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Posté par Isabelle le Vendredi 26/01/2018 à 12:00
Quand notre cerveau a mal

Selon Philip Jackson, professeur à l'École de psychologie, il serait possible d'amener le cerveau à trouver le bon dosage d'empathie. La sensibilité à notre propre douleur physique ou à celle des autres prend sa source dans notre matière grise

Un amputé de guerre se plaint de douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à un signal d'alarme de l'organisme...) à un bras qui, pourtant, n'est plus là. Un paraplégique a mal aux jambes, alors qu'il ne les sent plus depuis des années. Ces douleurs fantômes sont bien réelles, mais elles ne sont pas physiques; elles sont mentales. C'est le cerveau (Le cerveau est le principal organe du système nerveux central des animaux. Le cerveau traite les informations en provenance des sens, contrôle de nombreuses fonctions du corps,...) qui a mal.

"Même si une personne sait consciemment qu'elle ne peut pas avoir mal à un membre manquant ou paralysé, le cerveau inconscient, lui, n'a pas nécessairement saisi la situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre plus...). Mais comme il se rend compte que quelque chose cloche, il produit des signaux de douleur", explique Catherine Mercier, professeure au Département de réadaptation (En ergothérapie, la réadaptation est le processus visant à réduire les incapacités d'une personne. La réadaptation s'inscrit dans la suite...), qui assurait la première partie de la conférence "Douleur et empathie", donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un...) au Musée de la civilisation le mercredi 17 janvier.

Pour traiter ces douleurs, la recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par...) teste plusieurs approches thérapeutiques. Catherine Mercier s'intéresse notamment à la réalité virtuelle (La réalité virtuelle est une simulation informatique interactive immersive, visuelle, sonore et/ou haptique, d’environnements réels ou imaginaires.) et à la stimulation (Une stimulation est un événement physique ou chimique qui active une ou plusieurs cellules réceptrices de l'organisme. La cellule traduit la stimulation par un potentiel d'action,...) cérébrale pour reprogrammer un cerveau qui souffre. Par exemple, on demande à un paraplégique de s'imaginer en train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de plusieurs voitures (pour transporter des personnes) et/ou de plusieurs wagons (pour transporter des...) de marcher grâce à un avatar virtuel. Le but ? Tromper le cerveau en lui donnant une fausse rétroaction visuelle et sensorielle lui faisant croire que les jambes de la personne fonctionnent toujours. Présumant l'équilibre du corps rétabli, la matière grise n'émettra plus de signal ( Termes généraux Un signal est un message simplifié et généralement codé. Il existe sous forme d'objets ayant des formes particulières. Les signaux lumineux sont employés depuis la nuit des temps par les hommes pour communiquer...) d'alarme sous forme de douleur. Dans certains cas, on peut aussi activer les neurones et stimuler des zones cérébrales précises en générant de façon indolore un champ magnétique (En physique, le champ magnétique (ou induction magnétique, ou densité de flux magnétique) est une grandeur caractérisée par la...) ou un faible courant électrique (Un courant électrique est un déplacement d'ensemble de porteurs de charge électrique, généralement des électrons, au sein d'un...) de part et d'autre de la tête.

"Ces approches sont également testées pour la douleur chronique", ajoute la chercheuse. En effet, le cerveau s'imprègne d'un mal persistant et l'inscrit dans ses circuits neuronaux. C'est ainsi que plusieurs personnes continuent à souffrir même si on corrige la cause de leur douleur. Il faut alors "soigner" le cerveau.

Philip Jackson, professeur à l'École de psychologie, utilise également ces thérapies pour apprendre aux gens à mieux gérer leur empathie. "Il y a deux côtés à l'empathie, révèle celui qui a mené la deuxième partie de la conférence. Elle est bonne pour comprendre la douleur des autres, mais elle se retourne contre nous quand nous devenons trop affectés par la souffrance d'autrui, au point (Graphie) de nuire à notre propre santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.)." Il serait possible, d'après le chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant...), d'amener le cerveau à trouver le bon dosage (En chimie analytique, le dosage est l'action qui consiste à déterminer la quantité d'une substance précise (l'analyte) présente dans une autre ou dans un...) d'empathie, qu'on soit aidant naturel ou professionnel de la santé.

Les récents travaux en neurosciences (Les neurosciences correspondent à l'ensemble de toutes les disciplines biologiques et médicales qui étudient tous les aspects, tant normaux que pathologiques, des neurones et du système nerveux.) sont clairs: tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le monde (Le mot monde peut désigner :) réagit différemment à la douleur des autres, et le cerveau en est le chef d'orchestre. Par exemple, quand une personne regarde une photo d'une main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un organe destiné à saisir et manipuler des...) coincée dans une porte, on peut voir par imagerie (L’imagerie consiste d'abord en la fabrication et le commerce des images physiques qui représentent des êtres ou des choses. La fabrication se faisait jadis soit...) que certains circuits neuronaux impliqués dans la douleur s'activent. Par contre, chez certains sujets, la réponse cérébrale est moins grande. Ainsi, une étude sur des professionnels de la santé a montré que le cerveau peut se désensibiliser quand il doit constamment gérer la souffrance. "C'est une stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) cérébrale pour nous protéger des effets néfastes de continuellement ressentir la douleur des autres, explique le professeur Jackson. C'est cette stratégie que nous voulons exploiter avec la réalité virtuelle et la stimulation cérébrale pour protéger les gens qui ont une trop grande empathie ou encore sensibiliser ceux qui n'en ont pas assez."

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Source: Nathalie Kinnard - Université Laval