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Posté par Redbran le Samedi 28/07/2018 à 12:00
Les Romains chassaient-ils la baleine en Méditerranée ?
La chasse commerciale à la baleine, jusqu'ici considérée comme ayant commencé avec les baleiniers basques vers 1 000 après J.-C., a entrainé la disparition des baleines franches (Eubalaena glacialis) et des baleines grises (Eschrichtius robustus) dans l'Atlantique Nord-Est (Le nord-est est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux nord et est. Le nord-est est opposé au sud-ouest.). Une équipe internationale, impliquant des chercheuses du CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) et de l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission...) de Montpellier (1), a utilisé de nouvelles techniques d'analyses moléculaires pour étudier des os de baleines provenant de sites archéologiques d'usines romaines de salage de poisson (Les Poissons sont une constellation du zodiaque traversée par le Soleil du 12 mars au 18 avril. Dans l'ordre du zodiaque, elle se situe entre le Verseau à l'ouest et le Bélier à l'est. Bien...) dans le détroit de Gibraltar. L'équipe a montré qu'il y a 2 000 ans, des baleines grises et des baleines franches étaient présentes en Méditerranée, probablement pour s'y reproduire. Cette découverte, publiée le 11 juillet 2018 dans Proceedings of the Royal Society of London B, élargit considérablement l'aire de répartition historique connue de ces deux populations de baleines et soulève la possibilité qu'une industrie baleinière (La baleinière est une embarcation longue et fine qui est utilisée pour la chasse à la baleine. Une fois pêchée, la baleine est transportée à bord du baleinier pour y être...) romaine oubliée ait contribué à leur disparition.


Des archéologues en train de travailler sur les ruines de Baelo Claudia. Cette ancienne ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à...) romaine (proche de Tarifa dans l'Andalousie, Espagne) avait une des plus grandes usines de transformation de poissons de la région, avec une capacité totale de 457m3. Cette étude suggère que ces usines auraient pu aussi servir à transformer des baleines.
© D. Bernal-Casasola, University of Cadiz.

Des analyses moléculaires d'ossements anciens révèlent que deux espèces de baleines, aujourd'hui absentes de la Méditerranée, y étaient probablement communes pendant la période romaine, il y a environ 2000 ans. L'étude, réalisée par une équipe interdisciplinaire (Un travail interdisciplinaire intègre des concepts provenant de différentes disciplines.) d'écologues archéologues et généticiens, est publiée le 11 juillet 2018 dans le journal Proceedings of the Royal Society of London B.

Les deux espèces sont la baleine (La baleine est un mammifère marin de grande taille classé dans l'ordre des cétacés. Le terme s'applique à plusieurs espèces différentes dans les sous-ordres des...) franche de l'Atlantique nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) (Eubalaena glacialis), pratiquement exterminée après des siècles de chasse et subsistant aujourd'hui sous la forme d'une population extrêmement menacée au large de la côte Est de l'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et...) du Nord ; et la baleine grise (Eschrichtius robustus) qui a complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à...) disparu de l'Atlantique nord et est aujourd'hui restreinte au Pacifique Nord. Avant cette étude, la Mer Méditerranée (Méditerranée signifie entre les terres. La mer Méditerranée est une mer intracontinentale presque fermée située entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie et qui s'étend sur une superficie d'environ 2,5 millions de kilomètres...) était considérée comme étant à l'extérieur de l'aire historique de répartition de ces deux espèces.


Une baleine franche de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) et son baleineau. Cette espèce à quasiment disparu suite à des siècles de chasse. Aujourd'hui, seulement une petite population persiste au large des côtes de l'Amérique du Nord. Cette étude révèle que l'espèce entrait (L'entrait (ou tirant) - terme de charpente - est un élément de la ferme. C'est une pièce de bois horizontale servant à réunir les...) en mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) Méditerrannée pour se reproduire.
© NOAA

Les ossements ont été trouvés dans la région du détroit de Gibraltar par une équipe d'archéologues, de l'Université de Cádiz, dirigée par Darío Bernal-Casasola, co-auteur de cette étude. Ces deux espèces sont migratrices, et leur présence à l'est de Gibraltar est une forte indication (Une indication (du latin indicare : indiquer) est un conseil ou une recommandation, écrit ou oral.) de leur entrée en Méditerranée pour mettre bas. La région de Gibraltar était, pendant la période romaine, au centre d'une industrie massive (Le mot massif peut être employé comme :) de transformation du poisson (Dans la classification classique, les poissons sont des animaux vertébrés aquatiques à branchies, pourvus de nageoires et dont le corps est le plus souvent couvert d'écailles. On les...), dont les produits étaient exportés dans tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) l'Empire romain. Les ruines de centaines d'usines, avec de grands bassins de salage, peuvent encore être observées aujourd'hui dans la région. "Les Romains étaient extrêmement efficaces pour exploiter les ressources marines, y compris de grands poissons comme les thons" dit le Professeur BernalCasasola, "donc, nous nous sommes demandés s'ils pouvaient aussi exploiter des baleines".

La découverte de la présence de la baleine franche et de la baleine grise dans la région rend cette hypothèse plausible. "Les Romains n'avaient pas la technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) nécessaire pour capturer les grandes baleines présentes aujourd'hui en Méditerranée, qui sont des espèces de haute mer" dit Ana Rodrigues (Rodrigues est la plus petite des trois îles de l’archipel des Mascareignes.), chercheuse au CNRS, et auteure principale de cette étude. "Mais la baleine franche et la baleine grise, ainsi que leurs baleineaux, devaient venir tout prêt de la côte, en étant même visibles depuis la terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes. C'est la...), et donc représenter des proies tentantes pour les pécheurs locaux". Les deux espèces ont pu être capturées en utilisant de petits bateaux à rames et des harpons à main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet....), comme l'ont fait les chasseurs de baleines Basques, des siècles plus tard.

L'identification des ossements a été possible grâce à de techniques moléculaires d'ADN ancien et d'empreinte de collagène (Le collagène est une glycoprotéine fibreuse dont le rôle peut être comparé à une armature. C’est la protéine la plus abondante de l’organisme. Il est secrété par les cellules des tissus conjonctifs. ...). "De façon contre-intuitive, les baleines sont souvent négligées dans les études archéologiques, car leurs os sont souvent trop fragmentés pour être identifiables par leur forme" dit Camilla Speller, co-auteure de l'étude, archéologue et généticienne à l'Université de York. "Donc ces méthodes moléculaires récentes nous ouvrent des fenêtres nouvelles sur les écosystèmes passés".

Le fait de savoir que des espèces de baleines côtières étaient présentes en Méditerranée apporte un nouvel éclairage sur les sources historiques anciennes. Par exemple "nous pouvons enfin comprendre la description, datant du premier siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération...), et faîte par le fameux naturaliste (Le mot naturaliste fait référence au domaine des sciences naturelles. L'adjectif qualifie une personne ou un groupe (association, société savante.. )) romain Pline l'Ancien, d'Orques attaquant des baleines et leurs baleineaux dans la baie de Cadiz" dit Anne Charpentier (Le charpentier est un professionnel du bâtiment qui réalise et pose des assemblages participant à la constitution de l'immeuble dont les composantes sont la charpente et l'ossature générale.), maître de Conférences à l'Université de Montpellier et coauteure de l'article. "Cette scène ne colle (Une colle ou la glu est un produit de nature liquide ou gélatineuse servant à lier des pièces entre elles. Ces pièces peuvent être de même...) avec rien d'existant aujourd'hui à cet endroit, mais elle correspond parfaitement à l'écologie des baleines franches et grises".

Les auteurs de cette étude appellent les historiens et archéologues à réexaminer leur matériel à la lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs d'onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge). La...) de cette découverte, en prenant en compte le fait que les baleines côtières faisaient partie de l'écosystème marin méditerranéen, et ont pu être à la base d'une industrie baleinière romaine. "Il paraît incroyable que nous ayons perdu, et ensuite oublié, deux grandes espèces de baleine dans une région aussi bien étudiée que la Méditerranée" dit Ana Rodrigues. "Cela nous fait nous demander quoi d'autre nous avons pu oublier".

Références publication:
Forgotten Mediterranean calving grounds of gray and North Atlantic right whales: evidence from Roman archaeological records. Ana S. L. Rodrigues, Anne Charpentier, Darío Bernal-Casasola, Armelle Gardeisen, Carlos Nores, José Antonio Pis Millán, Krista McGrath, Camilla F. Speller. Proceedings of the Royal Society of London B, 2018. DOI: 10.1098/rspb.2018.0961.

Contact chercheuse:
- Ana RODRIGUES - Centre d'Ecologie Fonctionnelle (En mathématiques, le terme fonctionnelle se réfère à certaines fonctions. Initialement, le terme désignait les fonctions qui en prennent d'autres en argument. Aujourd'hui, le...) et Evolutive (CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE) - Ana.s.l.rodrigues@cefe.cnrs.fr

Note:
(1) Au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS/Université de Montpellier/Université Paul Valéry Montpellier/EPHE) et au laboratoire Archéologie des sociétés méditerranéennes (CNRS/Ministère de la culture/Université Paul Valéry Montpellier).


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Source: CNRS-INEE
 
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