[News] Quand la téléréalité sert à étudier les accents

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[News] Quand la téléréalité sert à étudier les accents

Message par Adrien » 06/09/2017 - 23:00:07


Une nouvelle étude sur la variation des accents au fil du temps a permis de conclure que les interactions sociales intenses au sein de milieux isolés n'avaient qu'une incidence limitée à cet égard. Fait surprenant, elle a également mis au jour d'importantes différences quant à la variabilité des accents d'une personne à une autre. Réalisée par Morgan Sonderegger, linguiste à l'Université McGill, et ses collègues Max Bane et Peter Graff, cette étude intitulée « The medium-term dynamics of accents on reality television » a fait l'objet d'un article publié dans la revue Language.

Les auteurs ont étudié dans quelle mesure les accents sont susceptibles de changer au fil du temps sous l'influence des interactions sociales. Les recherches en linguistique ont bien démontré la capacité qu'ont les accents de changer chez un adulte aussi bien à court terme (temporairement, dans le contexte d'une simple conversation) qu'à long terme (lentement, au fil des ans, sous l'influence d'autres accents).

Pour la présente étude, les auteurs ont analysé les caractéristiques dynamiques des accents grâce à l'émission de téléréalité Big Brother UK, dont la structure est idéale pour comprendre comment et pourquoi l'accent d'une personne change à moyen terme. Les participants à cette émission vivent dans une maison isolée pendant trois mois, sont filmés continuellement et interagissent constamment les uns avec les autres, sans contact avec le monde extérieur. La maison constitue donc un système fermé sur le plan linguistique qui permet de déterminer à la fois la dynamique langagière chez les participants au fil des jours et les causes des éventuels changements observés.

Pour réaliser cette étude, les auteurs ont constitué un ensemble de données regroupant 14,5 heures de propos tenus par 12 participants pendant le segment « Confessionnal » de l'émission, lorsqu'ils se trouvent dans une salle isolée et s'adressent à Big Brother. Les linguistes ont transcrit les propos des participants et annoté cinq aspects variables de l'accent des locuteurs. Les transcriptions et les annotations ont été ajoutées au moyen d'outils automatiques faisant appel à l'apprentissage-machine et à la reconnaissance vocale. Les auteurs ont ainsi pu constituer un ensemble de données beaucoup plus imposant que ceux utilisés pour la plupart des travaux portant sur l'analyse du langage, ce qui leur a permis de déceler de subtiles différences au fil des jours.

L'analyse des données a révélé que la variation de l'accent à moyen terme est très courante. En règle générale, chaque variable phonétique est l'objet d'importantes variations quotidiennes, alors que les changements à plus long terme - au fil des semaines ou des mois - ne sont observés que dans une minorité de cas. Les résultats de cette étude et d'études antérieures montrent que la dynamique du changement de l'accent au fil du temps chez un locuteur - même dans un contexte caractérisé par d'intenses contacts sociaux - est très complexe.

Le lien entre les interactions sociales et les changements de l'accent d'une personne au cours de sa vie n'est pas aussi évident qu'on pourrait le croire d'emblée : ainsi, en dépit d'interactions constantes pendant trois mois, les participants à l'émission de téléréalité n'avaient pas, au bout du compte, un accent plus uniforme.

« On observe des différences interindividuelles importantes quant à la variation de l'accent au fil des mois - il est plus susceptible de changer chez certains et moins chez d'autres, souligne Morgan Sonderegger. C'est peut-être en partie pour cette raison que certaines personnes ne "perdent" jamais leur accent lorsqu'elles partent s'établir ailleurs, alors que d'autres le perdent à un point tel que leurs interlocuteurs sont surpris d'apprendre d'où elles viennent. »

Cette étude a été financée par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et le Fonds de recherche du Québec - Société et culture.

Source: Université McGill

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