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Posté par Michel le Mardi 15/01/2013 à 00:00
A la défense de l'élevage industriel

Pour Jean-Pierre Vaillancourt, il n'est pas réaliste d'envisager un scénario où tous les êtres humains se priveraient de viande, car tous n'ont pas les moyens, comme ici dans nos sociétés d'abondance, d'avoir une alimentation équilibrée avec les protéines indispensables à la santé. (Photo: Marco Langlois)
La maltraitance (La maltraitance désigne des mauvais traitements infligés à des personnes que l’on traite avec brutalité, rigueur. Ces victimes sont souvent dépendantes et sans défense. La maltraitance...) des animaux revient régulièrement hanter notre conscience d'Homo sapiens. Que ce soit les conditions de vie (La vie est le nom donné :) auxquelles les animaux d'élevage sont soumis, les modes d'abattage, l'utilisation d'animaux en recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la...) ou la cruauté envers des animaux domestiques, voilà autant de réalités qui nous conduisent à revoir notre rapport avec le monde (Le mot monde peut désigner :) animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il se nourrit de...) et même à remettre en cause notre alimentation carnivore.

Mais pour certains, le discours animaliste véhiculé par des documentaires comme La face cachée de la viande ou le "véganisme" (voir notre news (NeWS est un système de fenêtrage conçu par James Gosling (qui a contribué à Java) et introduit par Sun Microsystems à la fin des années...)), sont nettement exagérés.

C'est le point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) de Jean-Pierre Vaillancourt, professeur à la Faculté de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain (anatomie), son fonctionnement normal...) vétérinaire de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au moment où...) de Montréal (Montréal est à la fois région administrative et métropole du Québec[2]. Cette grande agglomération canadienne constitue un centre majeur du commerce, de l'industrie, de la culture, de la finance et des...) et directeur du Groupe de recherche en épidémiologie des zoonoses et santé publique (La santé publique peut être définie de diverses manières. On peut en effet la présenter comme « l'étude, d'une part, des déterminants physiques, psychosociaux et socioculturels de la...). Les deux reportages mentionnés précédemment ont fait vivement réagir le médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses patients. Son métier est intimement lié avec...) vétérinaire, spécialiste de l'élevage de la volaille (Une volaille est un oiseau domestique, appartenant généralement aux gallinacés ou aux palmipèdes, élevé pour sa chair ou ses...).

Nécessité des protéines animales

Le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de...) reconnait que les défenseurs des animaux jouent un rôle utile lorsqu'ils dénoncent des pratiques inacceptables et il tient à les en remercier. Mais de là à accorder aux animaux les mêmes droits qu'à l'être humain, il y a un abîme qu'il n'est pas près de franchir.

"Dans la nature, ce sont l'équilibre et la santé du troupeau (En zoologie et en élevage, un troupeau est un grand groupe d'animaux vivant ensemble. Le terme s'emploie habituellement à propos des...) qui comptent et non la santé de l'individu (Le Wiktionnaire est un projet de dictionnaire libre et gratuit similaire à Wikipédia (tous deux sont soutenus par la fondation Wikimedia).), déclare Jean-Pierre Vaillancourt. La nature ne se préoccupe pas du droit de l'individu et personne ne critique, par exemple, le comportement du lion (Le lion (Panthera leo) est un mammifère carnivore de la famille des félidés du genre Panthera (félins). Il est surnommé « le roi des animaux » car sa...) qui dévore la gazelle."

Dans nos sociétés d'abondance, nous avons les moyens de nous priver de viande tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) en nous assurant d'une alimentation équilibrée. Mais pour le vétérinaire, il n'est pas réaliste d'envisager un tel scénario à l'échelle planétaire (Un planétaire désigne un ensemble mécanique mobile, figurant le système solaire (le Soleil et ses planètes) en tout ou partie. Généralement les astres représentés sont animés soit...) et toute philosophie 'animaliste' doit tenir compte de cette limite.

"Il n'existe pas de modèle nous permettant de répondre aux besoins de la population en protéines si nous cessons la production de viande parce que la protéine (Une protéine est une macromolécule biologique composée par une ou plusieurs chaîne(s) d'acides aminés liés entre eux par des liaisons peptidiques....) animale est de meilleure qualité que la protéine végétale, affirme-t-il. En 2050, la production de protéines devra être le double de ce qu'elle était en 2000 en raison de la croissance démographique. Des pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le plus...) comme la Chine et l'Inde sont incapables de satisfaire leurs besoins grandissants en protéines avec leurs seules productions. De plus, comment remplacer la viande dans des environnements comme le Grand Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.), où la population vit en symbiose (La symbiose est une association intime et durable entre deux organismes hétérospécifiques (espèces différentes), parfois plus. Les...) avec les produits de la chasse et de la pêche?"

À son avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel se cachait en fait un monoplace de chasse destiné au Legüyi...), nous parvenons à répondre à la demande actuelle grâce à l'élevage industriel et à l'amélioration de l'alimentation animale. Une vache (La vache est la femelle d'un mammifère domestique ruminant, généralement porteur de cornes sur le front, appartenant à l'espèce Bos...) d'aujourd'hui fournirait cinq fois plus de lait qu'une vache de 1920 tout en consommant la moitié moins de nourriture. Et les bovins d'élevage industriel produisent moins de méthane (Le méthane est un hydrocarbure de formule brute CH4. C'est le plus simple composé de la famille des alcanes. C'est un gaz que l'on trouve à l'état naturel et qui est produit par des...) grâce à une alimentation moins riche en fibres (Une fibre est une formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se présentant généralement sous forme de faisceaux.).

Selon les chiffres qu'avance le professeur, il est faux de penser qu'il y aurait un gain énergétique si l'être humain consommait les céréales données (Dans les technologies de l'information (TI), une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction d'affaire, d'un événement, etc.) au bétail plutôt que ce bétail. "De 75 à 80 % de ce que mange un bovin est composé de résidus; il n'y a que 25 % de cette nourriture qui pourrait convenir à l'humain. En mangeant cette viande, nous bénéficions de 1,5 à 3 fois plus de protéines que si nous consommions les céréales qu'avalent ces bovins. Aux États-Unis, remplacer la viande par une alimentation végétale nécessiterait au-delà de sept millions de kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international. Il est défini comme la distance parcourue par la lumière dans le vide en 1/299 792 458 seconde.) carrés de plus consacrés aux cultures."

Consommer trop de viande est nocif pour la santé, admet le professeur, tout en ajoutant que trop de salade peut aussi être néfaste.

Les effets de l'élevage traditionnel

L'être humain pourrait par ailleurs difficilement se passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) de l'apport économique du travail animal. "Dans le monde, quelque 250 millions d'animaux travaillent; ils servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) à labourer, à puiser l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), à transporter des gens, des marchandises, etc."

Aux yeux du chercheur, cette domestication, qui n'est pas le propre de l'espèce (Dans les sciences du vivant, l’espèce (du latin species, « type » ou « apparence ») est le taxon de base de la...) humaine, ne porte aucunement atteinte à l'intégrité de l'animal. "La domestication n'est pas négative en soi, comme on peut le constater avec les animaux de compagnie. Depuis 2500 ans, les essais de domestication n'ont réussi que dans 10% des cas", dit-il, suggérant ainsi que les animaux qui se sont laissé domestiquer avaient sans doute une inclination naturelle pour ce mode de vie qui ne brime donc pas leur nature.

Mais ne pourrait-on pas revenir à l'élevage traditionnel, qui semble plus naturel et moins stressant pour l'animal? "Toute mesure destinée à améliorer le bien-être (Le bien-être ou bienêtre est un état qui touche à la santé, au plaisir, à la réalisation de soi, à l'harmonie avec soi et les autres. René Dubos présente la santé comme la...) de l'animal a des conséquences économiques et il faut l'assumer", répond le chercheur en illustrant son propos à l'aide de l'exemple suivant: le Québec produit chaque année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) 165 millions de poulets qui disposent chacun d'une zone d'environ 27 centimètres de côté; si nous augmentions cette zone de 20 %, l'industrie avicole aurait besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins...) d'une surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est...) de 402 000 mètres carrés de plus, ce qui nécessiterait 140 kilomètres carrés de terrain supplémentaires pour construire ces bâtiments.

Si on laissait vivre ces poulets huit jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit...) de plus, il faudrait un ajout de 14,7 millions de kilos de grains pour les nourrir, ce qui demanderait une augmentation de 31 kilomètres carrés de terres consacrées à la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec...) de ces grains. Le transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de...) de cette nourriture nécessiterait 38 000 litres d'essence. Cette longévité (La longévité d'un être vivant est la durée de vie pour laquelle il est biologiquement programmé, dans des conditions idéales et en l'absence...) accrue du poulet (Un poulet est une jeune volaille, mâle ou femelle, de la sous-espèce Gallus gallus domesticus, élevé pour sa chair.) entraînerait par ailleurs la production de 377 600 kilos de plus d'azote (L'azote est un élément chimique de la famille des pnictogènes, de symbole N et de numéro atomique 7. Dans le langage courant, l'azote désigne le gaz diatomique diazote N2, constituant majoritaire de...) dus aux déjections animales.

"Il n'y a pas d'intérêt écologique à cesser l'élevage industriel", conclut Jean-Pierre Vaillancourt.

Pour le vétérinaire, il importe d'accepter que l'espèce humaine fait partie de l'écologie planétaire et cesser de nous culpabiliser de notre nature carnivore.

"Il faut éviter les abus, mais il faut aussi s'assumer, lance-t-il. Nous avons, dans nos sociétés d'abondance, la liberté de choisir d'être végétarien, mais la nature ne fonctionne pas selon le principe de la liberté."

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Source: Université de Montréal - Daniel Baril