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Posté par Adrien le Jeudi 19/05/2016 à 00:00
Les implications de l'Accord de Paris pour l'océan
Dans un article de Nature Climate Change paru cette semaine, une équipe internationale d'experts, incluant des chercheurs de l'Iddri, du CNRS et de l'UPMC, analyse les implications de l'Accord de Paris, adopté lors la COP21, pour le futur (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) des océans et pour les nécessaires interactions entre la communauté scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes...) et les négociations climatiques.

L'océan (Océans stylisé Ωcéans est un documentaire français réalisé par Jacques Perrin et Jacques Cluzaud dont le tournage a commencé en 2004 et produit en 2009.) tempère le réchauffement global du climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de la...) au prix d'une altération profonde de son fonctionnement physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens général et ancien, la physique désigne la...) et chimique, de ses écosystèmes et des services qu'ils fournissent à l'humanité (pêche, aquaculture, tourisme (Le tourisme est le fait de quitter son domicile, pour des raisons personnelles, pour une durée supérieure à 24 heures. Ce qui implique la consommation d'une nuitée auprès d'un hôtelier et éventuellement...) littoral, protection côtière, etc.). Les niveaux d'impact sur l'océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau salée. En fait, il s'agit plutôt d'un volume, dont l'eau est en...) d'ici la fin du siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine...) dépendront fortement de la trajectoire (La trajectoire est la ligne décrite par n'importe quel point d'un objet en mouvement, et notamment par son centre de gravité.) mondiale d'émissions de gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière n'a pas de forme propre ni de volume...) à effet de serre (L'effet de serre est un processus naturel qui, pour une absorption donnée d'énergie électromagnétique, provenant du Soleil (dans le cas des corps du système solaire) ou d'autres étoiles (dans le...) que l'humanité suivra d'ici là. Pour rappel, lors de la COP21, les pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la civitas qui subsiste le plus...) se sont engagés à limiter l'augmentation de température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et étudiée en thermométrie. Dans la vie courante, elle est reliée aux sensations de froid et de chaud, provenant du...) de la planète (Une planète est un corps céleste orbitant autour du Soleil ou d'une autre étoile de l'Univers et possédant une masse suffisante pour que sa gravité la maintienne en équilibre...) à "moins de 2 °C d'ici 2100, voire à 1,5 °C".


Risques d'impact sur l'océan, les organismes et services éco-systémiques marins et côtiers d'ici à 2100, comparés à la période préindustrielle, selon quatre scénarios: atténuation élevée (RCP2.6), atténuation faible (RCP8.5) et atténuation modérée selon deux estimations tirées des "contributions nationales" pour la COP21. RCP2.6 est beaucoup plus favorable à l'océan bien que plusieurs écosystèmes, biens et services restent très vulnérables. Les implications de l'Accord de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la Marne et de la...) doublent, au minimum, le niveau de risque d'impact actuel.

Des experts de l'Oceans 2015 Initiative ont livré dans la revue Nature Climate Change les résultats de leur étude, analysant les implications d'un tel engagement du point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) de l'océan. Cet article traduit l'Accord de Paris en termes de risques d'impact sur l'océan. Il souligne également que la "communauté océan" a un rôle important à jouer dans le processus d'augmentation des ambitions des pays en termes d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre (Une serre est une structure généralement close destinée à la production agricole. Elle vise à soustraire aux éléments climatiques les cultures...) sur le long terme. Cela permettrait en retour aux scientifiques d'affiner les scénarios de risques d'impact futurs sur l'océan.

Alexandre Magnan, chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de...) "Vulnérabilité (En gestion des risques, la vulnérabilité d'une organisation ou d'une zone géographique est le point faible de cette organisation pouvant être défini par :) et Adaptation" à l'Iddri, auteur principal de l'article, rappelle que "l'Accord de Paris et ses suites représentent une opportunité majeure pour passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) de scénarios de risques d'impact "théoriques" à des scénarios "réalistes", c'est-à-dire reflétant mieux la réalité des décisions prises dans le cadre des négociations climatiques. Cela permettra à la science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on...) de nourrir les négociations au fil de l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), dans l'objectif notamment de maintenir le cap vers des modèles de développement compatibles avec l'ambition de limiter le réchauffement global à moins de 2 °C d'ici la fin du siècle".

Jean-Pierre Gattuso, directeur de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique désigne également le...) CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) au Laboratoire d'océanographie (L’océanographie (de « océan » et du grec γρ?φειν / gráphein, écrire) est l'étude des océans et des mers de la Terre. Les océanographes étudient un très grand nombre de...) de Villefranche (LOV/OOV, UPMC / CNRS) et co-responsable de l'étude, ajoute que "de telles conclusions mettent en avant l'importance de la récente décision du GIEC de produire, d'ici à 2020, deux rapports spéciaux, l'un sur un monde (Le mot monde peut désigner :) à + 1.5 °C, l'autre sur les océans et la cryosphère (là où l'eau est présente à l'état solide: banquises, neige (La neige est une forme de précipitation, constituée de glace cristallisée et agglomérée en flocons pouvant être ramifiés d'une infinité de...), glaciers, sols gelés, etc.). Les négociations climatiques ont besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires,...) d'une vision claire des bénéfices à espérer d'efforts d'atténuation très ambitieux, et c'est la responsabilité de la communauté scientifique d'apporter de telles preuves".

D'un risque d'impact modéré à très élevé selon les trajectoires d'émissions de gaz à effet de serre

L'océan tempère le réchauffement global du climat au prix d'une altération profonde de son fonctionnement physique et chimique, de ses écosystèmes et des services qu'ils fournissent à l'humanité. Le niveau d'impacts d'ici la fin du siècle dépendra fortement de la trajectoire mondiale d'émissions de gaz à effet de serre que l'humanité suivra d'ici là.

En l'état, l'Accord de Paris amène au minimum à un doublement du niveau actuel de risque d'impact sur l'océan

Même le scénario à faibles émissions de gaz à effet de serre, qui correspond globalement à l'objectif de + 2 °C en 2100, comporte des risques de dommages majeurs, notamment sur les coraux tropicaux et les bivalves des latitudes moyennes. Les chercheurs estiment qu'il multipliera par 1,4 le niveau de risque d'impact actuel. Des scénarios plus émetteurs de CO2 aggraveraient considérablement la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus général afin de le...), jusqu'à multiplier le risque d'impact actuel par 2,7 dans le cas de la poursuite de la trajectoire actuelle d'émissions. Quant aux scénarios tirés des "contributions nationales" des pays en amont de la COP21, ils multiplient le risque d'impact actuel par 2,2 à 2,5. Il est donc indispensable que les "contributions nationales" en termes d'émissions de gaz à effet de serre soient révisées à la hausse, ce que l'Accord de Paris prévoit au travers d'un cycle de révision tous les 5 ans à partir de 2020.

La "communauté océan" a un rôle important à jouer dans le processus des négociations climatiques

Jean-Pierre Gattuso précise: "il est extrêmement important que le processus politique de révision des engagements des pays soit alimenté de manière continue par des analyses scientifiques sur les futurs "à éviter" et "à espérer". La communauté scientifique sur les océans doit poursuive les efforts qu'elle a engagés dans le cadre de la préparation de la COP21". Alexandre Magnan rappelle également qu'"au regard de l'étendue des changements attendus, aucun pays n'est à l'abri, ce qui fait de cette question un enjeu mondial, au-delà des classiques divisions Nord/Sud, et engage toutes les composantes de toutes les sociétés".

Développer des scénarios de risques d'impact "plus réalistes"

Les estimations d'élévation de la température de la planète réalisées à partir des "contributions nationales" (entre + 2.7 °C et + 3.5 °C) sont imparfaites: dans le cadre de l'exercice COP21, les pays ne se sont en effet projetés qu'à l'horizon (Conceptuellement, l’horizon est la limite de ce que l'on peut observer, du fait de sa propre position ou situation. Ce concept simple se décline en physique, philosophie, littérature, et bien...) temporel 2030. Or, le niveau de concentration en gaz à effet de serre d'ici la fin du siècle dépendra fortement aussi de la période d'après 2030, qui sera en partie liée aux choix d'investissements et d'infrastructures des pays dans le cadre de leur stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) d'atténuation à 2030. Dès lors, il est important qu'en parallèle de la révision des objectifs 2030, les pays s'engagent, au travers de l'Accord de Paris, à clarifier leurs objectifs à plus long terme et à réfléchir à la manière de les atteindre du point de vue de leurs politiques énergétiques, de transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications (la...), d'utilisation des ressources, etc. De telles informations permettront aux scientifiques de développer des estimations plus "réalistes" du réchauffement global et donc des risques d'impact sur l'océan.

Un moment opportun

Les conclusions de l'article mettent en avant l'importance de la récente décision du GIEC de produire, d'ici à 2020, deux rapports spéciaux, l'un sur un monde à + 1.5 °C, l'autre sur les océans. Les négociations climatiques ont besoin d'une vision claire des bénéfices à espérer d'efforts d'atténuation très ambitieux, et c'est de la responsabilité de la communauté scientifique que d'apporter de telles preuves.

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Source: CNRS-INSU
 
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