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Posté par Michel le Vendredi 23/11/2012 à 12:00
Faut-il accorder des droits fondamentaux aux animaux ?

Pour Valéry Giroux, élever les animaux en liberté n'est pas suffisant pour leur assurer le droit à la liberté, puisque l'élevage est en soi une entrave. (Photo: Keven Law)
Connaissez-vous le "véganisme"? Le terme est issu de l'anglais vegan, qui est un condensé de vegetarian. Mais contrairement au végétarisme, qui exclut la consommation de viande, et au végétalisme, qui étend l'exclusion aux produits laitiers, le "véganisme" va jusqu'à proscrire l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) et l'achat des produits animaux, dont le cuir et la laine, par refus de toute forme de cruauté envers les animaux.

Valéry Giroux, chargée de cours au Département de philosophie de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et...), en a fait son sujet de thèse (Une thèse (du nom grec thesis, se traduisant par « action de poser ») est l'affirmation ou la prise de position d'un locuteur, à l'égard du sujet ou du thème qu'il évoque.) de doctorat (Le doctorat (du latin doctorem, de doctum, supin de docere, enseigner) est généralement le grade universitaire le plus élevé. Le titulaire de ce grade est le docteur. Selon les pays et les époques, le doctorat...) après avoir adopté ce mode de vie (La vie est le nom donné :) au nom de principes éthiques et d'une cohérence philosophique. Après une maitrise en droit consacrée au droit des animaux, elle a poussé sa réflexion jusqu'à examiner la pertinence d'accorder aux animaux non humains les mêmes droits fondamentaux que ceux reconnus à l'animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe,...) humain.

Au terme de sa recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche...), elle conclut que les animaux conscients devraient jouir du statut de personne et que l'exploitation animale, quelles qu'en soient la forme et l'intensité, devrait par conséquent être abandonnée.

Respecter l'intérêt de l'animal

Le raisonnement de Valéry Giroux part de la théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée...) juridique de l'intérêt. Selon cette théorie, l'être humain accorde des droits aux individus afin de protéger les intérêts de la personne, l'intérêt désignant tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) ce que désire, préfère et souhaite un individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux sont soutenus par la fondation Wikimedia).), bref tout ce qui lui serait bénéfique et sans quoi il subirait un dommage.

"Le concept d'intérêt s'applique à tous les êtres sensibles, souligne la philosophe. Au nom du principe de l'égalité, nous l'appliquons même aux individus qui ne sont pas autonomes, comme les enfants, les personnes handicapées et les personnes sous tutelle. Il est donc pertinent de se demander si la notion doit être appliquée aux non-humains."

La réponse à cette question ne fait pas de doute à ses yeux: tous les êtres sensibles ont un égal intérêt à ne pas souffrir et à ne pas être torturés (droit à l'intégrité physique), à ne pas être tués (droit à la vie) et à ne pas être exploités, asservis ou appropriés (droit à la liberté). Ces droits devraient alors être reconnus aux animaux.

L

Valéry Giroux
e droit à l'intégrité physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien,...) est sans doute celui qui est le mieux accepté et qui pose le moins de problèmes. La plupart des pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le...) ont en effet des lois qui interdisent la cruauté envers les animaux parce que ce sont des êtres sensibles comme nous.

Le droit à la vie, qui proscrit par conséquent l'abattage et la chasse, est plus problématique. "Un être sensible est réputé jouir des bonnes choses de la vie et il a donc intérêt à préserver son existence, avance la philosophe. Par la mise à mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des étoiles). Chez les...), nous le privons de ses bonnes expériences futures."

Le droit à la liberté est celui qui entraine le plus de contraintes pour la société humaine et qui est le plus difficile à faire accepter. "En philosophie politique, la liberté se définit par l'absence d'interférences dans notre action; tous les êtres sensibles ont ainsi intérêt à être libres. La liberté républicaine est plus que la simple absence d'interférences et implique que tous aient un statut égal. Il faut donc refuser la différence de statut entre humains et non-humains."

Cela conduit à rejeter l'élevage animal, qui est une appropriation de l'autre et qui ne peut être à la fois rentable et indolore. Même chose pour l'animal de compagnie (Un animal de compagnie est un animal recevant la protection de l'homme en échange de sa présence, sa beauté, sa jovialité, ou pour ses talents (oiseaux...), dont la présence n'est acceptable que dans la mesure où l'on réussit à lui accorder le statut de citoyen et qu'il est traité comme tel.

Valéry Giroux avoue toutefois posséder un animal de compagnie, une contradiction (Une contradiction existe lorsque deux affirmations, idées, ou actions s'excluent mutuellement.) qu'elle assume avec l'exemple suivant: "On peut aider un sans-abri tout en luttant contre la pauvreté."

La philosophe s'en remet par ailleurs aux biologistes pour déterminer quels sont les animaux suffisamment sensibles pour bénéficier de ces droits. Dans l'état actuel des connaissances, il faut inclure tous les vertébrés (Les vertébrés forment un sous-embranchement du règne animal. Ce taxon, qui dans sa version moderne exclut les myxines, est considéré comme monophylétique. Il...), soit les mammifères, oiseaux, reptiles et poissons (Les Poissons sont une constellation du zodiaque traversée par le Soleil du 12 mars au 18 avril. Dans l'ordre du zodiaque, elle se situe entre le Verseau à l'ouest et...). Quant aux insectes (Insectes est une revue francophone d'écologie et d'entomologie destinée à un large public d'amateurs et de naturalistes. Produite par l'Office pour les insectes et leur environnement (association loi de...), tous ne s'entendent pas; en l'absence de consensus scientifiques, "il faut leur accorder le bénéfice du doute", affirme-t-elle. Les adeptes du "véganisme" qui vont jusque-là éliminent donc le miel de leur alimentation.

Inverser le fardeau de la preuve

Valéry Giroux renverse le fardeau de la preuve et considère qu'il appartient à ceux qui ne croient pas que les droits humains doivent être étendus aux animaux de nous dire pourquoi ils ne devraient pas l'être. La barrière qui sépare l'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base...) humaine des autres espèces animales n'est pas un contrargument recevable à son avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait en fait un monoplace de chasse destiné au Legüyi Hivatal,...). "En fonction de nos affinités, nous traitons différemment un cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué au cours des dernières 45...) et un chien (Le chien (Canis lupus familiaris) est un mammifère domestique de la famille des canidés, proche du loup et du renard. Autrefois regroupé dans une espèce à part entière, connue sous le nom...), mais sous l'angle (En géométrie, la notion générale d'angle se décline en plusieurs concepts apparentés.) de l'intérêt, les distinctions entre espèces sensibles ne sont pas pertinentes."

L'argument des avantages tirés de la recherche à l'aide d'animaux ne passe pas la rampe non plus. "Nous pourrions aussi profiter de l'utilisation d'humains en recherche, mais nous avons cessé de le faire. Nous acceptions donc de nous priver de ces connaissances utiles", indique la philosophe en souhaitant que la même attitude prévale à l'endroit des animaux.

La seule dérogation acceptable à cette logique (La logique (du grec logikê, dérivé de logos (λόγος), terme inventé par Xénocrate signifiant à la fois raison, langage, et raisonnement) est dans une première...) implacable est lorsqu'il n'est pas possible de faire autrement pour assurer sa survie.

Valéry Giroux réussit-elle à vivre en "végane"? En plus d'un animal de compagnie, elle reconnait avoir une voiture. "Une voiture, ça pollue et la pollution (La pollution est définie comme ce qui rend un milieu malsain. La définition varie selon le contexte, selon le milieu considéré et selon ce que l'on peut entendre par malsain [1].) provoque des maladies. Mais il faut chercher à limiter les dégâts et il est à espérer un progrès dans la protection des droits des animaux. Les premiers qui ont cherché à interdire l'esclavage se sont fait dire qu'une telle chose était impossible et indéfendable."

Nous sommes loin de l'époque de Descartes, où les philosophes soutenaient que les animaux, étant privés de pensée, ne ressentaient aucune souffrance!

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Source: Université de Montréal - Daniel Baril