Vous ressentez de l'insécurité dans votre couple ? Votre biologie y est peut-être pour quelque chose

Publié par Adrien le 07/07/2020 à 09:00
Source: Université McGill
Si vous tentiez de décrypter vos sentiments lors de vos interactions quotidiennes avec votre partenaire, que découvririez-vous ? C'est l'exercice auquel se sont prêtés environ 100 couples montréalais pendant trois semaines, dans le cadre d'une étude réalisée par des chercheurs de l'Université McGill (L’Université McGill, située à Montréal au Québec, est une des universités les plus anciennes au Canada.). Ces travaux visaient à déterminer si une variante génétique (La génétique (du grec genno γεννώ = donner naissance) est la science qui étudie l'hérédité et les gènes.) du système opioïde (Un opioïde est une substance opiacée de synthèse ou peptidique dont les effets sont similaires à ceux de l'opium sans y être chimiquement apparentés. Les opioïdes exercent leurs effets par...) assez répandue, puisqu'elle touche environ un quart de la population, pouvait être liée au sentiment d'insécurité dans les relations amoureuses. Les résultats de l'étude, publiés dans la revue Molecular Psychiatry, indiquent qu'ils pourraient effectivement être corrélés, dans certains cas.

Les chercheurs ont découvert que les personnes chez qui on observe la variation génétique du système opioïde (responsable du contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) de la douleur (La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à un signal d'alarme de l'organisme pour signifier une...) et de la sensation de récompense) ont tendance à ressentir davantage d'insécurité dans leurs rapports avec leur partenaire lorsque ce dernier adopte à leur égard un comportement plus belliqueux, sarcastique ou méprisant qu'à l'habitude.

Querelles et sentiment d'insécurité au quotidien

Pendant environ trois semaines, les partenaires de près de 100 couples hétérosexuels montréalais vivant en concubinage ont noté dans un journal toutes leurs interactions de 5 minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale, au crayon, levée sur le terrain. ...) ou plus. Ils y ont relevé leurs propres comportements, notamment lorsqu'ils ont adopté une attitude belliqueuse, distante ou sarcastique, et ont évalué leur ressenti à la suite de ces interactions. Les participants devaient soumettre leur rapport sur une base quotidienne, et ce, sans en discuter avec leur partenaire. En moyenne (La moyenne est une mesure statistique caractérisant les éléments d'un ensemble de quantités : elle exprime la grandeur qu'auraient chacun des membres de l'ensemble s'ils étaient tous...), chacun d'eux a fait état de trente interactions par jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son...). Les chercheurs ont d'abord procédé à un échantillonnage (L'échantillonnage est la sélection d'une partie dans un tout. Il s'agit d'une notion importante en métrologie : lorsqu'on ne peut pas saisir un événement dans son ensemble, il faut effectuer des mesures en nombre fini, afin de...) de salive (La salive est un liquide biologique sécrété par les glandes salivaires, à l'intérieur de la bouche.) pour repérer les personnes porteuses de la variante génétique, puis ils ont comparé les résultats aux renseignements que leur ont fournis les participants.

Des rapports difficiles sources de souffrance

"Des travaux antérieurs ont démontré la présence de la variante génétique chez les primates (Les primates (du latin primas, atis signifiant « celui qui occupe la première place ») constituent un ordre au sein des mammifères placentaires. Ce clade...) non humains présentant un attachement mère-enfant de type anxieux, et chez les humains en proie (Une proie est un organisme capturé vivant, tué puis consommé par un autre, qualifié de prédateur.) à un sentiment de rejet social, a expliqué Jennifer Bartz, auteure en chef et professeure au Département de psychologie de l'Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et...) McGill. Toutefois, personne ne s'est jamais penché sur l'influence de ce gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un...) dans les interactions quotidiennes au sein du couple. Ce genre d'expériences nous permet de mieux saisir les soubassements biologiques de l'attachement et étaye l'hypothèse selon laquelle le mécanisme de l'attachement chez l'humain pourrait dépendre du système opioïde."

Ces travaux s'inscrivent dans une littérature plus vaste, laquelle indique qu'au cours de notre évolution, il est possible que nous ayons "emprunté" des mécanismes primitifs de régulation (Le terme de régulation renvoie dans son sens concret à une discipline technique, qui se rattache au plan scientifique à l'automatique.) de la douleur pour adapter notre attachement aux personnes de notre entourage, dont notre alimentation et notre survie dépendent. Ceci explique sans doute pourquoi nous ressentons une douleur viscérale lorsque ces liens étroits sont compromis.

Une sensibilité exacerbée face aux querelles

"Nous savons que les personnes réagissent différemment face aux querelles avec leurs proches. Ces travaux laissent à penser que ces écarts s'expliqueraient en partie par une variante génétique du système opioïde, ont indiqué Kristina Tchalova et la Pre Gentiana Sadikaj, coauteures principales de l'étude. D'un point (Graphie) de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.) clinique, ils indiquent que le lien entre le stress (Le stress (« contrainte » en anglais), ou syndrome général d'adaptation, est l'ensemble des réponses d'un organisme soumis...) social ou la perte sociale et un fonctionnement psychologique inadapté pourrait constituer un facteur de risque (En gestion des risques, un facteur de risque est une source de risque qui est classée en risques inhérents génériques probables dans le but de faciliter l'évaluation ou...). Il faudra poursuivre les recherches pour déterminer si les personnes porteuses de cette variante génétique sont davantage susceptibles de développer des problèmes psychologiques en réponse à des facteurs de stress interpersonnel."

Publication:
L'article "Variation in the μ-opioid receptor gene (OPRM1) and experiences of felt security in response to a romantic partner's quarrelsome behavior", par K. Tchalova, G. Sadikaj, D. S. Moskowitz et coll., a été publié dans la revue Molecular Psychology.
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