[News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

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Isabelle
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[News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par Isabelle » 22/03/2018 - 12:00:27


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Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l'Université de Cambridge, de l'Institut Pasteur, de l'université Paris Diderot, du CNRS et de la société de génétique 23andMe, suggère que notre empathie n'est pas seulement le résultat de notre éducation et de notre expérience, mais aussi en partie influencée par les variations génétiques. Ces résultats sont publiés dans la revue Translational Psychiatry le 12 mars 2018.

Jouant un rôle clé dans les relations humaines, l’empathie est à la fois la faculté de reconnaître les pensées et les sentiments d’autrui, et celle d’y apporter une réponse émotionnelle adaptée. Dans le premier cas, on parle d’« empathie cognitive », et dans le second, d’« empathie affective ».

Il y a 15 ans, une équipe de scientifiques de l'Université de Cambridge a mis au point le Quotient d'Empathie ou EQ, une brève mesure d'auto-évaluation de l'empathie. Grâce à ce test, qui mesure les deux types d’empathie, les chercheurs ont montré que certains d'entre nous sont plus empathiques que d'autres, et que les femmes, en moyenne, sont légèrement plus empathiques que les hommes. Les autistes, quant à eux, rencontrent en moyenne des difficultés avec l’empathie cognitive, même lorsque leur empathie affective reste intacte.

Aujourd’hui, l'équipe de Cambridge, l’Institut Pasteur, l’université Paris Diderot, le CNRS et la société de génétique 23andMe, rapportent les résultats de la plus grande étude génétique menée sur l'empathie, utilisant les données de plus de 46 000 clients de la société 23andMe. Ces personnes ont toutes complété en ligne le questionnaire EQ et fourni un échantillon de salive pour analyse génétique.

Les résultats de cette étude, menée par Varun Warrier(1) (Université de Cambridge), par les professeurs Simon Baron-Cohen(2) (Université de Cambridge) et Thomas Bourgeron(3) (Université Paris-Diderot , Institut Pasteur, CNRS), et par David Hinds (société 23andMe), révélent tout d'abord que notre empathie est en partie génétique. En effet, au moins un dixième de cette variation est associée à des facteurs génétiques.

Puis, ils confirment que les femmes sont en moyenne plus empathiques que les hommes. Cependant, cette variation n'est pas due à notre ADN car aucune différence n’a été observée dans les gènes qui contribuent à l'empathie chez les hommes et les femmes. Par conséquent, la différence d'empathie entre les sexes est le résultat d'autres facteurs, tels que la socialisation, ou de facteurs biologiques non génétiques tels que les influences hormonales prénatales, qui diffèrent également entre les sexes.

Enfin, les chercheurs ont observé que les variants génétiques associés à une plus faible empathie sont également associés à un risque plus élevé d’autisme.

Varun Warrier explique ainsi : « nous franchissons une étape majeure dans la compréhension du rôle joué par la génétique dans l’empathie. Si les gènes n’expliquent qu’un dixième de la variation du degré d’empathie entre les individus, les facteurs non génétiques sont aussi essentiels ».

Selon le professeur Thomas Bourgeron, « ces résultats offrent un éclairage neuf et passionnant sur les influences génétiques sous-tendant l’empathie ». Il précise que « individuellement chaque gène joue un petit rôle et qu’il est donc difficile de les identifier. La prochaine étape consistera donc à étudier un nombre encore plus grand de personnes afin de répliquer ces découvertes et d’identifier les voies biologiques associées aux différences individuelles en matière d’empathie ».

Le Professeur Simon Baron-Cohen ajoute enfin : « Découvrir que ne serait-ce qu’une fraction de nos différences en termes d’empathie relève de facteurs génétiques, nous aide à comprendre les individus comme les autistes, qui ont du mal à imaginer les sentiments et les émotions des autres. Cette difficulté à lire les émotions peut devenir aussi invalidante que n’importe quel autre handicap. La société que nous formons doit soutenir les personnes concernées grâce à des méthodes pédagogiques inédites, des alternatives ou des accommodements raisonnables favorisant leur intégration ».

Financements Cette étude a reçu le soutien de l’Autism Research Trust (www.autismresearchtrust.org) et de la Templeton World Charity Foundation (TWCF), Inc. Elle a également bénéficié du soutien du Conseil de la recherche médicale, du Wellcome Trust, de l’Institut Pasteur, du CNRS, de l’Université Paris-Diderot, de la Fondation Bettencourt-Schueller, du Cambridge Commonwealth Trust et du St John’s College de l’Université de Cambridge. Elle a été menée en association avec l’Institut national pour la recherche en santé (NIHR) Collaboration pour le leadership en recherche appliquée et soins (CLAHRC) du Cambridgeshire et Peterborough NHS Foundation Trust, l’Institut national de recherche sur le génome humain (NHGRI) des Instituts nationaux de santé (NIH) et la Fondation américaine des sciences.

Notes :
(1)Varun Warrier est étudiant en doctorat à l’Université de Cambridge.
(2) Le professeur Simon Baron-Cohen est directeur du Centre de recherche sur l’autisme à l’Université de Cambridge.
(3) Thomas Bourgeron est professeur à l’Université Paris-Diderot. Il dirige l’unité Génétique humaine et fonctions cognitives à l’Institut Pasteur / CNRS.


Référence publication
Genome-wide analyses of self-reported empathy: correlations with autism, schizophrenia, and anorexia nervosa, Translational Psychiatry, 12 mars 2018

Source: CNRS

Pendesinialessandro
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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par Pendesinialessandro » 22/03/2018 - 20:38:58

Bonjour
Ne pourrions-nous pas affirmer que le succès dans la vie (pour autant qu’on trouve un consensus sur ce qu’on entend par succès !) dépend autant, si ce n’est plus, d’un Quotient Emotionnel élevé (QE), alias Quotient Empathique, que d’un fort quotient intellectuel (QI) ?
Mais aussi, doit-on imaginer ou admettre que certains individus « réussissent » leur vie mieux, ou moins bien ou un complet ratage, que ce que leur quotient intellectuel (QI) mais aussi leur Quotient Empathique ou Emotionnel laissait présager ?

Qui, concrètement, ou plus exactement rationnellement, peut ou pourrait répondre à ce dilemme ? :yxt:

Noxx
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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par Noxx » 23/03/2018 - 9:30:22

Bonjour aussi,
Vous oubliez le QPB : "Quotient Pas de Bol", ça joue aussi beaucoup dans "le succès" dans la vie.

Un lien vers un article plus ancien, où ces même chercheurs sont plus circonspects quant aux conclusions à tirer de leur étude.
https://www.sciencesetavenir.fr/sante/l ... ene_113688

Après je ne trouve rien d'extraordinaire dans les conclusions de cette étude. Ils affirment que les autistes ont, en général, moins d'empathie que les personnes non malades : j'imagine que n'importe quel psy s'en est rendu compte. Que les femmes ont plus d'empathie que les hommes, mais que ce ne serait pas dû à la génétique puisqu'ils n'ont pas observé de différence sur le gêne qu'ils étudient entre les hommes et les femmes. Mais en reconnaissant qu'il y sans doute beaucoup d'autres gênes qui doivent participer à la formation de l'empathie. Vu le peu qu'on sait de la génétique et de son influence sur la formation du cerveau, je trouve qu'ils transforment bien vite une non observation en certitude, même si personnellement je penche aussi pour le prima de la socialisation dans la formation de l'empathie.
Il y a bien le 1/10 qui m'intrigue ? D'où ils sortent que les gènes sont responsable exactement de 1/10 de l'empathie, on ne sait pas. En tout cas c'est pas avec ce qu'on sait de la génétique et son lien avec un comportement aussi complexe que l'empathie.
Et puis je verrais bien là un moyen pour la société de génétique 23andMe, qui vend des tests génétiques, de se faire de la pub... Mais je dois avoir un QME (Quotient de Mauvais Esprit) trop élevé.

Pendesinialessandro
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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par Pendesinialessandro » 23/03/2018 - 11:15:57

Vous oubliez le QPB : "Quotient Pas de Bol", ça joue aussi beaucoup dans "le succès" dans la vie.
Certes le hasard(*) sans oublier la contingence, jouent indiscutablement un rôle déterminant dans l’Univers, et pas seulement chez l’homme ! Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas une disposition génétique à la base prédisposant à l’empathie qui, bien entendu, devient modulable en fonction du parcours social de l’individu.

(*)Le hasard n’est que l’expression de nos incertitudes.
Qu’un mot utilisé pour exprimer, ou justifier, notre ignorance.

NB :-A partir de quatre et sept ans, l’enfant devient sensible à l’expression triste du visage, aux cris et aux pleurs de celui qu’il agresse, et cesse alors tout acte violent. Interviennent ce que l’on peut appeler des « émotions morales », empathie ; sympathie, culpabilité, remords. Il y a inhibition ou modulation du passage à l’acte.
A noter que l’empathie ne génère pas nécessairement de sympathie. Il serait toutefois une erreur de nier que la violence intentionnelle existe, par exemple ; la guerre en est l’exemple indiscutable…..

Pouvons-nous en conclure que l’universalité des expressions émotionnelles révèle bien que le programme émotionnel d’action n’est pas acquis mais inné ou automatisé ?

Piscenois
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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par Piscenois » 26/03/2018 - 11:47:46

Dans les entretiens que je fais passer, le QE (ressenti) est prioritaire sur le QI. À moins d'avoir à faire à une véritable quiche ... :rD

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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par nico17 » 26/03/2018 - 12:06:31

Piscenois a écrit :
26/03/2018 - 11:47:46
Dans les entretiens que je fais passer, le QE (ressenti) est prioritaire sur le QI. À moins d'avoir à faire à une véritable quiche ... :rD
Lorraine? :lol: :clapclap:

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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par nico17 » 26/03/2018 - 12:24:00

nico17 a écrit :
26/03/2018 - 12:06:31
Piscenois a écrit :
26/03/2018 - 11:47:46
Dans les entretiens que je fais passer, le QE (ressenti) est prioritaire sur le QI. À moins d'avoir à faire à une véritable quiche ... :rD
Lorraine? :lol: :clapclap: Non, je rigole! :_salut: :lol: :lol2:

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Re: [News] Les gènes jouent un rôle dans l'empathie

Message par nico17 » 26/03/2018 - 12:28:10

La vraie empathie existe bien! :sol: Est-ce vraiment dans les gènes??? :_grat2: A vous de voir! ;)

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