[News] Exploiter la diversité des cépages pour s’adapter au changement climatique

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Isabelle
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[News] Exploiter la diversité des cépages pour s’adapter au changement climatique

Message par Isabelle » 09/01/2018 - 12:00:27


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© INRA
A l’échelle mondiale, seulement 12 cépages (soit 1 % des cépages cultivés) occupent jusqu’à 80 % des vignobles de certains pays. Des chercheurs de l’Inra et de l’Université de Harvard aux États-Unis suggèrent que l’un des leviers pour adapter la viticulture au changement climatique est d’exploiter la diversité des autres cépages cultivés, en plantant des cépages moins connus et en encourageant de nouvelles pratiques chez les viticulteurs et les consommateurs. Leur étude est publiée dans la revue Nature Climate Change le 2 janvier 2018.

Avancées des dates de vendanges, déficits hydriques accentués pour la vigne, vins plus alcoolisés, moins acides, nouveaux profils aromatiques… la viticulture est déjà affectée par le changement climatique et les scientifiques étudient différentes stratégies d’adaptation. Les chercheurs de l’Inra et de l’université d’Harvard se sont intéressés à la possibilité d’exploiter la diversité des cépages (ou variétés de vigne) qui sont cultivés mais peu utilisés par les viticulteurs pour s’adapter aux nouveaux climats dans les régions viticoles.

Pour cela, les chercheurs ont d’abord utilisé les connaissances sur la diversité génétique de la vigne issues de la littérature scientifique. Ils ont notamment analysé les données du centre Inra de ressources biologiques de la vigne de Vassal-Montpellier qui constitue une collection ampélographique* unique au monde. Ce conservatoire de référence au niveau international est composé de vignes provenant de 54 pays viticoles (2 700 cépages, 350 lambrusques ou vignes sauvages, 1 100 hybrides interspécifiques, 400 porte-greffes et 60 espèces de Vitacées).

Par ailleurs, les scientifiques ont croisé ces connaissances avec une base de données publiée par des chercheurs australiens qui décrit la distribution mondiale des cépages effectivement plantés dans tous les vignobles. L’analyse globale de ces données a permis de constater que les viticulteurs n’utilisent aujourd’hui qu’une très faible proportion de la diversité génétique existante de la vigne, à l’échelle mondiale (ce qui est également le cas pour de nombreuses autres espèces telles que la banane, le cacao, le café, le kiwi). En effet, 1 % des cépages (12 cépages sur 1 100 variétés de raisin de cuve cultivées) occupent environ 45 % des vignobles dans le monde. Et dans certains pays comme en Chine, l’Australie ou la Nouvelle-Zélande, ce pourcentage augmente jusqu’à plus du 80 % de leur vignoble. Plus extrême encore, en Chine, 75 % des surfaces sont cultivés uniquement avec un seul cépage, le Cabernet-Sauvignon.

Or, parmi les 1 100 cépages cultivés, certains d’entre eux sont mieux adaptés à des climats plus chauds et ont de meilleurs comportements face à la sécheresse que ces 12 cépages les plus connus et utilisés dans le monde. Il est donc important de mieux connaître et d’expérimenter des cépages venus d’ailleurs dans les différentes zones de production pour évaluer leur potentiel face aux changements futures. C’est notamment ce qui est déjà réalisé dans le dispositif expérimental de la parcelle VitAdapt porté par l’Institut des Sciences de la Vigne et du Vin (ISVV) qui décrit le comportement et l’adaptation à long terme d’une cinquantaine de cépages en climat bordelais.

Cette étude suggère la nécessité d’impliquer davantage les viticulteurs dans le test et l’évaluation de nouveaux cépages. Il s’agit également d’inciter les viticulteurs à partager leurs données avec les scientifiques, à travers par exemple des expériences de sciences participatives afin de construire ensemble des stratégies pour s’adapter au climat de demain et d’éviter de pâtir des effets négatifs du climat sur leurs productions. Dans certaines régions, notamment en Europe, il faudra également lever un certain nombre de verrous, notamment règlementaires (par exemple, les règlementations relatives aux appellations d'origine protégée ou AOP, en France). Mais c’est également le consommateur qui doit s’adapter et changer ses habitudes en étant prêt à déguster de nouveaux vins issus des cépages moins connus.

Note:
* L’ampélographie constitue la branche de la taxonomie appliquée à la vigne et qui comporte trois volets complémentaires : la description et l’identification des cépages ; l’étude de l’évolution des cépages et des relations qui existent entre eux et l’appréciation de leurs aptitudes et de leurs potentialités agronomiques, technologiques, génétiques.


Pour plus d'information voir:
From Pinot to Xinomavro in the world's future winegrowing regions. E. M. Wolkovich, I. Garcia de Cortazar-Atauri, I. Morales-Castilla, K. A. Nicholas & T. Lacombe. Nature Climate Change.2 janvier 2018 doi:10.1038/s41558-017-0016-6

Contact chercheur:
- Iñaki Garcia De Cortazar Unité Agroclim
- Thierry Lacombe Unité mixte de recherche Amélioration génétique et adaptation des plantes méditerranéennes et Tropicales (Inra, Cirad, Montpellier SupAgro)

Source: INRA

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POB
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Re: [News] Exploiter la diversité des cépages pour s’adapter au changement climatique

Message par POB » 10/01/2018 - 13:39:33

Le Cabernet-Sauvignon produit des blancs de qualités très variées, certains (rares) étant excellents et beaucoup d'autres faisant faire des affaires aux marchands de chaussures quand on ne pisse pas droit.
L'affection des Chinois pour ce cépage serait-elle sociologiquement liée aux "petits pieds" ?
Je me perds en conjectures.
Plus sérieusement : il y a des vins excellents en Australie, j'en ai bu assez pour leur trouver à tous des ressemblances qui me font penser à ceux de Californie, bref ils se ressemblent tous, comme si en l'occurrence on avait affaire à des produits industriels normalisés.
Cela fait sans doute un jaja acceptable mais à mon palais très français le bon pinard ce n'est pas ça.

Mon grand-père cultivait une treille avec des pieds de Noah et de Baco, cépages qui ont disparu (le Noah rendait parait-il aveugle) mais qui avaient des avantages : ils poussaient bien en pays nantais et ne nécessitaient pas de traitements.
Et puis le Baco, qui ne contient de méthanol qu'à l'état de traces, donne un rouge assez fabuleux.

Mon grand-père n'était pas viticulteur (retraité de la TCRP qui ne s'appelait pas encore RATP), il prenait une bonne cuite de temps en temps mais en général il ne picolait pas... et pourtant il avait avalé pas mal de saloperies dans sa jeunesse, entre 1914 et 1918, les poilus français étant dopés au gros rouge quand les Allemands "marchaient" à l'ecstazy (qui ne s'appelait pas encore ainsi.
Mon grand-père avait eu beaucoup de chance à Verdun et à Craonne, le pinard frelaté n'étant pas le plus terrible des dangers.
Son régiment fut anéanti plusieurs fois et il fit toujours partie des rares survivants.
Chance supplémentaire il ne devint pas alcoolique.


En Vénétie, sur la frange sud des Dolomites, un vin très spécial est produit dans les environs de Feltre au nord de Vérone (entre le Monte Grappa et San Martino di Castrozza) : le Crinto.
La culture de ce cépage est interdite mais les gens du coin s'en foutent, c'est l'Italie...
Ce vin est le plus épouvantable qu'il m'ait été donné de boire, bien pire que l'ignoble vitriol qui était infligé à l'armée, bien pire que toutes les saloperies vendues en bouteilles plastique parce qu'elles attaquent le verre. Pour boire du Crinto, dit la coutume, il faut être quatre et un mur : un qui sert, un qui boit, deux pour le tenir et le mur pour l'empêcher de reculer.
Quand on verse du Crinto dans un verre, la suspicion est immédiate : le verre est coloré et il sera impossible à nettoyer, il restera rouge.
Quand on le boit, un sentiment de terreur apparaît immédiatement tant on fonce vite le cracher et vérifier qu'on a encore des dents.
Ce vin est élaboré avec du clinton, cépage interdit en France depuis longtemps.

Si certains cépages ont été abandonnés, il y a pas mal de raisons tant sanitaires que gustatives, outre leurs qualités très variées au niveau de la vinification.
Chez nous, le pinot noir donne des merveilles en Bourgogne mais le Gamay est très médiocre... pourtant il donne le Juliénas, le meilleur des Beaujolais, mais aussi un vitriol épouvantable appelé "Beaujolais nouveau"... et quelques merveilles en Côtes du Rhône.
La grande difficulté est de trouver une bonne adéquation entre les sols, les climats et les cépages qu'on cultivera.
Le Merlot domine en Bordelais et cela produit des résultats contrastés, le meilleur côtoyant le très médiocre voire pire.

On produisait du "perce-bottes" dans le midi, à base de cinsault et de grenache, cépages offrant de gros rendements mais une qualité gustative détestable. Les Français ne marchant plus au gros qui tache, on a arraché la plupart de ces cépages et planté du viognier pour les blancs (qui donne le merveilleux Condrieu en Côtes du Rhône) et surtout de la syrah pour les rouges.
Nos bottes ne souffrent plus.

Le grand avantage de la bière c'est qu'il y a partout toutes sortes de céréales et de houblons, donc que des brasseurs peuvent donner libre cours à leur passion. Il y a quand même hélas sur le marché des bibines imbuvables vendues en cartons de 24 cannettes mais qui en boit encore ? J'appelle ça de la "bière de chantier".
L'époque est à la qualité gustative et au moins il n'y a pas de sulfites dans la bière.
:bieres:
C'est une grande misère de n'avoir pas assez d'esprit pour parler, ni assez de jugement pour se taire. (La Bruyère)

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cisou9
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Re: [News] Exploiter la diversité des cépages pour s’adapter au changement climatique

Message par cisou9 » 11/01/2018 - 17:37:34

_______________ :_salut:
La bibine, je connais des gens qui en raffolent; je n'en fais pas parti.
J'aime beaucoup ton langage très imagé qui nous sort des sentiers battus. ;) ___
Un homme est heureux tant qu'il décide de l'être et nul ne peux l'en empêcher.
Alexandre Soljenitsyne.

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