguilles ont à peu près disparu et - il faut un peu de positif - les grandes dalles dénudées génèrent des thermiques qui permettent aux "volatiles" de garder de l'altitude.
Le glacier de Talèfre a pratiquement disparu, il n'en reste que quelques nappes au-dessus du Jardin.
On ne sort plus à skis de la Mer de Glace, il faut remonter au Montenvers avec 200m d'escaliers métalliques... ou sortir le parapente, se mettre tout schuss vers le bas pour décoller aux Mottets et poser à skis sur l'herbe à Chamonix, plaisir moyen.
Je ne fais plus la Vallée Blanche à skis.
Le glacier des Bossons a terriblement régressé lui aussi. J'allais faire de l'école de glace sur sa langue terminale mais c'est fini, le front du glacier est remonté de 400m au niveau des Pyramides.
Le glacier de Taconnaz a quasiment disparu.
Le glacier d'envers du Plan ne "passe" plus. La classique traversée Midi-Plan avec descente sur le refuge du Requin ne se fait plus, on revient par Plan-Midi et on prend la benne pour descendre (ou le parapente).
Le glacier d'Argentière est mieux abrité des vents apportant la suie du diesel mais il régresse quand même.
En versant sud de l'Aiguille d'Argentière, le glacier du Milieu est réduit à un couloir étroit entre des dalles rocheuses. Je ne pourrais plus descendre à skis comme dans les années 70.
En face, sous l'Aiguille Verte, le couloir Couturier est réduit à une goulotte dans sa partie la plus raide (55°).
La voie Davaille dans la face N des Droites est devenue rocheuse, la glace fine à 60° c'est fini.
Versant sud de l'Aiguille Verte, le couloir Whymper est maintenant presque aussi caillasseux que la steinerne Rinne dans le Kaisergebirge, pour ceux qui connaissent.

Image
C'est par là qu'on monte à l'attaque des parois de la Fleischbank (à droite sur l'image)

Le Whymper est devenu un "canon de marine" avec des chutes de pierres qui le rendent impraticable en été.
En août 1974, au tout petit matin après un bivouac au sommet de l'Aiguille du Jardin, j'avais trouvé des conditions de neige si extraordinaires que nous étions descendus en ramasse avec les crampons. Ce matin-là, il aurait été fabuleux de descendre à skis.
Plus au sud, le Glacier Blanc a régressé bien au-dessus du refuge. Il y a 30ans, on le longeait rive gauche pour monter au refuge et il y avait certaines années un passage un peu difficile pour les randonneurs.
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Quand je vole en été à Chamonix, ce qui me frappe le plus est la couleur de la glace : GRIS SALE. C'est en grande partie lié aux dépôts de suie du diesel. Chaque micro-particule noire absorbe la lumière solaire qu'elle convertit en chaleur et cela fait fondre la neige, puis la glace. Dans ma jeunesse, avant la prolifération du diesel, ces micro-fontes locales étaient dues à des poussières minérales apportées par le vent et la pluie, mais elles n'étaient pas noires et elle ne couvraient pas les glaciers comme le niqab couvre les femmes arabes.
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Plus en altitude, les glaciers fondent un peu moins vite mais on observe quand même cette fonte sur l'arête qui descend de la gare de l'Aiguille du Midi. Dans ma jeunesse, elle était "à vaches". Maintenant, la couverture glaciaire de l'arête Midi-Plan s'est effondrée en plusieurs endroits et l'arête est devenue raide, souvent "en glace". On passe toujours, évidemment, mais ce n'est plus complètement à vaches, bref il faut être à l'aise sur les crampons.

Aller au Mont Blanc par la voie classique du Goûter est devenu très dangereux. Dans ma jeunesse, l'accès au couloir se faisait sur glacier, le couloir était en neige et il fallait faire attention aux pierres pouvant venir du haut et qui glissaient vite. Maintenant l'accès est une petite escalade facile, le couloir est tout en caillasses plus ou moins gelées et cela canarde vilain, les pierres ne glissent plus mais elles ricochent avec une vitesse mortelle. On traverse avec la trouille au ventre et sous les pieds c'est un terrain très dangereux, avec le glacier de Bionnassay 300m dessous qui guette le moindre faux pas. Une fois de l'autre côté, on n'est pas à l'abri parce que cela "parpine" tout autant.
C'est au point que le refuge tout neuf a été fermé l'été 2016 tant l'accès était devenu une roulette russe.

Monter au Mont Blanc par l'Aiguille du Midi est devenu aussi dangereux, c'est lié à l'instabilité des glaciers supérieurs du Tacul et du Maudit qui forment des séracs menaçants parce que cela fond dessous. On peut échapper à une chute de pierres (j'ai donné) parce que les pierres ne visent pas les grimpeurs, on n'échappe pas à une avalanche de glace liée à une chute de séracs qui va balayer une vaste surface... sauf si on trouve une crevasse ou une rimaye dans laquelle sauter... au risque de se tuer, évidemment, mais entre une certitude et un risque on choisit le risque... si on a le temps de choisir.

Je ne peux pas mettre de photos de montagne provenant de mon site parce que la censure imbécile les supprime sous un prétexte discriminatoire que je ne peux pas contourner.

En Suisse, le glacier du Rhône est remonté très haut, il a pratiquement disparu. On en voit encore des traces en montant la Furka ou le Grimsel. Je n'ose pas imaginer les glaciers de l'Engadine et le couloir de la Cima Tosa dans les Dolomites est réduit à une goulotte encaissée :
Image A gauche, la Cima Tosa ; à droite le Crozzon di Brenta.

Je suis bien contente d'avancer en âge et d'avoir connu les Alpes avec de vastes glaciers, d'avoir gravi des dizaines de faces nord un peu partout à l'époque où il y avait encore de la glace dedans. Maintenant ma pratique de l'alpinisme se limite à des ascensions faciles pour aller voler.
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C'est une grande misère de n'avoir pas assez d'esprit pour parler, ni assez de jugement pour se taire. (La Bruyère)
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